Le cardinal de Fleury, grand ministre lodévois de Louis XV

De 1653 à 1743

Cardinal de FleuryCardinal de Fleury | ©Rijksmuseum / CC0

Un lodévois d'origine

André Hercule de Fleury naît en juin 1653, au sein d'une famille modeste de la petite noblesse du Languedoc, dans cet hôtel particulier depuis transformé en musée !

L'hôtel de FleuryL'hôtel de Fleury | ©Krzysztof Golik / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Une irrésistible ascension !

Comment un fils de receveur de tailles, « sorti de la boue », dixit Saint-Simon, est devenu LE ministre principal de Louis XV ?

L'historien Jean Christian Petitfils, dans sa biographie de Louis XV, explique que l'ascension sociale jusqu’au sommet de l’État par ses propres moyens est plutôt rare, à l’époque où ce sont les clans familiaux qui s’élèvent par piston.

Point de réussite individuelle, sauf... pour Fleury, ou encore à la même époque le célèbre cardinal Dubois !

Fleury « sut utiliser avec une habileté consommée les réseaux de fidélités languedociennes et provençales puis le clientélisme versaillais pour se hisser au sommet de l’État. »

Grâce à son oncle, chanoine à Montpellier, il est remarqué par un évêque apparenté aux Médicis, surnommé le « roi du Languedoc. »

Son protecteur l’introduit à la Cour, et de fil en aiguille, de rencontre en rencontre, il parvient auprès du roi.

Fleury devient donc d'abord aumônier de la reine Marie-Thérèse en 1677, puis à la mort de celle-ci, aumônier du roi Louis XIV, en 1683.

Fleury d'après RigaudFleury d'après Rigaud | ©Rijksmuseum / CC0

Fleury, le précepteur de Louis XV

Selon le vœu de Louis XIV

Le 1er avril 1716, le régent Philippe d'Orléans nomme Fleury précepteur de Louis XV, 7 ans, conformément au vœu émis par Louis XIV, dans son testament !

Le petit orphelin de père et mère a été élevé par sa gouvernante, Mme de Ventadour. « Sa » chère « maman Ventadour », sa mère adoptive, vous savez ?

À 7 ans, il doit « passer aux hommes » : le voilà sous la férule du maréchal de Villeroy, qui lui colle Fleury comme précepteur.

Celui-ci officie entre 1717 et 1723. En fait, jusqu’à la majorité de Louis : 13 ans !

L'éducation du petit roi

Le petit roi travaille dur, avec Fleury !

Preuve en est de ces pages noircies et corrigées par Fleury, rigoureux et exigeant : traductions latines, récits d’histoire…

Regardez un peu ces merveilles de devoirs corrigés, conservés à la BNF.

Émouvant, vous ne trouvez pas ?

Version de Louis XV corrigée par FleuryVersion de Louis XV corrigée par Fleury | ©Anecdotrip.com / CC-BY-SA

« Il s’appliquait tous les jours à l’écriture, au latin, aux mathématiques, à l’histoire, au dessin, à la danse et faisait des progrès prodigieux dans tous ces exercices. »

Il « étudie tous les jours le matin et l’après-dînée, et même les fêtes et les dimanches. »

L’éducation de Louis est soignée et complète : mathématiques, astronomie, cartographie, géographie, tandis que des pontes du domaine scientifique viennent dispenser des cours d’archéologie, d'anatomie ou d'impression…

Louis XV recevant une leçon de FleuryLouis XV recevant une leçon de Fleury | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Fleury amuse Louis XV !

D’Argenson, dans ses Mémoires, rapporte que connaissant la psychologie fragile de Louis, Fleury le ménage grandement.

Entre deux devoirs, il apporte des cartes à jouer, avec lesquelles il fait des tours au roi.

Le cardinal de Bernis raconte qu’un jour, on découvre Fleury assis sur un tabouret, le roi debout à côté de lui, qui colle des papillotes dans les cheveux gris de son précepteur !

Des témoignages à prendre avec des pincettes : il faut dire que ni d’Argenson ni Bernis n’appréciaient le cardinal…

Fleury l'académicien

Le 22 avril 1717, Fleury est élu à l'Académie française, à l’Académie des sciences en 1721.

Bibliophile, passionné de sciences,

  • il envoie des membres de l'Académie mesurer le méridien au Pérou,
  • chercher des manuscrits rares en Égypte (jusqu'en Chine) pour agrandir la bibliothèque du roi...
Louis XV enfant d'après RigaudLouis XV enfant d'après Rigaud | ©Rijksmuseum / CC0

Fleury, le ministre d'État

Fleury devient ministre d’État, autrement dit premier ministre, à 73 ans, de 1726 à 1743.

Un mandat extraordinairement long, qui lui vaudra le surnom de... « Son Éternité » !

Les finances se stabilisent

Le ministère de Fleury a été, pour le royaume de France, une « ère » de prospérité sans égale, après le sang des guerres de Louis XIV, les crises économiques, les famines…

C’est un « indéniable essor économique du pays », dixit Petitfils.

Voltaire écrit : « Le cardinal fut simple et économe en tout, sans jamais se démentir. »

Fleury gouverne avec sagesse, mesure. Il redresse le budget en stabilisant la monnaie (on vient de sortir du terrible système monétaire de Law) : stabilisation qui durera jusqu’à la fin du Directoire.

Le développement du commerce, des ports, des industries bat son plein…

La Lorraine devient française

Partisan de la paix, Fleury est toutefois obligé d’intervenir dans la guerre de Succession de Pologne, en 1733.

Oui, mais, minute ! Il saura en tirer tout bénéfice, en acquérant la Lorraine pour la France !

La guerre de Succession de Pologne commence à la mort du roi de Pologne Auguste de Saxe, en 1733.

Deux candidats au trône :

  • son fils, Frédéric ;
  • Stanislas Leszczyński, déjà roi de Pologne de 1704 à 1709.

L’Autriche soutient le premier, la France le second.

Le traité de paix de 1738 dit que Stanislas doit renoncer définitivement à la Pologne, mais reçoit en dédommagement le duché de Lorraine (qui relève alors du Saint Empire germanique).

Le duc lorrain François (papa de Marie-Antoinette) recevait en échange la Toscane.

Le traité prévoit aussi qu’à la mort de Stanislas (1766), la Lorraine serait annexée au royaume de France !

L'hôtel de FleuryL'hôtel de Fleury | ©Tylwyth Eldar / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La fin d'un grand homme

Un attachement sincère lie Louis XV et le vieux cardinal.

À la mort de Fleury en 1743 (à l'âge record de 90 ans), Louis XV a 33 ans. Il se retrouve orphelin, une fois de plus.

Il écrira sa peine à Philippe V d'Espagne :

« Ayant eu le malheur de perdre mes père et mère avant que j'eusse connaissance, je l'ai toujours regardé comme tel, ce qui rend sa perte plus douloureuse. »

Sources

  • Augustin Cabanès. Mœurs intimes du passé : éducation de princes. 1912.
  • Maurice Fleury. Louis XV intime et les petites maîtresses. 1899.
  • Jean Christian Petitfils. Louis XV. Perrin, 2014.
  • Marie-Joëlle Guillaume. Pour Dieu et pour le roi. Perrin, 2019.
  • Michèle Ressi. L'Histoire de France en 1000 citations. Eyrolles, 2011.