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Baptisé à l'ail, Henri le Béarnais pointe le bout de son nez à Pau

Quand : 13 décembre 1553

Henri IV | the lost gallery / CC-BY
Château Henri IV Henri II d’Albret Château de Pau

Qui sont les parents d'Henri ?

Le père s’appelle Antoine de Bourbon.

Oh, les Bourbons ! Ils sont issus de Robert de Clermont, l’un des fils du roi saint Louis.

Et le 2 octobre 1548, Antoine épouse Jeanne d’Albret, 20 ans. La fille d’Henri d’Albret, roi de Navarre.

La Navarre, c'est ce petit royaume des Pyrénées constitué au 9e siècle, entre France et Espagne…

Jeanne n’est pas n’importe qui : il s’agit de la fille de la grande Marguerite d’Angoulême, la brillante sœur de François Ier !

Antoine de Bourbon

Antoine de Bourbon | ©Rijksmuseum / CC0

Un premier enfant

Une mort prématurée

Le couple a eu un premier enfant, en septembre 1551.

Le petit duc de Beaumont, prénommé Henri, déjà, comme son futur frère.

Jeanne a confié le bébé à son ancienne gouvernante, Aimée de Lafayette, à qui elle fait toute confiance.

Mais la vieille dame est frileuse : elle tient le petit langé très serré, enfermé dans une pièce trop chaude, peu aérée ! Pour le soigner, elle le fait « suer de chaleur à outrance ». Même l’été !

Que s’est-il vraiment passé, personne ne le sait : mais on a tout lieu de penser que le petit duc meurt par asphyxie et déshydratation, en août 1553.

L’héritier de la Navarre... mort !

Jeanne d'Albret

Jeanne d'Albret | ©Rijksmuseum / CC0

Un enfant à venir !

Jeanne, dévastée, n’a pourtant pas le temps de pleurer son petit.

Elle tombe à nouveau enceinte ! Je vous le donne en mille : du futur Henri IV.

Le père de Jeanne, très peiné par la mort de « son » héritier, reproche au couple leur négligence. Il décide de prendre en main la naissance du futur « petit fruit », chez lui, à Pau.

Il lance à sa fille « qu’elle n’était pas digne d’avoir des enfants, puisqu’elle n’y prenait pas garde ; et lui dit que si elle devenait grosse, qu’elle lui apportât sa graisse en son ventre pour enfanter en sa maison, et que lui ferait nourrir l’enfant. »

De la Flèche où le couple se trouve (et où Henri aurait été conçu), on entame donc la transhumance vers le Sud-Ouest, à Mont-de-Marsan puis à Pau (chez Henri d’Albret), où ils arrivent à la mi-novembre.

Château de Pau

Château de Pau | ©Don-vip / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La promesse d'une boîte au trésor

C’est un père soucieux qui fait les cent pas au château de Pau : Henri d’Albret. Il s’occupe de sa fille enceinte, Jeanne, comme un vrai tyran, depuis des mois…

Mais là, à quelques heures de la délivrance, il bout d’impatience.

En attendant, il promet à Jeanne de lui donner son testament, enfermé dans « une grosse boîte d'or fermée à clef, et dessus, une chaîne d'or qui eût pu faire 25 ou 30 tours à l'entour du col. »

Il lui remettra la boîte, à trois conditions :

  • qu’elle ne mette pas au monde « un enfant pleureur ou rechigné » ;
  • qu’il assiste à la naissance ;
  • qu’elle chante « un air béarnais au moment de l’arrivée de l’enfant. »

Jeanne entonne alors cette chanson du Béarn, que chantent les femmes au moment de l’accouchement, pour que tout se passe bien : Notre-Dame-du-Bout-du-Pont, Nousté Dame deu cap deu poun.

Du nom de la Vierge d’une chapelle sur le pont enjambant le Gave, non loin de Pau.

Chambre natale d'Henri IV

Chambre natale d'Henri IV | ©Superchilum / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Brebis à la sauce béarnaise !

Et voilà, vous l’entendez ? Henri est né (« sans pleurer ni crier ») ! Il est « entre minuit et une heure. »

Le grand-père, fou de joie, donne la boîte au trésor à sa fille, en disant : « Voilà qui est à vous, mais ceci est à moi ! »

Il attrape le petit, pour le montrer à la foule en liesse, depuis la fenêtre de la chambre.

Là, tout fier, il rugit : « Voyez, ma brebis a enfanté un lion ! »

Un clin d’œil aux Espagnols, railleurs, qui avaient osé dire « la vache a fait une brebis » (rapport au bovidé qui orne le blason de la famille d’Albret), quand son épouse Catherine avait accouché de Jeanne… Et toc !

Naissance d'Henri IV (Eugène Devéria, 1827)

Naissance d'Henri IV (Eugène Devéria, 1827) | ©Wellcome Collection / CC-BY

Ail et jurançon

Le grand-père frotte une gousse d'ail sur les lèvres du bébé, que celui-ci tête avidement, puis lui présente « du vin de sa coupe. »

« À l’odeur, le petit prince branla la tête comme peut faire un enfant. »

Alors, Henri s’exclame : « Toi, tu seras un vrai Béarnais ! »

La légende bien connue rapporte qu’il s’agit de jurançon, bien sûr, un vin local.

Mais en fait, il s’agirait plus probablement de Cahors ou de vin d’Arbois, rapporte Jean-Pierre Babelon !

Et pour l’ail ? À l’époque où règnent de terribles maladies, qui déciment particulièrement les nouveaux-nés, la vertu de l’ail est bien connue, pour écarter les germes. Idem pour l’odeur du vin.

En 1820, d'ailleurs, Louis XVIII fait baptiser « à la béarnaise » son neveu Henri (le fils posthume du duc de Berry assassiné par un anarchiste), avec gousse d’ail et jurançon ! Clin d’œil à un lointain « ancêtre »...

Château de Pau

Château de Pau | ©Philippe GDS / Pixabay

Un baptême, des parrains, une marraine

Le petit Henri se fait baptiser par le cardinal d’Armagnac, quelques mois après sa naissance, début mars 1554.

Non pas dans la chapelle du château de Pau, trop exiguë pour le nombre d’invités, mais dans la grande salle du 1er étage.

Ses parrains sont le roi de France Henri II et le roi de Navarre Henri II d’Albret. Oui, d’où le choix de son prénom !

Sa marraine s’appelle Isabeau d’Albret, sa tante.

Les écrits de l’époque rapportent que « deux quintaux de cire avaient servi au moulage des cierges », qui forment comme une forêt de petites lumières dans la grande pièce du château.

Les nourrices du petit Henri

Le petit Henri n’est ni élevé, ni allaité par sa mère. On le confie à 8 nourrices successives !

Elles s’appellent Arnaudine de Lareu, Françoise Minot, Jeanne Fourcade… cette dernière fera même plus tard une visite surprise à Henri au Louvre, en souvenir, avec sous son bras un panier rempli de fromages du pays basque !

Ensuite, il est envoyé en formation chez la baronne Suzanne de Miossens au château de Coarraze, jusqu’à ses 3 ans.

Le petit garçon y est éduqué à la béarnaise, dans des paysages sauvages, avec les enfants du coin.

Naissance d'Henri IV

Naissance d'Henri IV | ©Wellcome Collection / Public domain

Une fratrie décimée

Les parents d’Henri auront trois autres enfants :

  • Louis-Charles, né en février 1555, mort moins de 2 ans plus tard ;
  • Madeleine, née en avril 1556, morte 15 jours plus tard ;
  • Catherine, enfin, née en 1559.

La suite !

Ensuite… le petit Henri sera promis à l’avenir qu’on lui connaît, futur roi de France en pleines guerres de Religion. Jusqu’à l’issue fatale.

Le médecin de Catherine de Médicis, Auger Ferrier, avait d’ailleurs dit, à la naissance d’Henri, après la publication d’horoscopes prédisant au petit un bel avenir sans taches :

« Muse dans un pareil concours des astres, que peux-tu souhaiter davantage à mon héros ? Serait-ce des victoires ? Des trônes ? Un empire ? Il les obtiendra. Mais ici, je suis arrêté… et après m’avoir montré un si brillant avenir, Musée, tu m’empêches d’en dire davantage. »

Sources

  • Jean-Christian Petitfils. Henri IV. Perrin, 2021.
  • Jean-Pierre Babelon. Henri IV. Fayard, 2009.
  • Pierre de Vaissière. Henri IV. Fayard, 1940.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !