La fraise de Plougastel : merci m'sieur Frézier, le Savoyard explorateur

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Image d'illustration - ©3268zauber / CC-BY-SA Image d'illustration - ©3268zauber / CC-BY-SA
Exploration Spécialité

Késako ?

Ce sont des gariguettes, produites sur le sol breton de Plougastel-Daoulas (29). Elles se reconnaissent par leur forme allongée, leur saveur sucrée et leur texture bien juteuse. On la mange telle quelle, avec du sucre ou de la Chantilly. Et puis déclinée à l'infini en tartes, mousses, confitures...

La petite histoire

Une fraise primitive

On s'est longtemps demandé si la fraise était un fruit ou un légume... Un fruit apparemment ! Dans l'Antiquité, on différencie la fraise, fragum, de l'arbousier, arbutus. Fragum veut dire parfumé, on comprend mieux l'origine du nom de la fraise.

On cultive la fraise des bois depuis le Moyen-Age, en France : même que le jardinier de Charles V, Jean Dudoy, fait planter 12 000 pieds dans les jardins du Louvre ! Même chose dans les jardins du château de Rouvres (qui appartient aux ducs de Bourgogne) : la duchesse de Bourgogne en raffole et s'en fait envoyer quand elle va en Flandres.

La fraise du Chili, merci M. Frézier

OK, jusque là, on a la fraise des bois, petite et pas très sucrée. Rien à voir avec notre fraise de Plougastel donc ! Mais c'est sans compter un certain Amédée-François Frézier, qui va la rendre célèbre : le fameux fraisier du Chili est ramené en France par ce monsieur en 1715 !

Ingénieur né à Chambéry en 1682, il descend d'une vieille lignée écossaise (Frazer) installée en France depuis le milieu du XVIe s. Après des études à Paris, Amédée sert dans le régiment d'infanterie du duc de Charost en 1702, pendant 5 ans. Il travaille ensuite à Saint-Malo sur l'agrandissement des remparts.

Rêvait-il déjà de bourlinguer sur des mers plus exotiques, notre Savoyard ? L'occasion se présente en 1711 : on l'envoie inspecter des colonies espagnoles en Amérique du Sud. Il part de Saint-Malo le 23 novembre ; en juin 1712, il débarque au Chili. Les inspections faites, Amédée s'adonne à un petit tour de la flore locale (normal, il est aussi botaniste).

Tiens ! Son attention se porte sur un fraisier sauvage dont il donne la description dans son carnet de notes... Il en rapporte un plant en France lors de son retour en 1715. Et après ses pérégrinations, la vie d'Amédée reprend son cours. On le nomme en 1740 directeur des fortifications de Bretagne à Brest. D'où l’introduction de la fraise dans la région finistérienne...

En 1760, on commence à cultiver la fraise chilienne en France. Louis XV les adore, il en fait planter au Trianon à Versailles. En 1766, on en parle dans les bouquins : un certain Duchesne publie L'histoire naturelle des fraisiers. A la même époque, on raconte que l'écrivain Bernard Le Bouyer de Fontenelle aimait les fraises plus que tout. On attribue sa longévité (le monsieur est mort centenaire) à sa consommation quotidienne de fraises !

La fraise made in Breizh

Mais le commerce du fruit se fait surtout dès la fin du XIXe s. Mouais, des fraises en Bretagne et puis quoi encore... J'en entends certains râler mais pourtant c'est vrai ! Et il y a une raison à ça ! Plougastel-Daoulas se trouve entre la rive gauche de l'Elorn et la rive droite de Daoulas ; une presqu'île qui bénéficie d'un microclimat dû au Gulf Stream...

On dit d'ailleurs de ces terres qu'elles sont le « jardin de Brest »... Un climat très doux qui contribue au bon développement de la fraise ! Dès 1870, on a 200 ha de culture. En 1940, 1 000 ha.

On produit alors 6 000 tonnes de fraises annuelles qu'on exporte un peu partout à l'étranger. Au milieu du XXe s, Plougastel devient la 2e région française productrice de fraises ! Mais le déclin arrive peu après. Aujourd'hui, on ne produit plus « que » 900 tonnes par an.


Et encore !