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Foulques Nerra, Plantagenet et ancêtre de l'aspirine : 5 anecdotes sur la tour carrée de Loudun

Quand : 1162 - 1633

Tour carrée | ©Thérèse Gaigé / Wikimedia Commons / CC0
Fortification Donjon carré de Loudun

1 - C'est une tour de guet

La tour carrée actuelle est l'une des très rares rescapées de l'ancien château de Loudun.

Car il faut imaginer une vaste forteresse, à l’origine : on y accédait par pas moins de 5 ponts-levis !

C'est une tour de guet, comme le montrent sa plate-forme à son sommet, l'absence de fenêtres dans l'épaisseur de ses murs, mais aussi celle de puits et de latrines.

Et contrairement à ce que son nom indique, elle n’est pas totalement carrée : ses côtés mesurent exactement 9,52 x 8,55 x 9,10 x 8,70 m !

Tour carrée

Tour carrée | ©Daniel Jolivet / Flickr / CC-BY

2 - Une gigantesque enceinte

Des 4 portes d’enceinte permettant l’accès au vaste château-fort de Loudun, il reste la porte du Martray.

Car pour défendre la ville poitevine, au Moyen Âge, imaginez un rempart long de 3 km, flanqué de 18 tours, protégé par des douves de 8 m de profondeur...

Porte du Martray

Porte du Martray | ©Thérèse Gaigé / Wikimedia Commons / CC0

3 - Le constructeur de la tour n'est plus celui que l'on croit

Ce donjon est un spécimen rare de l'architecture médiévale. L'unique vestige de l'ancien château construit au 11e ou 12e siècle, pour défendre la petite cité que se disputent alors les comtes de Poitou et les comtes d'Anjou.

Et en parlant de comtes d'Anjou... jusqu'à une étude de 2018, menée par Fabrice Mandon, lors de fouilles préventives, la tradition répétait que l'on devait la construction du donjon carré au célèbre Foulques Nerra.

Il aurait fait bâtir la tour à un endroit stratégique, au croisement des routes reliant le Poitou à la Touraine, sa terre de prédilection... de Loudun partent tous les chemins vers ses possessions, pratique !

En réalité, la tour carrée serait plutôt la création des célèbres Plantagenets : Henri II comte d'Anjou et roi d'Angleterre ou son frère Geoffroy, entre 1162 et 1185.

La raison ? Construire une tour de guet pour se protéger... des raids des comtes de Poitou !

Loudun : le château en 1569 (Cote 5 Fi 590)

Loudun : le château en 1569 (Cote 5 Fi 590) | ©Archives de la Vienne / Domaine public

4 - La destruction du château de Loudun

En 1628, le château de Loudun, alors très dégradé, et qui a servi de place-forte aux protestants, est entièrement rasé.

Tour carrée, donjon et porte du Martray mis à part.

En 1633, Louis XIII ordonne finalement la démolition (le « rasement ») du donjon, chargeant un certain Laubardemont, conseiller du roi proche de Richelieu, de la besogne, malgré les protestations du gouverneur de Loudun.

Le roi lui donne même ordre de trafiquer les serrures des portes d'accès à la ville :

« Parce qu'il reste encore le donjon à démolir, vous ne manquerez pas suivant la commission qui vous a été expédiée de le faire raser entièrement sans y rien réserver. J'ai appris de plus que les portaux de ladite ville, pouvant tenir lieu de forteresse, pouvaient préjudicier à la tranquillité des habitants, si des personnes mal intentionnées venaient à s'en emparer ; c'est pourquoi je désire que vous les fassiez ouvrir par-dedans, afin qu'on ne puisse en prévaloir à leur désavantage. »
Jardin des simples, Loudun

Jardin des simples, Loudun | ©Daniel Jolivet / Flickr / CC-BY

5 - Le jardin de la tour et le Polychreston, ancêtre de l'aspirine

Un joli petit jardin médiéval s’étend au pied de la tour carrée, couvert de simples, ces plantes médicinales utilisées depuis le Moyen Âge.

On trouve parmi elles quelques-unes de celles entrant dans la composition… du Polychreston.

On doit ce remède, ancêtre de l’aspirine, au célèbre et génial médecin Théophraste Renaudot, originaire de Loudun.

Non content d’être le père de la presse française et le précurseur des agences pour l'emploi, on lui doit la création de ce médicament, composé de 83 ingrédients, essentiellement des simples !

Il est distribué pour la première fois à Loudun le 4 décembre 1619 par le sieur Boisse, maître apothicaire de la ville. Il s’agit d’un électuaire liquide, « une poudre et quelques sucs, sirops, conserves, confitures et miel pour lui donner consistance. »

Origan, ivoire, figues, réglisse, serpolet, poivre, anis, coing et autre lierre terrestre entrent dans sa composition !

Sources

  • Encyclopédie Châteaux Passion. Éditions Atlas, 2001.
  • Fabrice Mandon. Loudun - La Tour carrée : fouille préventive (2018). In Archéologie de la France Informations (ADLFI ). 2021.
  • Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest (tome 8, 3e série). 1915.
  • La Tour Carrée. Ville de Loudun, ville-loudun.fr.
  • Thierry Lefebvre. Du polychreston de Jacques Boisse à l'Urodonal de Jean-Louis Châtelain [Question LXXXVIII Pharmacie et littérature]. In Revue d'histoire de la pharmacie (88ᵉ année, n°328). 2000.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !