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Le mariage de Charles IX et d'Élisabeth d’Autriche à Mézières

Quand : 26 novembre 1570

La basilique | ©Dietmar Rabich / Wikimedia Commons / CC-BY-SA
Basilique Mariage Festivités Charles IX Basilique Notre-Dame de Charleville-Mézières

Tout, vous saurez tout sur ce mariage royal qui se déroule à Mézières (qui ne s'appelle pas encore Charleville-Mézières) !

Avec en prime, une histoire de dindes servies au festin...

Une des filles de l'empereur !

Catherine de Médicis souhaite pour son fils une alliance avec une princesse catholique.

Elle a des vues bien précises : Anne, la fille aînée de l’empereur d'Autriche Maximilien II.

Mais Anne épouse Philippe II d’Espagne...

Ce sera finalement Élisabeth, la seconde fille de Maximilien !

Qui est Élisabeth ?

Elle a 16 ans, a moment de son mariage avec Charles.

C’est la fille de l’empereur Maximilien II de Habsbourg et de Marie d’Autriche, nièce du roi Philippe II d’Espagne.

Elle est la petite-fille, par sa mère, du grand Charles Quint !

Elle est très pieuse. Brantôme raconte à ce sujet :

« Elle était très dévote ; quand elle était dans le lit à part, et en cachette, les rideaux très bien tirés, elle se tenait à genoux en chemise, et priait Dieu une heure et demie, battant sa poitrine par très grande dévotion. »
Elisabeth d'Autriche

Élisabeth d'Autriche | ©Rijksmuseum / CC0

Qui est Charles IX ?

Le fils de Catherine de Médicis et d’Henri II de France, on ne le présente plus !

L'un des frères d’Henri III, François II et de la reine Margot.

Devenu roi après la mort brutale de son frère François, en 1560.

Avant son mariage avec Élisabeth, il entretient une relation passionnée avec une certaine Marie Touchet, dont il a un fils.

La fille d’un protestant, qui plus est, je vous jure !

Qui aurait dit, en apprenant la nouvelle du mariage de son amant : « L’Allemande ne me fait pas peur... »

Charles IX

Charles IX | ©Rijksmuseum / CC0

Les préparatifs du mariage !

Le mariage par procuration a lieu à Spire en Allemagne, puis la princesse autrichienne se met en route pour la France, le 24 octobre 1570.

Le duc d’Anjou, le frère de Charles IX, vient accueillir la princesse au château de Sedan, à la frontière du royaume, pendant que le roi les attend à Mézières.

On raconte que, trop impatient de voir sa future épouse dont il n’a vu qu’un portrait, il se glisse dans la foule de l’escorte, déguisé, son manteau sur le visage comme une cape.

Le duc d’Anjou, « prévenu de son intention, en faisant admirer à la reine l’architecture du château, dirigea ses regards du côté du roi. Celui-ci fut enchanté de sa bonne mine et revint l’attendre à Mézières. »

Château de Sedan

Château de Sedan | ©Olive Titus / Flickr / Public domain

Repos et souper avant le jour J

À l’entrée d'Élisabeth dans Mézières,

« il se fit une décharge de tous les canons : les dix compagnies de la garde du roi bordaient les murailles et ne cessaient de faire feu. »

On la conduit au logis du roi, où l’attend la reine-mère.

« Après que le roi l’eut saluée et entretenue quelque peu de temps, elle fut menée en sa chambre pour se reposer en attendant le souper auquel elle assista. »

Ensuite, le lendemain… c’est dimanche, le jour du mariage !

Pourquoi Mézières ?

Charles IX veut en fait abréger le voyage d’Élisabeth vers la France, depuis l'Autriche.

Nous sommes en automne, le temps est très mauvais, rendant pénible le trajet sur les routes détrempées.

On aurait dû célébrer le mariage à Compiègne.

Alors, ce sera Mézières, à la frontière du royaume de France, « première ville de ce côté de la frontière », écrit Claude Pinart dans Véritable discours du mariage (1570) :

« Sa Majesté considérant qu’après un si long chemin qu’avait fait ladite dame Élisabeth par temps pluvieux et fâcheuse saison, elle n’avait besoin que de repos. »
Médaille de Charles et Elisabeth (G. Pilon, 1572)

Médaille de Charles et Élisabeth (G. Pilon, 1572) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Zoom sur la cérémonie !

Après avoir lu les accords de mariage, le roi signe les papiers.

La reine-mère embrasse Élisabeth, la prend par la main et la place entre le roi et elle.

Sur quoi Élisabeth part se préparer. Deux heures après, on se met en route pour l’église Notre-Dame...

En tête du cortège marchent 17 rangs de lansquenets de la reine.

Ensuite, les Suisses du roi, ceux de son frère, puis les tambours, trompettes, hautbois et violons. Vient tout le gratin de gentilshommes, puis les hommes d’Église.

« Le pavé était couvert de drap qui fut donné aux pauvres après la cérémonie. »

Le cardinal reçoit le couple à l’entrée de l’église, puis ils entrent dans le grand chœur glacé, où la messe est dite.

« Le roi et la reine l’entendirent à genoux, à côté l’un de l’autre, sous un dais très riche. »

Élisabeth porte un lourd manteau de velours violet à fleurs d’or, avec « une queue de vingt aunes » (plus de 20 m).

En dessous, « une robe de toile d’argent couvertes de perles », avec, sur sa tête, « une couronne à l’impériale enrichie de grands diamants, rubis et émeraudes de prix excessif. »

Charles porte lui aussi un habit « de toile d’argent couvert en broderie de perles et fourrée de peau de loup cervier. »

La messe dite, « on s’en retourna dans le même ordre que l’on était venu à la salle du festin royal. »

Le lundi et le mardi suivant, on continue les festins et les fêtes, au milieu de tables couvertes d’or et d’argent.

La basilique

La basilique | ©Patrick Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Le banquet : une histoire de dindes…

La tradition veut que des dindes aient été servies, pour la première fois en France, lors du festin de ce mariage.

Pourtant… un doute plane !

Des documents mentionnent l’existence des « coqs d’Inde », à Mézières et ailleurs en France, plusieurs années avant le mariage de Charles IX !

Alors, quid de cet oiseau, rapporté par Colomb en Europe après la découverte des Amériques ?

L'une des plus vieilles mentions de dindes en France date d’avant la découverte des Amériques, soit en 1483 !

Mais ce seraient des sortes de pintades venues d’Asie, probablement, bien avant le 15e siècle.

Les dindons et dindes d’Amérique ont, en fait, été introduits en France vers 1520.

Pierre Belon, dans son Histoire de la nature des oiseaux (1555), décrit le « coc d’Inde » et explique qu’il s’est depuis longtemps acclimaté en France, à tel point que l’on en a oublié sa patrie d’origine.

Tenez : en 1534, au château d’Alençon, Marguerite de Navarre élève des dindons, confiés aux soins du fermier !

Et encore avant, en 1528, un ambassadeur vénitien signale la présence de poules d’Inde dans le parc du château de Moulins !

À Mézières, c’est un document d’archives du 15 mai 1566, qui fixe le prix de la nourriture chez les taverniers de la ville.

Ainsi, « le cocq d’Inde d’un an rôti » coûte 28 sous, « la poulle d’Inde » 20 sous.

À Mézières, on mangeait donc de la dinde bien avant les noces de Charles IX…

Elisabeth d'Autriche par Clouet

Élisabeth d'Autriche par Clouet | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Le couple a-t-il eu des enfants ?

Oui ! Une fille unique naît de cette union, le 27 octobre 1572.

Elle s’appelle Marie-Élisabeth de France. Elle a pour marraine la reine Elizabeth Ire d’Angleterre...

Elle a 2 ans quand son père meurt. Élisabeth devient veuve, elle a 20 ans.

Une dame de la cour lui dit un jour :

« Il aurait mieux valu pour vous avoir un fils qu’une fille, car vous seriez reine-mère et puissante. »

Réponse de l’intéressée :

« La France possède assez de malheurs sans que je lui en donne un nouveau. Si j’avais un fils, il y aurait eu ici plus de troubles et de guerres, et j’en aurais été la cause pour l’avoir mis au monde. Ainsi, je dois bénir l’enfant que Dieu m’a donné. »

Élisabeth retourne alors à Vienne, au chevet de son père mourant, sans pouvoir emmener sa fille : refus catégorique de Catherine de Médicis, l'enfant doit rester en France...

De santé fragile, la petite meurt en 1578, à l’âge de 5 ans.

Élisabeth d’Autriche meurt à son tour en 1592, à l’âge de 37 ans.

Charles IX est le seul de sa fratrie (qui compte deux autres rois de France), à avoir eu une descendance. Le fils qu’il a… avec sa maîtresse, Marie Touchet !

Sources

  • Bernard Boulengier. Couples franco-allemands d’autrefois. Mon Petit Éditeur, 2013.
  • La chronique de Champagne.
  • La légende du dindon à Mézières. In Revue historique ardennaise (tome 3). 1896.
  • Jean-François Dreux du Radier. Mémoires historiques, critiques, et anecdotes des reines de France. 1808.
  • La Popelinière. L’Histoire de France. 1582.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !