Aliénor d'Aquitaine et les troubadours de Puivert

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Détail, salle des Musiciens - ©Romain Bréget / CC-BY-SA Détail, salle des Musiciens - ©Romain Bréget / CC-BY-SA
Château de Puivert Château Château cathare Festivités Aliénor d'Aquitaine Peire d'Auvergne

Aliénor et sa cour d'amour

Venez voir... Dans le donjon de Puivert se trouve une belle salle, celle dite des Musiciens. Les culots sont décorés de personnages sculptés représentant des musiciens : joueurs de cornemuse, de luth, de rebec, de harpe... Un décor qui n'est pas là par hasard !

Car à Puivert se tenait une célèbre cour d’amour, dans le temps, où se pressaient les plus grands, comme Aliénor d'Aquitaine. On y venait écouter les troubadours les plus talentueux, à la lueur des flambeaux, égrener leurs vers de leur voix puissante et de leur accent chantant...

De belles fêtes s’y tiennent, comme en 1170 pour la venue d’Alphonse VIII de Castille. Il allait vers Bordeaux pour rencontrer sa future femme, la fille d’Aliénor d’Aquitaine et du roi d'Angleterre Henri II : elle s'appelle aussi Aliénor, elle s'est faite baptiser à Notre-Dame-sur-l'Eau de Domfront, vous vous souvenez ?

Et ce soir-là, les meilleurs troubadours s’étaient réunis à Puivert pour chanter leurs poèmes... comme celui écrit par Peire d’Auvergne, Chanterai d'aquest trobadors (Je chanterai ces troubadours), qui finit par :

« Ce vers a été composé au son des cornemuses à Puivert, parmi les chants et les rires... »

Peire d'Auvergne, troubadour

Si on parle de Peire à Puivert, c’est évidemment, on l’a dit plus haut, pour sa chanson composée au château, Chanterai d'aquest trobadors : il y met plus bas que terre 12 collègues troubadours et s’encense tout seul ! Les troubadours humiliés étaient-ils là lors de la lecture ? On n’espère pas, les pauvres... Car les vers sont des attaques mordantes, violentes, parfois très méchantes ! Tenez, parlons des troubadours qu’on a déjà rencontrés. Giraut de Bornelh, avec :

« la mine plus flasque qu’une outre. Son visage ne vaut pas un fruit d'églantier (gratte-cul, ndlr). Ses chansons ? Faiblardes, pitoyables. Des chefs-d'œuvre pour bonne femme ! »

Au tour de Bernard de Ventadour :

« Lui n’arrive même pas à la cheville de Bornelh. Son père était un domestique, habile tireur à l'arc. Sa mère ramassait le bois et chauffait le four du château. »

Un autre est :

« mauvais dehors comme dedans, avec sa voix constamment éraillée. Son chant ressemble à un couinement inaudible. Un chien ferait mieux que ça. »

Il dit de Peire de Monzon :

« Le comte de Toulouse le couvre de cadeaux. Les refuse-t-il ? Non, jamais. Quelle grossièreté ! Qui le vola fut bien poli De ne pas lui couper Ce qui pend au-devant des hommes ! »

Le reste est du même goût... jusqu’à arriver à lui, le grand Peire :

« Peire d'Auvergne chante bien. Ses mélodies sont du meilleur goût, et le meilleur troubadour, c'est lui. Mais ses vers sont si obscurs qu'on a parfois du mal à les comprendre. »

Rien que ça, môssieur ! Comme son nom l’indique, Peire nous vient d’Auvergne. Savant, lettré, fils d’un bourgeois de Clermont-Ferrand, il écrit bien et il le sait, se targuant d’être le meilleur des meilleurs. Eh, les chevilles, ça va ? Il vaque entre la cour du roi de Castille, celle de la comtesse de Narbonne, du comte de Toulouse... et les dames le reçoivent toujours très bien !


Et encore !