Domrémy et la maison natale de Jeanne d'Arc

De 1412 à 1818

La maisonLa maison | ©Ketounette / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Quelle est le date de naissance de Jeanne ?

Quelle année ?

Difficile de le dire ! À l’époque, il n’y a pas de registres paroissiaux.

Mais les historiens retiennent en général l’année 1412.

Jeanne elle-même, quand on lui demande son âge lors de son procès en 1431 à Rouen, répond sans hésiter : 19 ans. Ce qui donne... 1412.

Quel jour ?

Pour le jour… vaste question ! Nombreux sont ceux, comme l'historien spécialiste de Jeanne d'Arc Philippe Contamine, qui s’accordent sur le 6 janvier.

Une date qui s’impose assez tardivement, au 19e siècle. Elle se base sur une lettre de Perceval de Boulainvilliers, conseiller et chambellan du roi, au duc de Milan, le 29 juin 1429.

Il s’agit de la seule source qui évoque l’épiphanie 1412, comme date de naissance de Jeanne d’Arc !

La médiéviste Colette Beaune dit tout de même que cela pourrait être un 6 janvier… comme un tout autre jour ! « C’est trop joli pour être honnête » écrit-elle.

Car c’est tout un symbole, que de faire naître Jeanne le jour de l’épiphanie…

Une fête qui célèbre l’arrivée des rois mages d’Orient, rendant hommage à Jésus en lui offrant or, myrrhe et encens.

À leur image, Jeanne traverse le royaume de France, trouve son roi et lui offre la couronne en or...

Jeanne d'ArcJeanne d'Arc | ©The British Library / Public domain

Les parents de Jeanne

Ils s’appellent Jacques d’Arc (1375-1431) et Isabelle Romée (1377-1458).

Jeanne naît au milieu d’une fratrie qui compte déjà 3 enfants, trois frères : Jacques, Jean et Pierre. Une sœur, Catherine, naît 10 mois après Jeanne.

Son père

Son père est décrit comme « un pauvre laboureur », lors du procès en réhabilitation de Jeanne, au milieu du 15e siècle : il n’en est rien !

Laboureur, à l’époque, signifie avoir ses propres terres, ses chevaux ou ses bœufs, son matériel, et l’argent pour entretenir le tout.

La famille d’Arc fait donc partie de la paysannerie aisée.

Jacques d'Arc, DomrémyJacques d'Arc, Domrémy | ©Donald Judge / Flickr / CC-BY

Sa mère

Romée n’est pas le nom de jeune fille de sa mère, qui s’appelle de Vouthon, du nom de son village natal.

On lit souvent sur Romée qu’il s’agit du surnom que l’on donnait aux personnes ayant fait le pèlerinage à Rome.

Or, des recherches récentes considèrent, nous dit Brice Rabot, que cela n’a rien à voir : ces pèlerins portaient en fait le nom de « roumieux. »

Or, il se trouve un étang appelé Romé, non loin de Domrémy : Isabelle tiendrait peut-être son patronyme de ce lieu-dit !

Isabelle Romée, DomrémyIsabelle Romée, Domrémy | ©Légendes Lorraines / Flickr

Le baptême de Jeanne

Jeanne d’Arc se fait baptiser 3 jours après sa naissance, dans l’église voisine de Domrémy, par le prêtre du bourg, Jean Minet.

Jeanne, selon ses propres dires, a deux parrains et trois marraines.

En fait, les sources laissent à penser qu’elle en aurait eu bien plus, jusqu’à 6 marraines et 4 parrains !

Ce nombre est parfaitement incroyable et très rare, pour l’époque et la région, nous dit Colette Beaune !

Il est plutôt d’usage de ne recevoir qu’un seul parrain et une marraine, sauf exceptions dans les milieux aisés.

Ici, Jeanne appartient à un milieu rural, mais de rang élevé.

