Les grottes-refuges de Naours : tout un petit monde muché

Vinaigrette 0
Une des salles - ©ThruTheseLines / CC-BY Une des salles - ©ThruTheseLines / CC-BY
Souterrains-refuges de Naours Troglodyte Guerre de Religion

Entre Amiens et Doullens, voici les « muches » de Naours ! Les quoi ? Muches ! Qui veulent dire « cachettes » en picard. Nous sommes à 30 m de profondeur, il y fait 9°C toute l'année. Claustrophobes s'abstenir ! Pourtant, près de 3 000 personnes ont vécu là de longs mois, pendant que les guerres faisaient rage à la surface...

Un refuge sûr !

Le souterrain se compose de près de 300 chambres et d'une trentaine de galeries d'environ 1m30 de hauteur, utilisées comme refuge par les Noriens. De grandes pièces servent de remise et abritent les animaux, tandis que des « rues » ont été aménagées, bordées de petites chambres.

Les habitants y ont laissé de nombreuses traces, comme des graffitis, des pièces de monnaie, des morceaux de vaisselle... On a réuni 3 salles pour en former une grande, qui servait de chapelle avec son autel taillé dans la pierre.

On a creusé un puits et plusieurs conduits d'aération : ceux-ci servaient aussi de cheminées. Mais, c'est pas très malin, me direz-vous ! Les ennemis devaient voir la fumée sortir de terre ! Mais non... car un système faisait en sorte que la fumée s'échappe directement dans la cheminée de la maison du meunier, de façon à ce que l'ennemi ne se doute de rien...

Dans une autre partie des souterrains, on a aménagé de quoi abriter des animaux : on a d’ailleurs retrouvé lors de fouilles des os de lapins, de vaches, de cochons... ainsi qu'une couche de fumier séché ! Côté histoire, maintenant : la première mention des muches date du XIIe siècle, dans une charte de l'abbaye de Corbie. Mais peut-être ces galeries sont encore plus anciennes ?

Loin des tumultes du XVIe s

En tout cas, si les souterrains ont peu servi pendant la guerre de Cent Ans, c'est surtout pendant les guerres de Religion qu'ils ont été utiles, surtout avec le siège d'Amiens en 1597. Ils serviront aussi vers 1636, alors que les invasions espagnoles font trembler toute la région...

En 1750, les carrières servent encore, mais plus pour les mêmes raisons : des faux-sauniers venaient cacher là le produit de leur contrebande ! Mais à la suite d'éboulements et d'accidents, les souterrains sont fermés au début du XIXe siècle.

Le curé de la paroisse, M. Danicourt les redécouvre en 1887 : il avait besoin de matériaux pour restaurer l'église, et les muches faisaient une carrière parfaite ! Oui mais, quand même, se dit Danicourt... Quel dommage de perdre un trésor aussi rare !

Et puis le bruit sur la découverte se répand et les souterrains commencent à attirer les touristes... Car même si on trouve beaucoup de souterrains-refuge comme celui-ci dans le Nord de la France (par exemple, les « bôves » d'Arras), ceux de Naours sont les plus vastes !


Et encore !