Animaux célèbres de l'Histoire de France

Petit chatPetit chat | ©Anecdotrip.com

Anecdotrip vous propose une sélection d'histoires de bébêtes (à poils et à plumes) qui ont fait la grande et la petite Histoire de France ! Avec un lieu à visiter, lorsqu'il y en a un associé...

SOMMAIRE

Les familiers

1 - Les chevaux

2 - Les chiens

3 - Les chats

4 - Les volatiles

Les sauvages

1 - Bêtes sauvages...

2 - Les ménageries

Les chevaux

Gladiateur, l'as des hippodromes

Surnommé le « cheval du siècle », Gladiateur ne semblait pas destiné à une brillante carrière...

Il naît en France en 1862 au haras de Dangu (27), fils de Monarque et de Miss Gladiator. Non mais regardez-le !

Vous parieriez, vous, sur ce très grand cheval bai, osseux comme pas deux, souffrant d'un problème à la jambe ?... Hé non ! Mais son propriétaire, le comte de Lagrange, veut le faire courir, lui.

Il a... comme un bon présage ! Le premier essai se passe à Chantilly en 1863 : pas très concluant, pour tout vous dire. Gladiateur se fait battre à plates coutures...

Mais le comte ne lâche rien ! Il se dit qu'avec un bon jockey et un entraînement sur mesure, Gladiateur peut faire des merveilles. Il a vu juste : le grand cheval fait des étincelles ! Le début de la gloire quoi...

Gladiateur connaît la célébrité à la fois en France et en Angleterre. En 1865, il remporte de l'autre côté de la Manche les 3 épreuves suivantes :

  • les Deux Mille Guinées ;
  • le Derby d'Epsom (c'est le premier cheval français à le remporter) ;
  • le Saint-Léger de Doncaster.

Un exploit formidable, oui, mais on est en terre anglaise... et le cheval, tout vainqueur qu'il soit, reste français... certains vont même jusqu'à l'accuser d'avoir triché ! Mauvaises langues, va !

Du coup, Gladiateur remet le couvert : en 1865, il gagne le Grand Prix de Paris (créé deux ans plus tôt) et la somme (colossale à l'époque)... de 100 000 francs !

Il participe enfin à la Coupe d'Or d'Ascot où parait-il, on le voit faire la course, boiteux, sur 3 jambes, pour quand même parvenir à franchir la ligne d'arrivée. Gladiateur meurt à l'âge de 14 ans, sans descendants.

À voir : si les Anglais conservent la queue de Gladiateur au National Horseracing Museum de Newmarket, et qu'une rue à Dangu porte le nom de Gladiateur, on voit à Paris sa statue de bronze route des Tribunes, à l'entrée de l’hippodrome de Longchamp, après la grille d'entrée.

Plaisanterie et sa table : tout sauf une blague !

Une pancarte précisait encore dans les années 80 :

« Plaisanterie, poulinière de classe acquise par l’entraîneur Thomas Carter, s'arrêta net au milieu d'un trot sur la route des bœufs en forêt de Chantilly. On creusa en ce lieu. À près de 2 m sous le sol, on découvrit une table massive et sonore de 2 tonnes en calcaire coquillier du Tertiaire parisien que lègue au Muséum en 1953 M. H. Camus (peintre animalier, ndlr). »

Et voilà, tout est dit... Une table tout ce qu'il y a de plus banale (qui sonne creux si on tape dessus) au milieu d'un carré d'herbe, découverte par une jument dont le nom ne fait pas très sérieux : Plaisanterie en personne, qui a quand même gagné une quinzaine de courses outre-Manche !

On ne connaît pas l'origine de cette étrange table, pourtant...

Il existe un « Carrefour de la Table » dessiné par Le Nôtre dans la forêt de Chantilly, avec une table monumentale du même style.

On dit que le Grand Condé l'utilisait lors des chasses, pour poser le gibier et recevoir des hôtes ! La table de Plaisanterie serait-elle du même acabit ? Mystère !

À voir : la table de Plaisanterie se trouve au jardin des Plantes (75), du côté de la rue Buffon.

Furioso, furieusement prometteur !