Maison de Jeanne, église de DomrémyMaison de Jeanne, église de Domrémy | ©Donald Judge / Flickr / CC-BY

Son nom de famille

Jeanne, lors de son procès en 1431, affirme s’appeler :

  • « Jeanne dite la Pucelle » (Johanna dicta puella) ;
  • « Jeannette » tout court, chez elle en Lorraine ;
  • « Jeanne », quand elle arrive en royaume de France.

De son vivant, elle n’a jamais porté le patronyme d’Arc.

Car comme beaucoup de noms de famille, D’Arc fait référence à un nom de ville ou de lieu-dit : sûrement Arc-en-Barrois en Champagne.

Le nom d’Arc s’orthographie de différentes manières : Darc, Dart, d’Ay, également, tel qu’on le voit dans les lettres d’anoblissement accordées à la famille de Jeanne par Charles VII.

La maison natale de Jeanne d'Arc

La maison reste la propriété de la famille d'Arc jusqu'à la fin du 16e siècle.

L’acte de vente permet de se faire une idée de la physionomie de la demeure, à cette époque :

« Une maison bâtie en chambre basse et haute, deux greniers dessus lesdites chambres, deux petites corselles devant icelle maison. »

La maisonLa maison | ©Donald Judge / Flickr / CC-BY

Dragon contre comte prussien

Elle appartient à la famille Gérardin dès le 18e siècle.

En 1815, Nicolas Gérardin, dragon au service de Napoléon, reçoit la visite d’un comte prussien qui veut racheter le tympan sculpté de la façade. Refus, que nenni, non mais !

L’homme propose de racheter la maison 6000 francs : Gérardin refuse encore !

En juin 1818, il finit par vendre la maison au conseil général des Vosges, pour 2 500 francs.

La ville d’Orléans lui délivre une médaille d’or gravée « La ville d’Orléans à Nicolas Gérardin, pour avoir, par un louable désintéressement, conservé à la France la maison où naquit la Pucelle d’Orléans » !

Linteau de la maisonLinteau de la maison | ©Arnaud 25 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Une façade ornée

Montaigne rapporte dans un récit de voyage de 1580 que la maison portait une foultitude de peintures sur sa façade, racontant l'épopée de Jeanne, « mais que l’âge en a fort corrompu la peinture. »

Aujourd'hui, on ne trouve rien qu'un mur uni, avec au-dessus de la porte d'entrée, les armes du roi de France, celles de Jeanne et celles des Thiesselin (alliés aux parents de la Pucelle).

Jeanne d'Arc (Bastien-Lepage, 1879)Jeanne d'Arc (Bastien-Lepage, 1879) | ©The Metropolitan Museum of Art / CC0

Des voix au fond du jardin !

C’est dans le jardin, entre sa maison natale et l’église, que Jeanne d’Arc entend ses voix pour la première fois.

Elle a 13 ans :

« Et cette voix vint quasi à l'heure de midi, en été, dans le jardin de son père, et ladite Jeanne n'avait pas jeûné le jour précédent. Elle entendit la voix sur le côté droit vers l'église. »

Un peu plus tard, elle entend les voix de l’archange saint Michel, des saintes Catherine et Marguerite, lui demandant de ramener la paix sur le royaume, de le libérer des Anglais et de mener le dauphin Charles sur le trône à Reims.

Sources

  • Alexandre Sorel. La maison de Jeanne d'Arc à Domrémy. 1886.
  • Collectif. Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d'Arc. Desclée de Brouwer, 2017.
  • Brice Rabot. Jeanne d’Arc. Ellipses, 2021.
  • Véronique Clin. Jeanne d'Arc. Éditions Le Cavalier Bleu, 2003.
  • Colette Beaune. Jeanne d'Arc. Perrin, 2009.
  • Siméon Luce. Jeanne d'Arc à Domrémy. 1886.
  • Frédéric Rateau. Jeanne d'Arc. 2021.