Notre-Dame de Paris et la légende des portes du Diable de Biscornet

Vinaigrette 0
Détail des pentures de Notre-Dame de Paris - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Détail des pentures de Notre-Dame de Paris - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Cathédrale Notre-Dame de Paris Cathédrale Légende Sorcellerie

La légende de Biscornet

Les ferronneries des portes de la cathédrale Notre-Dame de Paris ? Arabesques, fleurs, animaux... une petite merveille médiévale en fer forgé !

Mais attendez !! Et tremblez... La légende dit que le Diable lui-même les a faites de ses ch'tites mimines.

C’est ce qu’on lit dans Dictionnaire raisonnée de l'architecture française du 11e au 16e s (Viollet-le-Duc, 1889).

Un certain Biscornet réalise les ferronneries, au XIVe s. Mais le travail est tellement colossal, que le pauvre gars se demande s’il va y arriver.

Plutôt mourir que de subir une humiliation... il préfère demander l’aide du diable. Qui accepte, hop ! A condition que Biscornet lui signe un papelard, comme quoi il s’engage à lui filer son âme une fois le job fini...

Zou ! Par une nuit d'encre à faire frémir, les deux s’activent à réaliser les deux portes latérales. Mais impossible pour le Diable d’exécuter la porte centrale... réservée au passage des prêtres et des chanoines !

Voui, mais du coup, le marché n’est pas complet, puisqu’il ne peut être rempli par l’une des deux parties. Voilà comment Biscornet a réalisé un chef-d’œuvre... et conservé son âme ! Et voilà aussi pourquoi la porte centrale n'a pas de ferronneries.

Biscornet le « bis cornu » existe-t-il vraiment ?

La Revue artistique et littéraire (vol 13 à 14) dit qu’on a bien un Biscornet ou Biscornette sur une liste de maîtres artisans du Moyen-Age.

Une rue de Paris lui rend même hommage, dans le 12e arr ! Et Victor Hugo le mentionne dans son Notre-Dame-de-Paris...

Mais à entendre certains, comme La France pontificale (Etienne Repos, 1864), ces portes seraient bien l’œuvre du Diable : il a imprimé sa petite tête cornue un peu partout sur les bandes de fer...

A moins, plutôt, que cette tête démoniaque ne soit la signature de notre Biscornet, en forme d’armes parlantes, de rébus ? Biscornet... « deux fois cornu » ! Une pratique bien connue des artisans et artistes depuis longtemps pour signer leur travail !

La réalité derrière la légende !

Ces ferronneries s’appellent des pentures : des bandes de fer plus ou moins ouvragées, fixées sur une porte pour soutenir le gond. Comme à Notre-Dame, elles peuvent être d’une complexité incroyable !

Mais au Moyen-Age, les gens, crédules, ne pouvaient concevoir qu’un boulot aussi énorme ait été réalisé par un seul homme. Il fallait forcément que le Diable s’en soit mêlé !

Comme la légende du pacte diabolique, conclu dans la cathédrale de Toul par l’architecte Pierre Perrat, vous vous souvenez ?

Du coup, il y a toujours eu un parfum d'étrange autour de la conception des pentures de Notre-Dame de Paris... snif, vous sentez ? Henri Sauval dans son Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris dit d'ailleurs :

« Ces portes sont admirées de tout ce qu’il y a de serruriers. Le bas est tout couvert de bouillons et de revers de feuilles tournées et travaillées avec étonnement, tant pour la grandeur que pour la beauté de l’ouvrage, et d’autant plus que ceux du métier n’ont encore pu connaître précisément sa fabrique.

Les uns croient que c’est du fer moulé qu’ils appellent fer de barreau, d’autres disent qu’il est fondu et limé, d’autres prétendent qu’il est battu au marteau... Ce qui est de certain, c’est que ce secret fut perdu par la mort de Biscornet, qui avait si peur qu’on ne le lui dérobât, que personne à ce qu’on dit ne l’a vu travailler. »

Pierre Boulanger, dans les pas de Biscornet

Le petit Pierre, poings serrés, se tient droit comme un i, fourmi devant les portes gigantesques de la cathédrale parisienne. Déterminé !

Pas bête, le gosse : il a remarqué, que la porte centrale de Notre-Dame n’a pas de ferronneries. Rapport à la légende de Biscornet, qu'on a vu plus haut, hein !...

La légende du serrurier, son papa lui a raconté. Pierre dit qu’il les ferrera, ces portes ! Il fera TOUT pour ça !

Et voilà petit Pierre devenu le grand Pierre Boulanger, serrurier parisien né en 1813 qui faisait jaillir des merveilles forgées de ses mains calleuses...

Artisan à la forge de son père, il part faire le tour de France du compagnonnage et enfin, dès 1860, réalise son rêve : la fabrication des pentures de la porte centrale de la cathédrale parisienne. Après des nuits blanches de recherches incroyables pour étudier la technique de Biscornet...

Pierre repose depuis 1891 au cimetière du Montparnasse : il a laissé derrière lui d'incroyables pentures dans toute la France. Moins diaboliques que celles de Notre-Dame !


Et encore !