9 anecdotes sur l’opération de la fistule de Louis XIV : bistouri et God save the queen !

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La chambre du roi (lieu de l'opération de la fistule), Versailles - ©Dennis Jarvis / CC-BY-SA La chambre du roi (lieu de l'opération de la fistule), Versailles - ©Dennis Jarvis / CC-BY-SA
Château de Versailles Château Louis XIV Jean-Baptiste Lully

En 1686, Louis XIV a 48 ans. Un dieu vivant. Il a fait la guerre à toute l’Europe, construit les plus beaux châteaux sur terre.

Maaaiiis...

Mais le dieu vivant a mal aux fesses. Une fistule, ouch. Qu'il faut inciser fissa !

On vous dit tout sur l’opération du siècle, notamment comment le trou du chose royal a donné naissance à l’hymne national anglais !

1 - Une plume à l'origine du mal

Tout commence en février 1686. Le tout Paris bruisse d’une rumeur : le roi est alité ! Boudiou. Impossible !

Pourtant : le roi, 48 ans, se plaint de douleurs dues à un abcès au postérieur. Petit à petit, il ne peut plus poser ses fesses où que se soit.

La cause de l’abcès ? Une grosse plume, sortie d’un coussin qui tapissait l’arrière du carrosse royal : la saleté aurait piqué le derche du roi...

2 - Le roi souffre d'une fistule

Bon. Le roi a un gros abcès à l'anus.

Quoi, ça vous choque ?!

Les médecins, eux, évoquent d'abord pudiquement une tumeur à la cuisse, pour ne pas parler d’autre chose (hé, c’est le roi). Mais la vérité, elle, est peu ragoutante : le roi souffre d’une fistule anale !

Une maladie bien connue à l’époque, car occasionnée par :

• une grande pratique du cheval ;
• l’utilisation abusive des lavements à grands renforts de clystère, une grosse seringue métallique ;
• la consommation de « grande quantité de ragoûts » ben gras à souhait.

3 - On invente un bistouri pour l'occasion

Après avoir collé des emplâtres à base de térébenthine et de grenades bouillies sur le derrière du roi (qui ne font qu’augmenter la douleur), on se décide enfin : faut opérer !

C’est Charles-François Félix de Tassy, chirurgien royal, qui s’y colle.

Pour l'occasion, notre Félix conçoit un instrument particulier, le « bistouri recourbé à la royale » : à l’époque, ça s'appelle un syringotome (du latin syrinx = « canal », « fistule »).

Le bistouri en question est un outil recourbé prolongé par un stylet : son tranchant est recouvert d’argent de manière à ne pas blesser le patient lors de l’introduction dans la partie sensible.

4 - L'opération a nécessité beaucoup de cobayes

Avant d'opérer Louis XIV, le chirurgien a bien dû se faire la main ! Ce sont les pauvres clodos de l’hospice de la Charité, à Versailles, atteints du même mal que le roi, qui en font les frais.

On ne sait pas le nombre exact de cobayes, mais beaucoup meurent des suites de l'opération !

5 - Pourquoi personne ne doit être au courant de l'opération

La Grande Opération, comme on l'appelle à l'époque, a lieu le 18 novembre 1686, à 7 h du matin. Où ?? Dans la chambre du roi, au château de Versailles.

Personne à Versailles n’est au courant de l'opération, per-sonne. Pas une esgourde ne doit savoir que le Dieu vivant Louis XIV a bobo aux fesses, pas une ! Que ce soit en France, comme dans le reste de l'Europe : Louis XIV en position de faiblesse, ça ternirait un brin l'éclat du roi Soleil...

Hop, on envoie la cour à Fontainebleau. Restent pour tenir la mimine du roi :

• Mme de Maintenon, ancienne favorite devenue épouse ;
• le médecin Fagon. Vous vous souvenez ? Son incompétence a « tué » l'ex de Louis XIV, la reine Marie-Thérèse d’Autriche !

6 - Louis XIV endure le martyr

L’opération, sans anesthésie, va durer 3 heures.

Le roi, allongé sur son lit, un traversin sous le bide histoire de lui relever les fesses, endure tout sans broncher d'un poil de sa perruque.

On pratique une incision pour agrandir la fistule et enlever les callosités à coups de ciseaux. Une boucherie-charcuterie, mais le roi ne bronche pas d'un poil ! On finit par appliquer un onguent à base d’huile et de jaune d’œuf, plus des compresses. Pfiou, fini ?

NON !

Quelques jours plus tard, on s’aperçoit que la fistule menace de reprendre. Rebelote, nouvelle opération, après avoir arraché la cicatrice. Le roi supporte tout, stoïque.

Quoique... il ne se fait pas voir pendant plusieurs jours et annule tous ses rendez-vous de boulot !

7 - Comment la fistule a donné naissance à l'hymne anglais

Le 11 janvier 1687, OUF : Loulou 14e du nom est guéri !

On fête ça à grands coups de célébrations religieuses, dans toute l'Europe, notamment avec un morceau de musique... un hymne appelé Dieu sauve le roi.

Musique de Lully et texte de Mme de Brinon. Elle ? C'est la mère sup’ de l’école de jeunes filles de Saint-Cyr, où Louis XIV avait séjourné peu de temps avant son opération.

Le grand compositeur anglais Haendel, qui séjourne à Versailles en 1714, entend l’air, griffonne les notes sur un bout de papier et repart en Angleterre pour l’offrir au roi. Sans mentionner son origine, of course ! Ca deviendra le God save our gracious king, l'hymne national anglais encore en vigueur aujourd'hui !

Merci, amis anglais, de continuer à commémorer la guérison du noble fessier d’un roi français... La marquise de Créquy en rigolera longtemps :

« Que l’hymne anglais naquit d’un anus, voilà qui ne cesse de me faire rire sans toutefois me surprendre. »

8 - La guérison de Louis XIV à l’origine de la mort de Lully

C’est pendant les répétitions de l'hymne célébrant la guérison de Louis XIV (cf point n°7) que le grand Lully se blesse... et meurt de la gangrène ! On vous dit tout ici !

9 - La fistule de Louis XIV lance une mode carrément folle

Après la guérison du roi, tous les courtisans veulent se faire opérer de la fistule... surtout ceux qui ne sont pas malades ! Une mode complètement dingue !

On lit dans Les secrets de Versailles (Pascal Torres, 2015, éd Vuibert) :

« Ceux qui avaient de simples hémorroïdes ne différaient pas à présenter leur derrière au chirurgien pour y faire des incisions : plus de trente voulaient qu’on leur fît l’opération, et dont la folie était si grande qu’ils semblaient fâchés quand on leur assurait qu’il n’avait point nécessité de la faire. »


Et encore !