Furioso !! Ce pur-sang bai-brun né en 1939 en Angleterre est l'étalon le plus célèbre du haras du Pin, qui arrive ici en 1946 !

Il y fait une grande carrière de reproducteur qui dure 10 années : peu doué pour la course ou l’obstacle, il a en revanche des qualités et un caractère extraordinaires.

Furioso meurt en 1967, laissant derrière lui une descendance de près de 300 chevaux !

Deux de ses rejetons ont fait de beaux champions, et vous les connaissez peut-être : Pomone B. et Lutteur B., médaille d'or aux J.O. de 1964 à Tokyo avec son cavalier Pierre Jonquères d'Oriola...

À voir : la tombe de Furioso au haras du Pin (61). On l'a enterré debout ! C'est d'ailleurs le seul cheval inhumé au haras.

Les dadas de Napoléon

À voir : Napoléon Ier a possédé plus d'une centaine de chevaux arabes, mais l'Histoire a conservé la trace de Vizir (naturalisé, il se trouve au musée de l'Armée à Paris), l'Aboukir, le Sahara, la Belle, le Sheikh, le Major, le Triomphant, le Distingué, le Familier...

Ces chevaux ont été immortalisés par le peintre Pierre Martinet, au tout début du 19e siècle : des toiles exposées aux châteaux de Malmaison et Bois-Préau.

Les chiens

Les petits chiens d'Henri III

Henri III, qu'on sait adepte de bijoux et de dentelles, a fondu pour les petits chiens, des bichons.

Sully, dans ses Mémoires, tome I, disait qu'il se promenait un panier plein de petits chiens autour du cou :

« Je me souviendrai toujours de l'attitude et de l'attirail bizarre où je trouvai ce prince dans son cabinet. Il avait l'épée au côté, une cape sur les épaules, une petite toque sur la tête, un panier plein de petits chiens pendu à son cou par un large ruban ; et il se tenait si immobile, qu'en nous parlant, il ne remua ni tête, ni pieds, ni mains. »

Le chroniqueur L'Estoile rapporte que le roi dépensait la somme colossale de 100 000 écus par an, pour ses chiens !

Mais parmi toutes ses pépettes, il en a 3 qu'il préfère par-dessus tout : Liline, Titi, Mimi, petites chiennes venus de la ville de Smyrne (actuelle Izmir, en Turquie).

Elles dorment au pied du lit, font la garde, mais n'attaquent jamais !

Sauf une fois, en 1589, lorsque le sombre Jacques Clément se présente dans la chambre du roi à Saint-Cloud, pour une « entrevue ».

Tu parles Charles ! On le connaît, le régicide... Là, une des chiennes se met à grogner, aboyer contre l'intrus... à tel point qu'on doit sortir le petit chien, qui devient littéralement fou de rage. Quelques secondes après, Jacques Clément assassine Henri...

Les chiens du roi Louis XV

À Versailles, Louis a une meute impressionnante, pourtant, il connaît chaque membre par leur nom !

Parmi eux, l'Histoire a conservé les noms des épagneuls Charlotte, Cocoq, Gredinet, Hermine, Jemite, Petite Fille, du braque Blanche, de la levrette Sylvie, sans oublier Pompée, Florissant ou Polydore... (vu dans le Dictionnaire amoureux de Versailles de Franck Ferrand à l'article Chats et chiens)

Comme Louis XIV avant lui, le roi fait même mettre pour ses chiens un « capitaine des levrettes » à leur disposition !

Mais ça ne s'arrête pas là... Ses chiens le suivent partout, même à l'heure des repas : le premier maître-d’hôtel du roi leur donne deux cornets de gimblettes (petites pâtisseries sèches en forme d'anneau).

Et attention, même pour les chiens, il y a une étiquette et un protocole à respecter !

Ce devait être le grand maître de la garde-robe qui devait donner les friandises. En cas d'absence de ce dernier et celle du maître-d’hôtel, c'est le premier chambellan qui reçoit les gimblettes des mains de l'officier de bouche (vu dans les Mémoires du Duc de Luynes, tome II)...

Loulou, pour ses toutous, se décarcasse : D'Argenson dit dans ses Mémoires que Louis XV a fait un travail de chien, pour ses chiens...

