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Ces mystérieux cagots qui ont construit le château de Montaner

Quand : 1379

Montaner | ©olivier pechenet / CC-BY-SA
Château Mystère Gaston Phébus Forteresse de Montaner

Les cagots ? Typiques du Sud-Ouest de la France, mystérieux, parias, rejetés…

Synonyme de peur et de lèpre, ils hantent le pays basque, le Béarn et la Gascogne entre le XIIIe et la toute fin du XIXe s. Une race maudite, pire que des animaux.

Des exclus en pays béarnais

Mais qui sont vraiment ces parias, maudits à vie, aux origines mal connues ?

Wisigoths, Sarrasins, Bohémiens, Juifs, Cathares, exclus en tout genre, descendants de lépreux ?

A savoir qu’ils existaient en Bretagne des exclus similaires, les caquins ou cacous. Et plus loin, les parias et Intouchables en Inde, sans oublier les burakumin japonais.

Le nom de cagots viendrait en fait de « chiens de Goths », injure trouvée dans des documents latins (les Goths sont des ariens, un choc pour les Chrétiens).

Après la victoire de Clovis sur les Wisigoths en 507 à Vouillé, près de Poitiers, quelques uns se seraient terrés dans les campagnes, haïs par les Francs : en Poitou, mais aussi en Gascogne et surtout en Béarn.

Ils auraient pratiqué leur culte en secret, pratiqué la consanguinité, auraient attrapé la lèpre : tout cela aurait affaibli leur sang.

L’origine nordique des cagots, des témoignages l’ont confirmée, dit le Guide des Pyrénées mystérieuses (ed Tchou) : les cagots sont clairs de peau, une peau rougie par le soleil, des cheveux blonds comme du lin, les yeux bleus ou gris, des pommettes marquées, un nez petit et large.

Ils mesurent à peine 1,55 m et ont parfois des tares physiques comme goitre ou mains palmées.

Des interdictions à la pelle

Tout pestiférés qu'ils sont, les cagots doivent se repérer de loin !

Ils portent ainsi des pièces de tissus cousues sur leur vêtement, en forme de patte d’oie ou de canard.

Vivant en petits groupes aux abords des villages, on ne les voit sortir que pour la messe : les églises ont aménagé des portes spéciales, et mis à disposition des bénitiers d’où ils prennent l’eau du bout d’une perche.

La peur de la contamination est terrible !

Ils n’ont pas de noms de famille : sur leur acte de naissance figure un prénom suivi de « cagot » ou un surnom faisant référence à un métier ou un signe distinctif : Charpentier, Canard, Chrétien, Lépreux...

Craignant qu’ils ne leur refilent leur mal, les habitants des villages leur ont interdit de : boire aux fontaines, s'approcher des lavoirs, de labourer ou d’avoir un métier les mettant en contact avec l’eau ou la terre, d’avoir des contacts avec leur voisin, élever ou vendre des animaux…

Montaner et les cagots

Si les gens pouvaient reconnaître une qualité aux cagots, c’est leur habileté sans pareil en termes de travail du bois.

Car si les cagots sont exclus de bien des professions, on les retrouve charpentiers, forgerons ou bûcherons : le fer et le bois ne peuvent pas transmettre la lèpre !

Ce qui fait que le seigneur de Montaner, Gaston Fébus, les engage pour les charpentes de son château, en 1379.

Le contrat est passé entre les deux parties dans l’église de Pau, devant témoins : en échange de leur travail, Fébus s’engage à les exonérer de la taille.

Au total, on a 88 charpentiers cagots qui s’activent sur le chantier !

Ailleurs qu’à Montaner, Gaston Fébus ne fera construire et réparer ses châteaux (Orthez, Mauvezin) que par des cagots !

C’est un certain Peyrolet, de Lucq-en-Béarn, qui a été entrepreneur des travaux de Montaner.

Les cagots « disent, promettent et s’obligent de gré et de volonté à préparer et à transporter avant la fête de Toussaint à leurs dépens, tous les bois et ferrements nécessaires à la construction de la tour de Montaner. »

Fébus, lui, s’engage à acheter et transporter l’ardoise. (Histoire des cagots, Osmin Ricau)

Pour aller plus loin...

Hormis les châteaux de Gaston Phébus, les cagots charpentiers ont travaillé sur les chantiers d'autres monuments : leur œuvre est encore visible aujourd'hui !

On peut citer :

  • XVe s : charpente de l'église Saint-Girons à Monein (64) ;
  • XIIIe s : charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris (75) ;
  • XVe s : halles de Campan (65)...


Et pour approfondir vraiment le sujet, rendez-vous au musée des cagots d'Arreau (65), unique en France !

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !