Anne de France trouve son paradis sur terre au château de Chantelle

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Anne de France, Pierre de Bourbon, leurs 2 enfants, cathédrale de Moulins - ©Vassil / Public domain Anne de France, Pierre de Bourbon, leurs 2 enfants, cathédrale de Moulins - ©Vassil / Public domain
Abbaye Saint-Vincent de Chantelle Château Anne de Beaujeu

Appelez-la « Madame la Grande » ! Elle a subi toutes les attaques, les pires coups bas. Parce qu'elle a eu le malheur d’être une femme dans un monde d'hommes. Mais elle ne flanchera jamais. Et trouvera son paradis sur terre à Chantelle...

La fille du roi chez elle en Auvergne

La nuit tombe vite, en ce soir d’hiver glacial. Par la fenêtre givrée, la silhouette d’une dame vacille à la lueur chaude des torches.

Elle s’affaire, range ses bijoux et époussette ses manches de velours en soupirant. En repensant au temps passé... Non, elle n’est pas nostalgique du tout ! Elle aime tellement son château de Chantelle... elle, Anne de France. La fille si forte du roi Louis XI, née en 1460.

Anne n’a que 23 ans quand son célèbre papa meurt : des rêves pleins la tête, elle s’imagine une vie simple avec les siens dans son duché auvergnat...

Je ne vous ai pas dit ? Anne a épousé Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, à l’âge de 13 ans. Lui en a 35. Un poil bourru, mais pas le mauvais bougre. Ils auront deux enfants : leur fille, Suzanne, épouse le connétable Charles de Bourbon. Le plus grand traître de l’histoire de France ! Qui se fait la malle du château de sa belle-mère, une nuit d’été, pour filer chez l’ennemi...

Déterminée contre un monde vorace

Donc, papa Louis XI vient de mourir. Celui que la légende noire décrit comme hypocondriaque, superstitieux, autoritaire et sadique. Non. Je vais vous dire la vérité : il a juste été un grand roi, à l'origine de pleins de réformes et de nouveautés.

Anne lui ressemble : fière, ferme, le fond de son cœur empli de douceur. C’est pour ça que Louis lui a demandé de prendre la régence le temps de la minorité du jeune Charles VIII, son frangin de 13 ans : un ado bien trop faiblard pour régner...

De quoi légèrement contrecarrer ses rêves de tranquillité... Car Anne, violemment poussée sur le devant de la scène, endure tout.

Elle a dû faire face à un monde d’hommes voraces, avides de pouvoir. Pas jouasses du tout de trouver une femme sur leur terrain de jeu. Ils font tout pour la décourager. Déploient des intrigues dégueulasses contre son jeune frère.

Mais ils ne connaissent pas Anne. Elle ne lâchera rien. Energique, autoritaire, intelligente, c’est une de ces femmes fortes que rien ne semble ébranler. Celles qui ont marqué l’histoire. Elle essaie d’être juste, de continuer les grandes réformes entamées par son paternel.

Et après avoir enduré les guerres, les coups bas les plus crasseux, elle prend un repos bien mérité d’abord à Moulins, puis au château de Chantelle. Moulins, la brillante capitale des ducs de Bourbon. Anne y vit un temps. Mais Chantelle lui plaît tout particulièrement...

Refuge, coffre-fort et anges gardiens

Chantelle, son refuge entre caillasses et ruisseau sauvage !

Anne y vient le plus souvent possible. Les travaux d’aménagement vont lui prendre un sacré temps ! La voilà qui fait transformer le vieux château en une maison très confortable : c’est à elle qu’on doit la reconstruction du vieux monastère primitif.

Anne construit son logis tout contre le prieuré. Un logis où le géographe Nicolay dit qu’elle a ses salles et ses gardes-meubles où elle met en sécurité ses bijoux et ses trésors. En plus, elle pouvait aller à la messe sans sortir de l’enceinte du château ! Pratique.

C’est elle aussi qui fait couronner trois des plus grandes tours du château de gigantesques statues de saints, aujourd’hui au musée du Louvre : Pierre, Anne, Suzanne. Les anges gardiens de la famille.

La cour de Chantelle resplendit, Anne « étant toujours accompagnée d’une grande quantité de dames qu’elle nourrissait fort vertueusement et sagement », dit Brantôme. Vous voyez ? Elle n’est plus régente, mais toujours une grande dame...

Quand l'automne tombe doucement

Mais aujourd’hui, 14 novembre 1522, c’est une de ces journées mélancoliques comme il y en a tant en automne. Vous savez ?

Le vent qui apporte l’odeur âpre de la terre. La lumière jaune, rasante, entre les branches des arbres fragiles. Le léger froissement des ailes d’une tourterelle qui chatouille l’air piquant.

Anne, 62 ans, vient d’expirer dans son château de Chantelle... Son havre de paix. Une paix enfin retrouvée. Elle repose tout près d’ici, au prieuré de Souvigny, avec d’autres Bourbons.


Et encore !