Mais le roi craque pour une bête en particulier. Son petit préféré ! Voilà Filou, un king's charles, le seul être au monde qui l’aimât pour lui-même, dit Dufort de Cheverny dans ses Mémoires. Dans Épître à Filou petit chien du roi, on voit qu'il a les plus beaux colliers de pierres précieuses et les coussins de velours les plus confortables...

À voir : le « cabinet des Chiens » au château de Versailles et les portraits des chiens du roi peints par Oudry et Desportes au château de Compiègne (60), au château de Fontainebleau (78).

Aussi, ne pas manquer la collection de niches du 18e siècle au château de Vendeuvre (14).

Louis XIV et ses chiens

Louis le quatorzième du nom adore les chiens. Rien n'est trop beau pour ses compagnons à 4 pattes ! Chaque jour, son pâtissier leur réalise des biscuits. Il y a même à la cour la charge de « capitaine des levrettes de la chambre du Roi » !

Dans la bande, on compte les levrettes Malice et Zette, mais aussi les braques Diane, Lise, Tane, les épagneuls Blonde, Folle, Ponne, Nonette et Nonne...

À voir : les portraits des chiens du roi Soleil peints par Desportes, au musée de la Chasse et de la Nature (75).

Fidèle, Marphise... et Mme de Sévigné

La dame, alors au château des Rochers en Bretagne, écrit à sa fille le 13 novembre 1675 :

« Vous paraissez toute étonnée que j'ai un petit chien. Voici l'aventure : j'appelais, par contenance, une chienne courante d'une Madame qui demeure au bout de ce parc. Mme de Tarente me dit : Quoi ! Vous savez appeler un chien ? Je veux vous en envoyer un le plus joli du monde. Je la remerciai et lui dis la résolution que j'avais prise de ne me plus engager dans cette sottise.


« Cela se passe, on n'y pense plus ; 2 jours après je vois entrer un valet de chambre avec une petite maison de chien, toute pleine de rubans, et sortir de cette jolie maison un petit chien tout parfumé, d'une beauté extraordinaire, des oreilles, des soies, une haleine douce, petit comme Sylphide, blondin comme un blondin. Jamais je ne fus plus étonnée ni plus embarrassée. Je voulus le renvoyer.

« On en voulut jamais le reporter : la femme de chambre qui l'avait élevé en a pensé mourir de douleur. Je ne m'y attache point, mais il commence à m'aimer. Je crains de succomber... Voilà l'histoire que je vous prie de ne point mander à Marphise (petit chien de la marquise laissé à Paris, ndlr), car je crains ses reproches. Il s'appelle Fidèle, c'est un nom que les amants de la Princesse (de Tarente, sa voisine, ndlr) n'ont jamais mérité de porter... »

Raton, le chien de Ninon de Lenclos

Ninon, courtisane et femme d'esprit, épistolière à ses heures perdues, a aussi eu son ami à 4 pattes !

Un chien griffon offert par Mme de Maintenon : il s'appelle Raton à cause de sa petite taille ; il a le poil fauve et l’œil brillant très, très noir !

Quand Ninon passe à table, le chien se trouve dans une corbeille tout près d'elle.

Il grogne plus ou moins fort pour lui dire ce qu'elle ne doit pas manger : un chien diététicien ! Pas d'alcool, pas de gras (les ragoûts), pas de café donc, mais il laisse passer les pièces de viande et les potages !

Est-ce grâce à Raton que Ninon a vécu presque centenaire ? Raton et Ninon sont inséparables. Elle fait même graver ce poème anonyme sur le collier du griffon :

« Fidèle à ma maîtresse et suivant tous ses pas, Sensible aux soins qu'elle me donne, Prêt à mordre tous ceux qui ne l'aimaient pas, je n'ai pu mordre encore personne... »

Mais un jour, elle le laisse pour un voyage d'une semaine. Ce n'est rien une semaine, mais pas pour une petite bébête comme ça, si affectueuse !

Vous pensez bien que le pauvre Raton la cherche partout, puis... il finit par se coucher au pied du fauteuil préféré de sa maîtresse et se laisse mourir.

