Histoire d'amour et fer à cheval : 4 anecdotes sur le sacre d'Henri IV à Chartres, en 1594

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Henri IV par le graveur Thomas de Leu (XVIe s) - ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain Henri IV par le graveur Thomas de Leu (XVIe s) - ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain
Cathédrale Notre-Dame de Chartres Cathédrale Festivités Henri IV

Un sabot, un anneau, une histoire d’amour qui prédestine un choix... tout ça, c’est le sacre unique en son genre d’Henri IV à Chartres !

1 - Pourquoi Henri IV se fait sacrer à Chartres (une histoire de maîtresse)

Bon. Petit récapitulatif de la situation, d’abord. On commence avec le roi Henri. Non, pas IV, mais III : il meurt en 1589, sans héritier direct.

Mais avant, il a légitimé son cousin, Henri de Navarre... le prétendant au trône. Le futur Henri IV, quoi. Enfin, « bien fait »... façon de parler. Henri, c’est un protestant. Argghh ! Hors de question pour la moitié de la France catho, qui refuse de le voir devenir roi.

La solution ? Hop, se convertir : chose faite en juillet 1593...

Du coup, le sacre du roi Henri IV peut avoir lieu dans la cathédrale de Chartres, le 27 février 1594. Mais... minute, papillon ! Les rois de France ne se font pas couronner à Reims, d’habitude ?!

Si. Mais à l’époque, on est en pleine guerre de Religion. Catholiques contre protestants, quoi. Impossible de foutre le pied à Reims, aux mains des protestants ! Itou pour Paris et sa belle cathédrale.

C’est donc à Chartres que va se dérouler le sacre. Tout ça à cause... d’une histoire d’amour ! Avec la belle Gabrielle d’Estrées. La légende dit que ce serait pour les beaux yeux de sa maîtresse (dont il a partagé le lit pour la première fois à Chartres) qu’Henri choisit la ville comme lieu de sacre.

2 - Une histoire de sabot

La légende dit que le jour du sacre, Henri entre dans la cathédrale chartraine... à cheval !

Regardez : preuve en est d’une marque sur le sol, au milieu de l’allée centrale de la nef, qui serait l’empreinte du sabot de sa monture. Hé, oh : tout rustre qu’il soit, Henri est en fait entré dans Notre-Dame... à pied.

3 - Une histoire d’anneau

Revoilou Gabrielle d’Estrées, la « presque reine ». Presque, parce qu’Henri annonce qu’il compte épouser sa favorite, un jour de février 1599, alors même qu’elle est en cloque jusqu’au cou.

Et il lui offre, comme gage de son amour (devant une cour comme deux ronds de flan)... l’anneau de son sacre à Chartres, celui qui le lie symboliquement à la France ! Gloups, le choc...

Bon, Henri divorçait officiellement de sa moitié, la reine Margot en décembre 1599, mais pas de bol : Gabrielle meurt en couche une nuit terrible d’avril 1599...

Plus de donzelles en vue ? Si ! La future femme d’Henri, une « grosse banquière » florentine... Marie de Médicis ! Mais ça, c'est une autre histoire.

4 - Jour J : le déroulé du sacre

On a tendu de superbes tapisseries, dans le chœur. Derrière l’autel, regardez-moi tout le gratin : secrétaires d’Etat, ambassadeurs, pairs laïcs... plus tous les seigneurs, dames, princesses de la cour ! Tous massés autour du chœur dans de grands échafauds avec escaliers sur les côtés.

Regardez, voilà les ornements royaux, sur l’autel : la couronne, le sceptre, la main de justice, la camisole, la tunique, la dalmatique, le manteau royal, l’épée, les bottes et les éperons. Tout ce bazar qu'Henri va devoir enfiler porte le nom de regalia.

Hé ! Vous savez quoi ? Voilà le moment de l’ampoule : la célèbre Sainte Ampoule de Reims, avec laquelle l’évêque fait les onctions rituelles au roi, avant de lui poser la couronne sur la tête ! C’est une huile sacrée, utilisée pour le baptême de Clovis, en 496 à Reims. Sauf qu’on n’a pas pu obtenir celle de Reims... Pas de panique : à l’abbaye de Marmoutier près de Tours, on en a une deuxième... une deuxième huile, oui, mais celle de saint Martin. Vachement moins prestigieuse !

L’évêque prend donc l’Ampoule (avec le pouce droit) et sacre le roi sur le sommet du crâne, sur l’estomac, entre les deux épaules, sur l’épaule droite et gauche, à la jointure des deux bras, en faisant le signe de croix. Sur quoi Henri enfile la tunique et le manteau royal. On lui enduit les paumes des mains et on lui donne gants, sceptre et main de justice.

Ca y est, la foule peut brailler... vive le roi. Roi, voui, mais pas pour longtemps... le 14 mai 1610, un certain Ravaillac assassinait Henri.


Et encore !