Le sel de l'Ile-de-Ré : Palissy l'explorateur, gabelle et récolte

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Sel de l'Ile-de-Ré - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Sel de l'Ile-de-Ré - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Exploration Spécialité

Késako ?


L'Ile de Ré, son ciel bleu, ses roses trémières se balançant sous une bonne petite brise iodée... une vraie carte postale de vacances ! Si vous passez par là, n'oubliez pas de ramener du sel : les marais salants couvrent une bonne partie du paysage, notamment en allant vers le village de Loix.

On en a pour tous les goûts :
• le gros sel de couleur grise, ramassé au fond de l'eau, utilisé pour les courts-bouillons ou les cuissons en croûte de sel
• la fleur de sel blanche et plus fine, récoltée à la surface d'une eau qui s'est préalablement bien chauffée au soleil.

La petite histoire


Palissy et les marais


Saviez-vous qu'un certain Bernard de Palissy a effectué le premier les relevés des marais-salants de Saintonge, au XVIe siècle ? Vous connaissez peut-être le grand Bernard en tant que potier et émailleur (ses plus belles pièces se trouvent au musée de la Renaissance, au château d'Ecouen). Mais saviez-vous qu'il était aussi géomètre et savant ?

Les gens chargés d'établir la gabelle lui confient la délicate mission de faire le plan des marais-salants de l'île d'Oléron, de l'Ile de Ré, des environs de Royan et de Marennes en 1543... Un travail de titan ! Qui lui fut bien récompensé : son salaire lui permet de se remettre à l'étude de ses céramiques !

Une histoire du sel


Du XIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle, les régions de la Saintonge et de l'Aunis ont été les principaux lieux de production de sel en France. La première mention de marais-salants dans la région de La Rochelle date de la fin du IXe siècle.

Mais on sait qu'on cultive le sel dans le coin depuis plus longtemps que ça... notamment dans la région de Guérande. Le commerce du sel est une activité prospère au Moyen-Age : saviez-vous que même les monastères de la région ont leurs propres marais-salants ?

De grands et puissants seigneurs comme les Lusignan s'y mettent et font installer un port saunier à Cognac. Tout va bien dans le meilleur des mondes, apparemment... Le commerce du sel va déjà bon train mais voilà que Philippe VI établit des édits sur l’impôt sur le sel en 1331 et 1343. La Saintonge et l'Aunis deviennent des « pays rédimés de la gabelle » c'est-à-dire qu'ils ne paient pas d'impôt sur le sel mais doivent en contrepartie verser de l'argent au roi.

La tentation est trop forte cependant : imaginez un peu tout l'argent que le roi peut se faire avec l'or blanc ! Résultat, il impose de nouvelles taxes en Saintonge. Trop lourd l'impôt, eh le roi ! râlent les pauvres gens. Ras-le-bol général qui provoque une révolte vite calmée par le connétable de Montmorency, en 1548...

Changement d'époque : au XIXe siècle, on produit 30 000 tonnes annuelles de sel récolté sur plus de 1 500 ha de marais (20% de la surface de l'île). Mais au milieu du XIXe siècle, le commerce du sel s'écroule : le prix s'effondre, d'autres pays entrent en concurrence. La petite île charentaise ne fait pas le poids... C'est sans compter la naissance de la coopérative des sauniers de l'Ile de Ré, en 1942 : aujourd'hui, on exploite 460 ha de marais et on récolte 2 500 tonnes de sel !

La formation de l'or blanc


Mais vous vous demandez peut-être comment se passe la formation du sel ? Et bien voilà : l'eau de mer entre avec les marées dans un premier compartiment, le vasais (ou jas). L'eau arrive ensuite dans les métières grâce au gros-mas (ou gros-mort), sorte de petit canal en bois.

L'eau passe alors dans plusieurs bassins intermédiaires (appelés vasière ou cobier, séparés par de petites langues de terre, les bossis) jusqu'au dernier, l'aire saunante. L'eau, épaisse de 2 ou 3 cm et chaude d'environ 22 degrés, se fait chauffer par le soleil avant de s'évaporer en déposant une couche de sel au fond du bassin.

Au fond de l'aire se disposait parfois une couche d'argile imperméable, le bri... Les paludiers n'ont plus qu'à récolter le sel, une pratique qui se fait tout l'été. Ils les disposent en tas que les sauniers viennent récolter à leur tour.


Et encore !