On dit que Raton a été naturalisé et qu'il est exposé au cabinet d'histoire naturelle de Paris... Vous l'avez déjà vu, vous ?

À voir : le domaine de Villarceaux (95) avec le « manoir de Ninon » qui a abrité les amours de la belle avec le marquis de Villarceaux. Pour suivre les traces du petit chien, qui un jour s'est peut-être promené dans le grand parc ?

Le chien de Montargis

On en parle déjà ici, du chien de Montargis...

À voir : à Montargis (45), la statue du chien dans le jardin du musée Girodet et un vitrail dans l'église Sainte Marie-Madeleine.

La levrette de Saint-Léger

On raconte qu'un soldat protestant du nom de Saint-Léger se retrouve enfermé au donjon de Vincennes, peu avant la Saint-Barthélémy. Il a pour seule amie une petite levrette qu'il a recueillie toute petite.

Le cœur brisé à l'idée de s'en séparer, notre homme demande à la garder avec lui en prison.

On refuse et... on emmène sa chienne. Mais dès le lendemain matin, la voilà qui se sauve et retourne au pied du donjon, aboyer devant la geôle de son maître !

Saint-Léger, surpris, jette un œil par les barreaux et aperçoit, tout content, sa chienne !

Et attendez : l'homme reste enfermé 4 ans au donjon, 4 ans durant lesquels la petite levrette vient tous les jours de l'année voir son maître...

Mais Saint-Léger meurt peu de temps avant sa remise en liberté. Alors, la chienne, continuant de venir, mais ne voyant plus son maître, part l'attendre au château de Vincennes.

Là, les gens la prennent d'affection. Qu'elle est jolie, cette petite bête ! murmurent les uns. Mais elle attend quoi ? s'étonnent les autres...

Elle attendait son maître, tiens, qu'elle n'oublia jamais. Et souvent, on la voyait courir au pied du donjon, lever la tête en l'air et s'asseoir, en attente pendant des heures, l’œil inquiet...

Les lévriers de Louis XI

On imagine ce roi vivant reclus dans ses châteaux, sombre et misanthrope. Il ne porte pas les humains dans son cœur, mais au moins, il aime les chiens ! Qui le lui rendent bien...

Louis a 4 lévriers, Paris, Plessis, Arthus et Cherami, mais aussi dit son chroniqueur Commynes, des « allans » d'Espagne (grands et gros chiens), des « petits chiens velus », des épagneuls, des « petites levrettes de Bretagne » qu'il paie très cher...

Cherami, c'est son chouchou, pour qui il fait faire les plus beaux colliers en pierres précieuses. Il leur fait faire de gros coussins rembourrés pour leurs petits sommes et n'hésite pas à les soigner quand il le faut. Même, il donne des messes pour eux, avec toutes les offrandes possibles pour qu'ils guérissent !

Ode à Mignonne

Eléonore de Habsbourg, seconde femme de François Ier, possède une petite chienne : Mignonne. Le poète protestant Clément Marot lui dédie ce joli poème dans ses Œuvres :

« Mignonne est trop plus affettée (turbulente, ndlr), Plus frétillant, moins arrêtée Que le passeron de Maupas (moineau, ndlr) ; Cinquante pucelles n'ont pas La mignardie si friande. Mignonne naquit aussi grande Quasi comme vous la voyez.


« Mignonne vaut (et m'en croyez) un petit trésor : aussi est-ce Le passe-temps et la liesse De la reine, à qui si fort plaît, Que de sa belle mains la paix. Mignonne est la petite chienne, Et la reine est la dame sienne. Qui l'aurait plaindre aucune fois, On gagerait que c'est la voix De quelques dolente personne,

« Et a bien cet esprit Mignonne De sentir plaisir et émoi Aussi bien comme vous et moi. La reine en sa couche parée Lui a sa place préparée, Et dort la petite folâtre Dessus la gorge d'albâtre De sa dame, si doucement Qu'on ne l'eut souffler nullement. Et si pisser veut d'aventure, Ne gâte draps ni couverture,

« Mais sa maîtresse gratte, gratte, Avec sa flatteuse patte, L'avertissant qu'on la descende, Qu'on l'essuie, et puis qu'on la rende En sa place, tant est honnête et nette la petite bête. Le jeun d'amours n'a éprouvé, Car encore n'avons trouvé Un mari digne de se prendre A une pucelle si tendre.

« Or afin que du tout ne meure Quand de mourir viendra son heure, Sa maîtresse en un beau tableau L'a fait peindre à Fontainebleau Plus semblable à elle Qu'elle-même ne se ressemble. Et qui Mignonne approchera De sa peinture, il pensera Que toutes deux vivent sans fainte, Ou bien que l'une et l'autre est painte. »

Courte et Charles IX

Voici la chienne préférée de Charles IX !

Le poète Ronsard la décrit, dans un petit poème en son honneur (Epitaphe de Courte, chienne du Roy), comme « pleine, grosse et grasse », « sans queue et sans oreilles ».

Laide, mais exceptionnelle ! Elle « jouait de passe-passe, nageait jusqu'au menton mieux qu'un barbet, trouvait le lièvre au gîte, jappait, allait vite »...

Ronsard poursuit :

« Mais si tôt qu'elle pouvait être En la présence de son maître, Et que son roi la caressait, Ses amis plus ne connaissait Et les mordait comme félonne, ne voulant souffrir que personne Approchant de ce qu'elle aimait : c'est pourquoi le roi l'estimait. »


Mais Courte est aussi une vilaine gourmande ; elle adore les repas et les massepains que lui donne son maître ! A sa mort, le roi, inconsolable, se fait des gants avec sa peau nous dit encore Ronsard... « Courte ainsi vive et morte a fait à son roi service parfait » !

Henri IV et Citron

C'est le poète Agrippa D'Aubigné (dans ses Histoires secrètes) qui nous parle de l'épagneul Citron, le grand chien du roi Henri IV qui dormait toujours sur ses pieds...

Le toutou préféré du Vert Galant, oui enfin... jusqu'à un certain point, on va le voir !

En 1577 à Agen, d'Aubigné raconte qu'il croise Citron abandonné dans les rues, affamé. Le chien reconnaît Agrippa à qui il fait « cent caresses ».

Touché et aussi surpris, le poète le confie à une bonne dame de la ville et fait graver ceci sur son collier :

« Le fidèle Citron, qui couchait autrefois Sur votre lit sacré, couche ores sur la dure. C'est ce fidèle chien, qui apprit de nature A faire des amis et des traîtres de choix. C'est lui qui effrayait les brigands de sa voix, Des dents les assassins. D'où vient donc qu'il endure La faim, le froid, les coups, les dédains et l'injure, Paiement coutumier du service des rois ?

« Sa fierté, sa beauté, sa jeunesse agréable Le fit chérir de vous. Mais il fut redoutable A vos haineux, aux siens, pour sa dextérité. Courtisans, qui jetez vos dédaigneuses vues Sur ce chien délaissé, mort de faim par les rues, Attendez ce loyer de la fidélité. »

On dit que ce poème rappelait la conversion du roi à la religion catholique...

Quand on plaça le chien sur le chemin du roi, le lendemain, à Agen, Agrippa rapporte que son visage changea de couleur et qu'il n'a pas su quoi dire, tout gêné...

Les chats

Les chats de Richelieu

On dit qu'il n'aime personne, sauf ses chats ! Richelieu, ministre de Louis XIII, travaille la nuit et ses chats lui tiennent toujours compagnie. 14 petits félins partagent sa vie !

Des angoras et des persans qu'il adore regarder paresser ou jouer, même se battre contre des rats.

Ses chats s'appellent :

  • Soumise (sa préférée, d'un caractère très doux, qui a le droit de dormir sur ses genoux)
  • Serpolet (le paresseux, toujours à ronfler au soleil)
  • Gazette (la sans-gêne)
  • Lucifer le chat noir
  • Mimi Piaillon
  • Felimare le mini fauve beige tigré
  • Ludovic le Cruel (qui porte bien son nom car imbattable contre les rats)
  • Mounard le Fougueux le capricieux et bagarreur
  • Rubis sur l'Ongle
  • Lodoïska (d'origine polonaise)
  • Pyrame et Thisbé qui dorment dans les pattes l'un de l'autre
  • Racan et Perruque...

On dit que les deux derniers sont nés dans une perruque appartenant au poète Racan !

Au Palais-Cardinal (actuel Palais-Royal à Paris), Richelieu transforme la pièce à côté de sa chambre en chatterie.

Deux personnes s'en occupent à plein temps, les sieurs Abel et Teyssandier, qui doivent nourrir les chats matin et soir... à base de pâtée de blancs de poulet.

Pâtée 3 étoiles pour des gourmets exigeants, s'il-vous-plaît ! À sa mort en 1642, le cardinal laisse une grosse pension pour ses amis à moustaches ainsi qu'une somme coquette aux deux domestiques histoire de s'assurer qu'ils continueront à s'occuper des matous...

Belaud et Du Bellay

Et voilà Joachim Du Bellay, maintenant, flanqué de son fidèle ami moustachu. Un chat pour un homme de lettres, quoi de plus normal...

Mais qui ? Qui a pu se faire une place aussi grande dans son cœur ? Belaud, un petit chat gris moiré, tout fin, qu'il appelle « mon bien, mon plaisir, mes amours »...

Sa mort l'anéantit. À tel point qu'après 3 jours de chagrin, il lui compose une longue épitaphe, paru dans Jeux rustiques. Incroyable... il fait revivre le chat sous nos yeux !

À quoi ressemble-t-il, ce petit chat gris ?

« Petit museau, petites dents, yeux qui n'étaient pas trop ardents », « le col grasset, courte l'oreille, et dessous un nez ébénin (de couleur noire, ndlr), un petit mufle léonin autour duquel était plantée une barbelette argentée ».

Alors, les amoureux des chats, pourrez-vous deviner à quelle race appartient Belaud, « couvert d'un poil gris argentin, ras et poli comme satin, couché par ondes sur l'échine et blanc dessous comme une hermine » ?

Après son portrait, son maître vante les qualités de Belaud, une bien gentille bête, très bon chasseur de rats, jouant des heures avec sa pelote...

Le poète finit en promettant à son petit Belaud « que tu vivras, tant que sur terre Les chats aux rats feront la guerre »...

Les volatiles

Le perroquet de Robespierre

Maximilien de Robespierre naît à Arras, le 6 mai 1758. Son oncle, le capitaine Carraux, offre au petit un perroquet en cadeau de baptême, superbe oiseau qu'il a rapporté de l'île indonésienne de Ternate.

Maximilien l'appelle Jacquot, et les deux compères deviennent les meilleurs amis du monde...

Il quittera la maison familiale, le jeune Maximilien, pour ses études, mais à chaque retour, son perroquet le reconnaît : il ne l'a pas oublié ! On se demande ce qu'on lui a appris, à ce piaf...

Figurez-vous que lorsque notre homme se fait arrêter le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794) pour être conduit à l'échafaud, et que le procureur hurle « Robespierre » au moment de l'arrestation, le volatile crie du tac au tac : « Chapeau bas ! »

Et quelques 80 ans plus tard, lorsqu'on prononçait le nom de Robespierre devant le vieux perroquet, il répondait toujours « Chapeau bas ! Vive la République ! » et se mettait à chanter la Marseillaise...

Les petits oiseaux des rois

Les rois aiment les chats et les chiens, mais aussi les oiseaux.

On a des volières très luxueuses (en vermeil, ivoire, pierres précieuses) partout où les rois résident : au Louvre, à la Cité, au palais des Tournelles, à Vincennes, dans les châteaux de la Loire...

La plus grande se trouve à Versailles : des pélicans, des autruches, des pigeons, et des tas de petits oiseaux exotiques l'occupent...

Mais vous les connaissez, les 3 plus grands fanas d'oiseaux, parmi les rois de France ? Charles VII, Charles VIII et Louis XIII...

Charles VII a, dans ses châteaux, des volières remplies de rossignols, d'alouettes et de chardonnerets.

Charles VIII continue la tradition. Il adore tous les animaux, mais surtout les oiseaux. Il a un merle blanc (oiseau très rare) qui très agressif, doit se tenir dans une cage séparée des autres piafs !

Et Louis XIII, bien sûr, le roi timide et rêveur, le plus mordu d'oiseaux : il a près de lui ses oiseaux de chambre, ses « siffleurs », et sa volière aux Tuileries composée de paons, d'autruches, d'aigles et de faisans...

Son ami Albert de Luynes va s'occuper de ses protégés en tant que « maître de la volerie du cabinet » puis aura la charge de grand fauconnier du roi...

Les sauvages

Le rhinocéros de Louis XV

M. Bertin, ministre d'Etat, l'a fait venir d'Inde à la demande de Louis XV. Le rhino arrive donc en 1770 dans la ménagerie royale du château de Versailles, après un bien long voyage !

C'est un jeune mâle avec une seule corne, corne qui n'a même pas finie de pousser.

Bernardin de Saint-Pierre le décrit comme « fort et méchant » et dit dans ses Mémoires qu'il déteste les cochons, il les charge dès qu'il en voit un... mais par contre, il raconte qu'une petite chèvre vient manger son foin entre les jambes de notre rhino...

À Versailles, on lui aménage un enclos avec un bassin : mais attention, notre grosse bébête a le sang chaud ! Cuvier rapporte qu'il tue deux jeunes personnes qui ont osé entré dans son parc...

Buffon le décrit dans son Histoire naturelle, le naturaliste hollandais Petrus Camper vient même en personne pour voir l'imposant herbivore.

Celui-ci rapporte qu'il a la peau très sensible, tellement que pour se protéger des piqûres des insectes volants, nombreux en cet été 1777, il se réfugie sous un abreuvoir !

Le rhino de Versailles meurt en 1793 lors de la Révolution : un coup de sabre parvient à transpercer sa peau épaisse ! Ce sont Jean-Claude Mertrud et Félix Vicq d'Azyr qui en font la dissection, grande première sur un animal de cette taille...

Et vous savez quoi ? La légende rapporte que Vicq mourut soudainement l'année suivant la dissection, à seulement 46 ans... des suites de l'opération, réalisée dans des conditions effroyables !

À voir : ça se passe au Jardin des Plantes à Paris : d'une part, le squelette du rhino est présenté dans la Galerie d'anatomie comparée ; de l'autre, l’animal naturalisé (sa peau a été tendue sur une armature en métal) est exposé dans la Grande Galerie de l'Évolution.

Miss Pundji, l'éléphante des bords de Loire

Au XIXe s, les nouveaux propriétaires de Chaumont, les Broglie, vont faire du château un lieu de fêtes, de mondanités et de luxe sans pareil.

Marie-Charlotte Say (la fille du très riche raffineur de sucre, eh oui) se marie au prince de Broglie en 1875 alors qu'elle vient d’acheter le domaine. Farniente, voyages, la belle vie commence...

Les Broglie ont un beau bateau et profitent de leur temps libre pour faire le tour du monde.

En Inde, en 1898, ils font la connaissance du maharadja de Kapurthala : en signe d'amitié, ce prince leur offre Miss Pundji... une éléphante née en 1896.

Bah, c'est plus encombrant qu'un chat, comme animal de compagnie, mais bon... On ne peut pas refuser !

On ramène la miss à Chaumont avec son cornac, dans les écuries spécialement aménagées pour elle. Les photos de l'époque la montre entourée de ses nouveaux amis, la petite famille sur son dos ou s'amusant à ses côtés...

Mais avec le krach de 1929, la famille Say (et donc celle des Broglie) se retrouve sur la paille. Plus d'argent ! Il faut donc faire des concessions : que faire de l'éléphante ?

C'est que ça mange pour vingt, une bête comme ça... Mais la princesse ne veut pas s'en débarrasser comme ça...

Miss Pundji, qui après avoir eu bien froid au château, finit sa vie au jardin d'Acclimatation à Paris, en 1943, à la mort de la princesse.

À voir : les écuries du château de Chaumont-sur-Loire (37) et la tombe de Miss Pundji sous les arbres du parc. Sur la dalle, un petit médaillon la montre entourée des enfants Broglie et de son cornac avec l’inscription : « O tristes que nous sommes Notre fantaisie ici enfouie »...

La girafe de Charles X

Probablement la girafe la plus célèbre de tous les temps... Mais connaissez-vous son histoire ?

La pauvre se fait capturer en Afrique près de Sennaar, à l'âge de 2 mois. Le but ? Le pacha d'Égypte Mehemet-Ali veut l'offrir au roi de France Charles X...

Commence un long périple ! Embarquée à Alexandrie, la girafe prend la direction de Marseille : elle gagne la cité phocéenne en octobre 1826. 3 vaches l'accompagnent constamment : elles donnent le lait dont a besoin le tout jeune animal : 25 litres par jour !

On doit l'envoyer dans la ménagerie du Roi, à Paris, mais on préfère lui faire passer un hiver douillet sur les bords de la Méditerranée.

On a jamais vu ça à Marseille : imaginez la tête des badauds, qui voient tous les jours notre girafe se dégourdir les pattes, entourée de gendarmes et de gardiens !

Vient le mois de mai : la girafe commence son voyage qui va la mener à Paris avec ses trois fidèles vaches et un convoi contenant sa nourriture, des chariots entiers d'orge et de blé. Le tout sous la houlette de l'éminent naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, dépêché exprès sur place...

Dans l'ensemble, le voyage se passe bien : oh, sauf à Lyon, où un chien lui fait peur. Elle s'emballe et se sauve, provoquant la panique dans la foule de curieux venue la voir !

La girafe arrive à Paris fin juin 1827. Les gens accourent de partout pour la voir. Des livres, des gravures, des assiettes, même des enseignes de bistrots voient le jour à son effigie !

Pour la petite histoire, on dit que le naturaliste Bory de Saint-Vincent, enfermé pour dettes à Sainte-Pélagie (ancienne prison du 5e arr), demanda à sortir quelques minutes pour voir la girafe. Mais ça va pas bien ?! râlent les geôliers. On refuse. Bon, très bien !

Et bien, c'est la girafe qui ira à lui ! Grâce à ses amis du Muséum, Bory put voir à la jumelle la bête qu'on avait amenée sous ses barreaux...

La girafe meurt de maladie en 1845. Sa dépouille est d'abord offerte au musée de Verdun. La légende dit qu'elle a été salement abîmée par les bombardements de la Première Guerre et que celle qui se trouve à La Rochelle ne serait pas la vraie girafe du roi Charles X...

À voir : quoi qu'il en soit, la girafe naturalisée se trouve aujourd'hui au muséum d'histoire naturelle de La Rochelle (17) !

Les ménageries

Dumas et son arche de Noé

La solitude, Alexandre Dumas ne l'aime que « peuplée d'animaux » car il « déteste les bêtes mais adore les animaux ».

Et sa solitude se passe quelque part non loin de Paris, à Port-Marly (78), dans le luxuriant château de Monte-Cristo...

Une vraie ménagerie (une arche de Noé, plutôt) peuple le jardin du château ! Il en parle dans son Histoire de mes bêtes (1867). Il y a :

C'est un certain Michel, gardien du château, qui s'occupe de tout ce petit monde.

Sauf de Pritchard, électron libre qui va et vient comme il veut. Dumas le décrit comme « pillard, indiscipliné, gourmand ». Il « suscitait, en raison de ses déprédations, des procès-verbaux à son maître »...

C'est lui qui ramène tous les chiens errants du coin ! Et qui fait que Dumas adopte 14 sacs à puces...

Mais l'écrivain l'adore, avec « son œil moutarde qui brillait comme une topaze »...

Et Dumas de dire que finalement, tous ces animaux ne lui coûtent rien au quotidien ; qu'un seul repas donné à quelques confrères lui aurait coûté le triple, et qu'en plus, ils auraient critiqué le vin et ses bouquins...

De la confiture à des cochons, finalement !

Les ménageries royales

Le goût des ménageries apparaît au Moyen-Age. Vous vouliez être in ? Alors, le fin du fin, c'est d'avoir ses bébêtes sauvages dans son chez-soi !

Les plus grands châteaux princiers ou royaux accueillent toutes les bestioles à plumes, à poil, à écailles : Mehun-sur-Yèvre, Versailles, Amboise, le Louvre...

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