À Uzerche, découvrez l'ancienne pharmacie où la célèbre Marie Lafarge s'est procurée de l'arsenic !

De 1839 à 1840

Maison Eyssartier, UzercheMaison Eyssartier, Uzerche | ©Thérèse Gaigé / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

En 1840 en Corrèze, Marie Lafarge (1816-1852) a été condamnée pour l'empoisonnement à l'arsenic de son époux. L'affaire, véritable énigme judiciaire, a défrayé la chronique en France et en Europe, devenant l'une des toutes premières affaires médiatisées !


C'est dans cette superbe maison Renaissance d'Uzerche, ancienne pharmacie, que Marie s'est procurée l'arsenic.

Pâtée d'arsenic pour les rats du Glandier

« Je suis dévorée par les rats, monsieur ; déjà j'ai essayé du plâtre, de la noix vomique pour m'en débarrasser ; rien n'y fait. Voulez-vous ou pouvez-vous me confier quelque peu d'arsenic ? Vous pouvez compter sur ma prudence ; c'est pour mettre dans un cabinet où il y a du linge. »

Ce mot, Marie Lafarge l'adresse le 12 décembre 1839 à Léonard Eyssartier, pharmacien à Uzerche. La maison de la dame, l'ancienne chartreuse corrézienne de Glandier, est en effet une masure quasi en ruine, infestée par les rats.


Enfermée dans un mariage sans amour avec un homme mal dégrossi et endetté, Charles Lafarge, qui l'a épousée pour sa dot confortable, Marie se résigne finalement à sa vie provinciale. La Parisienne de bonne famille commence même à éprouver des sentiments pour Charles.


Elle s'attelle à l'embellissement de la vieille chartreuse et l'élimination des rats qui y pullulent. Rien de plus simple : préparer une « pâtée » de farine et de beurre saupoudrée d'arsenic... D'où la demande au pharmacien.

Maison EyssartierMaison Eyssartier | ©Globetrotteur17 / Flickr / CC-BY-SA

Arsenic, rats qui pullulent et gâteaux à la crème

Deux semaines plus tard, Charles parti à Paris pour affaire, Marie vaque à ses occupations, au Glandier. Elle confectionne des gâteaux à l'attention de son mari, et les lui envoie par voiture. Après 4 jours de voyage, les pâtisseries parviennent à Charles. Il en mange... et tombe malade.


Il rentre au Glandier début janvier 1840 : son médecin lui diagnostique une angine. Alors que ce dernier rédige son ordonnance, Marie lui demande d'ajouter un peu d'arsenic, pour achever ces maudits rats qui cavalent au-dessus de leur tête, empêchant le malade de dormir...


Mais ! Ne les avait-elle pas tués, avec sa pâtée d'arsenic ? Hé non ! Le domestique avait raté le mélange ! Marie envoie ce dernier chez le pharmacien d'Uzerche muni de l'ordonnance, avec ce mot rédigé par ses soins :

« Mon domestique, ayant sottement mixturé une mort aux rats, en a fait une pâte si compacte, si pourrie, que M. Bardon m'a refait une petite ordonnance que je vous envoie, monsieur, afin de mettre votre conscience à l'abri, et ne pas vous laisser croire que je veuille, pour le moins, empoisonner tout le Limousin en masse. »

Moins de 10 jours plus tard, Charles Lafarge poussait son dernier soupir, dans d'horribles souffrances.


Les gâteaux contenaient-ils de l'arsenic, destiné aux rats ? Marie Lafarge, jugée et condamnée pour empoisonnement, était-elle réellement coupable ? Le mystère reste, à ce jour, entier !

Sources

Gilles CastroviejoDictionnaire passionnel de Marie LafargeMon Petit Éditeur, 2016

Marie CappelleMémoires de Marie Cappelle, veuve Lafarge, écrits par elle-même (tome 3)Imprimerie Meline, Cans et Cie, 1843

Gilbert ThielFemmes criminellesMareuil Éditions, 2024