This website requires JavaScript.

Le troubadour Guillaume IX de Poitiers et Aliénor d'Aquitaine

La tour Maubergeon | Bigfootjp / CC-BY-SA
Château Aliénor d'Aquitaine Guillaume IX de Poitiers Ancien palais des comtes de Poitou

Les comtes de Poitou

Nous voilà dans l’actuel palais de Justice, le vieux château des comtes du Poitou !

Construit sur un ancien palais romain qui faisait aussi office de salle de justice, c’est à partir du Xe s. que l’endroit devient la résidence des comtes de Poitou : le fier Guillaume IX va le faire entièrement reconstruire : la salle des Pas-Perdus, on la lui doit !

Guilhem, comme on l’appelle alors dans le coin, est grand, puissant, blond et sacrément beau gaillard.

Eh, vous savez qui c’est ? Eh bien, le grand-père d’Aliénor d’Aquitaine !

Justement, au XIIe s. on voit débarquer la p’tite-fille en question accompagnée de son Anglais de mari, le roi Henri II : Poitiers devient la cour favorite de la belle duchesse...

Guillaume IX de Poitiers, troubadour

Aliénor et la cour des poètes

Revoilou Guillaume IX de Poitou ! Le tout premier troubadour de l’Histoire mais aussi le grand-père d’Aliénor d’Aquitaine !

Elle qui aime s’entourer de troubadours, dans ses différentes cours (surtout celle de Poitiers), elle, la reine délicate et intelligente qui appréciait plus que quiconque les jolis mots chantés de ces poètes...

Elle avait de qui tenir !

On surnomme Guillaume « le Troubadour » depuis le XIXe s.

Car en plus d’être comte de Poitiers, duc d’Aquitaine et de Gascogne, c’est un fin poète de langue occitane, le premier connu.

A la tête d’une des cours les plus brillantes d’Occident, c’est un grand mécène.

Rustre, va !

Poète à ses heures, il chante les femmes, l’amour. Mais comme c’est le premier, sa prose est un peu crue !

Oh, il est bagarreur, le Guillaume, un peu rustre, amateur de femmes et n’ayant pas peur de Dieu (ni de personne d’ailleurs).

Dans son « Compagnons, je ferai un chant convenable » (Companho, faray un vers covinen), il met en scène deux maitresses, comparées à des montures qu’il faut mater :

« J'ai deux chevaux sous ma selle ; tous deux sont dressés pour la guerre et vaillants. Mais je ne peux pas les laisser tous les deux ensemble, car l'un ne peut supporter l'autre.
« Si je pouvais les dresser à ma manière, je ne porterais pas ailleurs mon équipement, car je serais mieux monté en chevaux qu'aucun homme vivant.
« Amis, chevaliers, j'ai un doute, aussi, conseillez-moi ; jamais aucun choix ne me causa plus d'embarras : d'Agnès ou d'Arsen, je ne sais à laquelle je dois m'en tenir. »



Avec lui, l’amour est tout sauf platonique, mais c’est un désir ardent, cru, brutal.

« Je composerai une chanson nouvelle, avant qu'il ne vente, qu'il gèle et qu'il pleuve. Ma dame me met à l'épreuve pour connaître mes vrais sentiments pour elle : mais quels que soient les ennuis qu'elle me cause, je garderai toujours son lien.
« Je me rends et me livre à elle, si bien qu'elle peut m'inscrire en sa charte. Et ne me croyez pas fou si je l'aime autant, cette dame parfaite, car sans elle je ne pourrais pas vivre, tellement j'ai faim de son amour.
« Vous êtes plus blanche que l'ivoire : je n'aime nulle autre que vous. Si bientôt ma dame ne me montre pas qu'elle m'aime, je mourrai, par saint Grégoire, à moins qu'elle ne m'embrasse en sa chambre close.
« Qu'y gagnerez-vous, dame jolie, si vous me rejetez ? Ne vous faites pas nonne, par pitié. Je vous aime tant que je crains de mourir de douleur, si vous ne prêtez attention à ma complainte.
« Qu'y gagnerez-vous si je me cloître, que ferai-je si vous ne me retenez à vos côtés ? Toute la joie du monde est nôtre si nous nous aimons.
« Pour elle je frissonne et tremble, car je l'aime d'un profond amour ; aucune femme ne lui ressemble, depuis que le monde est monde. »

Dangerosa

Après sa participation à la 1re croisade, Guillaume rentre au bercail, largue sa femme Philippa et prend une femme mariée comme maitresse : Dangerosa de l’Isle Bouchard, plus tard mariée au vicomte de Châtellerault qui lui donnera une fille, Aénor...

La mère d’Aliénor ! Sous la plume de Guillaume, Dangerosa devient la « Maubergeonne ».

De là le nom de la tour Maubergeonne qu’il fait construire pour elle...

A moins que le nom ne vienne du nom du tribunal des Mérovingiens, mallum, associé à l’allemand berg (« montagne ») car ledit tribunal se tenait en général sur un point élevé, d’où malberg, puis mallobergium ?

À propos de l'auteure

Vinaigrette

Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !