Beaulieu-lès-Loches : le tombeau de Foulques et un massacre de moines

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L'abbatiale - ©BRUNNER Emmanuel / CC-BY-SA L'abbatiale - ©BRUNNER Emmanuel / CC-BY-SA
Eglise abbatiale de Beaulieu-lès-Loches Abbatiale Homicide Massacre Foulques Nerra Guerre de Cent Ans

Foulques le sanglant

C’était un tout petit bourg au beau nom de Bellus locus, « beau lieu », juste séparé de Loches par un bras de l’Indre, choisi par le terrible comte d’Anjou Foulques Nerra pour y construire une abbaye bénédictine en 1007. Aaah, Foulques le sanglant... Il avait déjà fait plusieurs pèlerinages à Jérusalem, celui-là.

Mais quelles fautes le rongeaient à ce point pour vouloir à tout prix multiplier les fondations pieuses ? Car ce n’était pas la première : on se rappelle son abbaye St-Nicolas à Angers... Pour Beaulieu, c’est en fait le meurtre d’Hugues de Beauvais dont il veut soulager sa pauvre conscience.

Vous vous souvenez ? Constance, la femme du roi Robert le Pieux, nièce de Foulques, détestait Hugues : eh, mais c’est que son mari passait bien plus de temps avec lui ! Jalouse, elle supplie tonton Foulques de se débarrasser du malotru.

En un éclair, celui-ci envoie sa clique pour faire assassiner Hugues devant les yeux du roi... Foulques s’était confessé au pape, qui lui avait dit qu’il fallait au moins fonder une abbaye pour sauver son âme déjà bien encrassée par le vice. Et voilà : Beaulieu était née !

Une naissance avec un joli prénom : Foulques dédie l’église à la Trinité, aux Archanges, Chérubins et Séraphins (woah) et au St-Sépulcre, petit souvenir de Jérusalem : d’ailleurs, la légende dit qu’une des pierres de l’abbaye vient de là-bas ! Si, si, même que c’est Foulques qui l’a directement prise sur le tombeau de Jésus avec ses dents, vous vous souvenez ?

Le tombeau de Foulques

Foulques Nerra meurt à Metz de retour d’un énième pèlerinage : il voulait reposer dans son abbaye de Beaulieu ? Eh bien, il le sera, dès 1040. Sauf que le tombeau disparait à la Révolution... En 1870, on exhume ses os du tombeau où il était censé reposer et on les authentifie.

Pas de doute, assure-ton, ce sont bien les nonosses du comte d’Anjou ! Rebelote en 2007, nouvelle exhumation : mais là, techniques scientifiques à l’appui, on révèle que ce n’est pas le corps de Foulques ! Non, celui d’un chanoine, tout bête...

En même temps, avec tout le bazar qu’a subi l’abbaye pendant tous ces siècles, on a bien dû les déplacer un chouia, ces os, non ?... Alors, le mystère reste entier quant à l’emplacement exact de la tombe et des os du faucon noir !

Dégâts anglais à Beaulieu

Ca chauffe pour Beaulieu pendant la guerre de Cent Ans : en 1412, Thomas de Lancaster, duc de Clarence, fils du roi anglais Henri IV, entre dans un Beaulieu complètement déserté : pas une âme, pas un chat dehors ! « Damned ! What happened ? » fait l’Angliche, les yeux ronds comme des soucoupes.

Tiens, tu penses, les habitants avaient préféré fuir ! Seuls restent les moines, retranchés dans leur abbaye semi fortifiée, qui tenteront (vainement) de résister. Tout, comme d’habitude, finit dans le sang et la poussière... Même que l’abbé se fait enlever, direction l’Angleterre ! On ne le relâchera pas avant un bout de temps...

Mais au fait, vous savez quoi ? Thomas de Lancaster, c’est lui qui va faire kidnapper le poète Charles d’Orléans (on l’a rencontré à Blois celui-là), lui-même frangin de Jean d’Orléans, le « bon comte Jean » qu’on a rencontré au château de Cognac, lui aussi kidnappé par l’ennemi anglais en 1412... En tout cas, l’abbaye ne se relèvera jamais de ce raid ennemi.

La visite de l’abbatiale

De l’église du XIe siècle, il reste le haut clocher roman en pierre (60 m) et un mur de la nef (XIIe s). A voir aussi dans la ville la maison du prieur du XIVe s (place du Gal Leclerc), qui faisait partie de l’abbaye.


Et encore !