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9 anecdotes pour tout savoir sur l'ordonnance de Villers-Cotterêts

Quand : 10 août 1539

François Ier | ©Rijksmuseum / CC0
Château François Ier Château de Villers-Cotterêts

C'est dans le château picard de Villers-Cotterêts que François Ier signe l'ordonnance du même nom !

1 - Un record pour un texte de loi !

Il s’agit là (ce n’est pas nous qui le disons, mais le site officiel du ministère de la Culture) du plus ancien texte législatif français encore en vigueur aujourd’hui.

En effet, les articles 110 et 111 n’ont jamais été abrogés !

2 - On la connaît sous un autre nom

L’ordonnance de Villers-Cotterêts porte aussi le nom d’ordonnance Guillemine, du nom de Guillaume Poyet, chancelier de France qui en est le principal rédacteur.

3 - Pourquoi à Villers-Cotterêts ?

Elle s’appelle ordonnance de Villers-Cotterêts, parce qu’elle a été signée par François Ier le 10 août 1539 dans cette commune de l’Aisne.

Pourquoi ici précisément ? On est là dans le duché de Valois… or, François Ier est un Valois !

Il aime les forêts giboyeuses qui pullulent autour de la cité, aussi, il s’empresse de reconstruire et d’améliorer le vieux château présent depuis le Moyen Age, entre 1532 et 1540.


Le château de Villers

Le château de Villers | ©Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

4 - Pas un... mais trois !

Il existe trois exemplaires de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, en comptant celui des Archives nationales : un aux Archives des Bouches-du-Rhône à Aix, un autre aux Archives de l’Isère.

5 - Ce n'est pas qu'un édit sur la langue française

Cette ordonnance porte également le nom d’«Ordonnance générale sur le fait de la justice».

Car ce n’est pas un édit linguistique, comme on pourrait le penser, mais un texte de loi sur la justice, la police, l’état civil…

Certes, l’ordonnance instaure l’utilisation systématique du français dans les actes notariaux et judiciaires à la place du latin, afin d’unifier le royaume.

C’est déjà bien : vous alliez enfin savoir ce qu’on vous réservait, pour le vol de pommes pour lequel vous aviez été condamné…

Pas mal, non ? Mais ce n'est pas tout ! Elle impose aussi aux prêtres de tenir des registres paroissiaux (futur état civil) et transforme le système judiciaire.

6 - L’ordonnance voit la naissance de l’état civil

Oui ! On le disait, les prêtres se voient obligés d’enregistrer naissances, baptêmes ou encore décès.

Jusqu’alors, rapporte Jurisprudence générale (Dalloz, 1870), les naissances et les morts n’étaient constatées par aucun acte.

On avait recours, pour connaître des parents par exemple, à « des enquêtes ruineuses pour les parties et incertaines dans leurs résultats » !


Page 1 de l'ordonnance

Page 1 de l'ordonnance | ©Archives nationales / Wikimedia Commons / Public domain

7 - La question de la langue française

La langue française avant l’ordonnance ? Pouah, rien, nada, en comparaison du latin !

C’est ce que cette ordonnance va changer, en tous cas dans les articles 110 et 111, toujours en vigueur aujourd’hui.

La langue française devient la langue officielle de la littérature, de l’administration, du pouvoir royal… fini, le latin, la langue des élites et des religieux !

Le latin compliquait et alambiquait tellement les affaires et la vie quotidienne... le français, plus fluide, plus facile, devient accessible à un plus grand nombre de sujets.

Regardons ce que disent les deux articles en question :

« Et afin qu'il n'y ait cause de douter sur l'intelligence desdits arrêts, nous voulons et ordonnons qu'ils soient faits et écrits si clairement, qu'il n'y ait ni puisse avoir aucune ambiguïté ou incertitude ne lieu à demander interprétation. Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d'oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures, soient de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestes, contrats, commissions, sentences testaments, et autres quelconques, actes et exploicts de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et non autrement. »

8 - Mais quel français, au juste ?

Le français que généralise cette ordonnance, ce n’est pas le français de toute la France : c’est celui du nord du royaume, la langue d’oil, versus la langue d’oc, du sud.

C’est le parler de l’Ile-de-France, de la Picardie, des Pays-de-la-Loire...

Mais l’ordonnance n’a pas, du jour au lendemain, imposé à la population le français du Nord du royaume comme langue unique.

Les gens ont continué de parler leurs nombreux patois, leurs myriades de dialectes régionaux jusqu’à la Révolution.

A ce moment, l’abbé Henri Grégoire finit par présenter à la Convention, en juin 1794, son rapport sur « la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française »...

9 - Des poètes pour diffuser la nouvelle langue

Les poètes de la Pléaide (plus particulièrement Pierre de Ronsard) comptent bien populariser et enrichir cette langue « françoise ».

Leur manifeste, publié en 1549, s’appelle Défense et illustration de la langue française : un texte qui, pour faire aussi bien que grec et latin, doit s’enrichir de nouveaux mots.

Ils inventent donc de nouveaux termes en empruntant aux autres langues, aux patois, aux vieux mots oubliés, en créant des mots composés… tenez, saviez-vous qu’aigre-doux a été inventé par Joachim du Bellay ?

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !