Petite histoire de Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence

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La façade - ©Earwiglet / CC-BY-SA La façade - ©Earwiglet / CC-BY-SA
Eglise Saint-Jean-de-Malte Eglise paroissiale

Le temps des Bérenger

L'église se trouve extra-muros, hors les murs de la ville : ce qui explique peut-être pourquoi on l'a fortifié ! Saviez-vous que c'est la première église de style gothique en Provence ? Mais oui, construite entre 1272 et 1278 par Raymond-Bérenger IV, comte de Provence, pour les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (plus tard devenus chevaliers de l'ordre de Malte).

D'ailleurs, on peut voir à l'intérieur les tombeaux de ces puissants comtes de Provence, les Bérenger. Bon, ce ne sont pas les originaux, les tombeaux ayant été détruits pendant la Révolution et remplacés en 1828...

Heureusement, les os des comtes avaient été cachés et sauvés du saccage révolutionnaire ! Voilà Alphonse II. Les cheveux longs, la couronne sur la tête, il a tout d'un souverain ! A côté, son fils, Raymond-Bérenger IV.

Un guerrier, représenté en cotte de maille avec son bouclier ! Vous aurez peut-être remarqué la fleur qu'il tient près de son cœur... C'est la rose d'or qu'il a reçu des mains du pape Innocent IV au concile de Lyon, en 1245 !

L'essor de l'église

La chapelle primitive dédiée à Saint-Jean-Baptiste date au XIe s : c'est sur cet édifice qu'en 1234, on reconstruit l'église avec les deniers du comte Raymond-Bérenger, qui voulait se faire inhumer dans un cadre magnifique.

Le bâtiment qui voit le jour a un plan en forme de croix latine à chevet plat, une nef unique flanquée de chapelles latérales. En 1251, on juge les travaux suffisamment bien avancés pour que le cardinal de Colmieu fasse sa consécration. La nef ne tarde pas, achevée en 1264.

En 1376, au tour du clocher de 67 m : la croix latine qui le surmonte subit la foudre en 1754, on la remplacera par une croix de Malte. On raconte d'ailleurs que tous les ans, la veille de la Saint-Jean, la tradition voulait que celui qui arrivait à accrocher un ruban à cette croix gagnait un prix de plusieurs écus d'or !

Mais nous voilà arrivés au milieu du XVIe s : Charles Quint s'apprête à envahir la ville ! On raconte alors que pour éviter que l'empereur ne fasse de l'église fortifiée un parfait Q.G., le commandant René de Montéjan décide de l'abattre avec son clocher ! On se met au travail mais heureusement des voix s'élèvent vite pour les empêcher de la détruire...

Les restaurations de Viany

Après tous ces siècles, notre église, bien fatiguée, fait grise mine : alors, au début du XVIIe s, on procède à de grandes transformations. Enfin, « on », je devrais dire le prieur Jean-Claude Viany ! Il fait rénover la commanderie de l'ordre de Malte par l'architecte Dumas (aujourd'hui musée Granet).

Il refond les cloches abîmées ou fêlées, repave le sol, fait aménager de nouvelles chapelles sur les bas-côtés dès 1680 (celles de Notre-Dame-du-Bon-Voyage, du Purgatoire et de Saint-Joseph), refait entièrement la façade avec l'ajout de la seconde tour, par exemple...

Comble du chic, on suspend en 1701 à la voûte de l'église l'étendard du bateau turc la Sultane Benghem, pris par le chevalier de Ricard, originaire d'Aix et membre de l'ordre de Malte. C'est le grand-maître de l'ordre lui-même qui envoie le drapeau à son église !

L’étendard et les restaurations faites à l'église ont même drôlement impressionné les ducs de Bourgogne et de Berry (petits-fils de Louis XIV) lors de leur visite à Aix ! A la Révolution, on se fait plaisir.

Il faut dire que l'église contenait des trésors inestimables, ceux des Templiers et ceux de l'ordre de Malte : reliques, manuscrits précieux... tout disparaît ! De toute façon, en 1792, on supprime l'ordre de Malte avec saisie de tous leurs biens...


Et encore !