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Baudelaire locataire de l'hôtel Lauzun

Quand : octobre 1843 - 1845

Baudelaire, vers 1861 | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0
Hôtel particulier Hôtel Lauzun

N.B. : détails piochés dans Charles Baudelaire : souvenirs, correspondances, bibliographie (1872), Curiosités sur Baudelaire (Louis Thomas, 1912) et Mes souvenirs (Théodore de Banville, 1882).

Baudelaire locataire de M. Pichon

Baudelaire, 23 ans, s’installe en octobre 1843 comme locataire du baron Pichon à l’hôtel Lauzun, aussi appelé à l'époque hôtel Pimodan.

Le poète loue trois petites pièces au fond de la cour, au 3e étage, sous les combles.

Sa chambre a des murs et un plafond faits de papier glacé rouge et noir, avec une fenêtre unique aux carreaux dépolis à mi-niveau seulement, « afin de ne voir que le ciel ».

Sa chambre, aujourd’hui transformée en bureau par un membre de l’Institut d'études avancées, qui occupe l'hôtel Lauzun depuis 2013, n’a pas bougé : parquet et cheminée sont d’époque !

Décor à compartiments et cercueil sculpté

Baudelaire a besoin de meubler son trois pièces !

Figurez-vous qu'il se fait vendre un mobilier « gigantesque » (quelconque et très cher) par le brocanteur Antoine Arondel, qui occupe le rez-de-chaussée de l’hôtel. Plus quelques mauvaises copies de grands peintres...

Cet Arondel profite de la crédulité et de l’inexpérience du poète, que voulez-vous...

L’appartement qu'occupe Baudelaire est pourtant exigu, « composé de petites pièces sans attribution spéciale ».

On y accède par un escalier de service en bois.

On y trouve une énorme table ronde, des fauteuils et des divans couverts de housses. Pas de bibliothèque ! Mais un placard où une trentaine de livres seulement côtoie des bouteilles de vin.

Il n'y a pas de salle à manger, pas de buffet, ni cabinet de travail, « rien qui rappelle le décor à compartiments des appartements bourgeois ».

Dans la chambre à coucher, Baudelaire a acheté un grand lit en chêne, « sorte de cercueil sculpté ».

Il luttera tout le reste de sa vie contre les dettes, l'achat de ces meubles bien trop onéreux n'étant pas étranger à ses problèmes d’argent...


L'hôtel Lauzun au XIXe siècle

L'hôtel Lauzun au XIXe siècle | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Du boucan !

Baudelaire ne respecte pas du tout le lieu !

Son propriétaire se plaint du boucan ? Il répond :

« Je ne sais pas ce que vous voulez dire. Je fends du bois dans le salon, je traîne ma maîtresse par les cheveux, cela se passe chez tout le monde. »

Paradis artificiels et haschich

Baudelaire écrit à l’hôtel Lauzun sa célèbre Invitation au voyage. Vous savez ?

Elle inclut le mythique « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté » !

Il a aussi été inspiré par ses séances du célèbre club des Haschichins pour écrire ses Paradis artificiels, un essai publié en 1860 sur les relations entre haschich et création artistique.

Car c'est à l’hôtel Lauzun, en 1844, que se forme le Club des Hachichins, fondé par le poète Théophile Gauthier et le docteur Moreau de Tour, un aliéniste auteur d'un ouvrage intitulé Du haschich et de l'aliénation mentale.

De nombreux scientifiques, hommes de lettres et artistes français se réunissent chaque mois à l'hôtel Lauzun et étudient les effets du haschich...

Mais Baudelaire comme Gautier arrêtent vite les séances :

« Après une dizaine d'expériences, nous renonçâmes pour toujours à cette drogue enivrante, non qu'elle nous eût fait mal physiquement, mais le vrai littérateur n'a besoin que de ses rêves naturels, et il n'aime pas que sa pensée subisse l'influence d'un agent quelconque. »


L'hôtel Lauzun

L'hôtel Lauzun | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Les Fleurs du Mal

C’est ici que Baudelaire écrit plusieurs fragments de poèmes qui composeront plus tard Les Fleurs du Mal.

Le lieu l’inspire : du quai d’Anjou il voit la Seine, et de son appartement, il peut voir le soleil couchant.

Dans la torpeur du haschich, il voyait au petit matin « L’aurore grelottante en robe rose et verte » qui « s’avançait lentement sur la Seine déserte »...

Et après ?

Charles Baudelaire ne reste que deux ans à l'hôtel Lauzun. Mais les dettes s'accumulent, bientôt. Beaucoup trop.

Parce qu'il a dilapidé une grande partie de l'héritage reçu après la mort de son père, Baudelaire se fait mettre sous tutelle par sa mère.

La moindre de ses dépenses sera scrutée, consignée par un notaire...

Croulant sous les dettes, dont il n’arrivera plus jamais à se défaire, il fuit ses créanciers et doit vendre ses livres chez un bouquiniste pour manger : oh, de maigres repas, parfois uniquement composés d’un morceau de brie et d’une bouteille de Bordeaux… lui, le gourmet habitué au luxe !

A l'automne 1845, il déménage place Vendôme chez sa mère après avoir tenté de se suicider.

Ce qu'il reste de Baudelaire et l'hôtel Lauzun ? Les Paradis artificiels, qui paraissent 7 ans avant sa mort en 1860, ainsi que Les Fleurs du Mal, en 1857.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !