La chartreuse du Glandier, le cœur de la célèbre affaire Marie Lafarge

De 1839 à 1840

Marie LafargeMarie Lafarge | ©Bibliothèque numérique du Limousin / Licence ouverte Etalab

Marie Lafarge, en 1840, est accusée d'avoir empoisonné son mari Charles à l'arsenic ! Une sombre affaire qui s'est déroulée entre les murs de la chartreuse corrézienne du Glandier, alors propriété des Lafarge...


L'histoire a fait grand bruit : elle est la toute première affaire médiatisée, en France. Le procès de Marie Lafarge a même attiré des journalistes de toute l'Europe...

Un mariage horriblement mal assorti

Tout commence par un mariage très mal assorti. Marie Lafarge, née Capelle, est une demoiselle de bonne famille, fille d’un colonel baron d’Empire. Elle rêve du grand amour, d'un beau mariage...


En 1839, Marie a 23 ans. Via un agent matrimonial, elle épouse un veuf, Charles Lafarge, maître de forge de 28 ans. Il est mal dégrossi, rustre, endetté jusqu'au cou. Tout les sépare, lui le provincial, elle la Parisienne !


Charles, quant à lui, est ravi de cette union : il était à la recherche d’une épouse très bien dotée, pour le sortir du pétrin financier... ce qui est le cas, le jeune femme lui apportant la coquette somme de 80 000 francs !

L'installation au Glandier... un cauchemar !

Le couple part s’installer dans l'ancienne chartreuse du Glandier, en Corrèze, vieille bâtisse du 13e siècle propriété de la famille Lafarge. Marie, horrifiée, découvre une masure en ruine, envahie par les rats. Charles avait décrit à son épouse un lieu charmant... il lui a laissé croire qu'il était le propriétaire du superbe château voisin de Pompadour !


Marie tombe de haut. Ajoutez à ce cauchemar une belle-mère acariâtre, qui voit arriver cette bru parisienne avec hostilité. Marie supplie Charles de la laisser partir. Quitte à ce qu'il garde sa dot ! Il refuse. La jeune femme semble alors se resigner. Elle apprend même à aimer Charles...

Chartreuse du GlandierChartreuse du Glandier | ©Pom' / Flickr / CC-BY-SA

Charles Lafarge agonise !

En décembre 1839, Charles Lafarge se rend à Paris, pour ses affaires. Marie pendant ce temps s'attelle à la dératisation du Glandier : elle achète pour celà beaucoup de mort aux rats (composée d'arsenic) à un pharmacien d'Uzerche. Elle en dépose un peu partout, des fondations au grenier...


Puis, en bonne épouse attentionnée, Marie envoie à Charles un paquet contenant des gâteaux confectionnés par ses soins. Lesdites gourmandises arrivent à Paris après 4 jours de voiture... Charles en croque un morceau. Puis durant la nuit, se met à vomir.


De retour au Glandier, le 3 janvier 1840, il vomit sans arrêt et se plaint de terribles maux de ventre. Charles Lafarge meurt le 14 janvier, après avoir bu le lait de poule préparé par Marie...

Chartreuse du GlandierChartreuse du Glandier | ©Archives Départementales de Corrèze / Licence Ouverte Etalab

De l'arsenic... du sol au plafond !

Ce sont les ragots colportés par la sympathique belle-mère de Marie qui conduisent la justice à se mêler de la mort de Charles Lafarge. Un juge d’instruction et le procureur du roi de Brive se rendent au Glandier : ils trouvent de l'arsenic... absolument partout !


Sur les 15 analyses toxicologiques effectuées sur le corps du défunt, une seule est positive à l'arsenic... et encore, en infime quantité. Une autopsie est pratiquée, mais elle ne révèle pas d'anomalie. Marie est pourtant arrêtée, accusée d'avoir empoisonné son mari.

Marie Lafarge coupable ou non coupable ?

8 mois après le décès de Charles, Marie Lafarge est inculpée de meurtre par empoisonnement et comparaît devant la cour d'assises de Tulle. Médecins et experts en toxicologie défilent.


Tous s’affrontent, les analyses se contredisant, sans conclusion probante ! L'empoisonnement à l’arsenic est difficile à mettre en évidence : hé oui, la science médico-légale n'en est qu'à ses tout débuts !

Marie Lafarge lors de son procèsMarie Lafarge lors de son procès | ©Bibliothèque numérique du Limousin / Licence Ouverte Etalab

Marie Lafarge est condamnée

Le 19 septembre 1840, Marie Lafarge est pourtant reconnue coupable. Elle est condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Elle se retrouve pendant un an enfermée dans la prison de Tulle, puis dans celle de Montpellier, où elle contracte la tuberculose.


Elle est graciée le 8 mai 1852 : il ne lui restait que quelques mois à vivre... Elle s'éteint le 7 novembre de la même année, à 36 ans. Restant à jamais une énigme à part entière. Marie Lafarge : vraie coupable ou victime d'une immense erreur judiciaire ?

Le saviez-vous ?

Il est probable que Charles Lafarge soit en réalité mort... de la typhoïde : la faute aux gâteaux à la crème confectionnés par son épouse, avec du lait non pasteurisé ! Pâtisseries qui ont fait un long voyage de plusieurs jours, à température ambiante, du Glandier jusqu'à Paris... C'est à cette conclusion qu'arrive le docteur Lépine, en 1978.

Sources

Jacques ExpertGrands criminels de l'HistoireL'Express, 2012

Gilles CastroviejoDictionnaire passionnel de Marie LafargeMon Petit Éditeur, 2016