Voltaire se fait passer à tabac devant l'hôtel de Sully

La façade de la cour intérieureLa façade de la cour intérieure | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Un dîner à l'hôtel de Sully

Décembre 1725. Voltaire, 30 ans, dîne à l’hôtel chez le duc de Sully, quand un domestique lui remet un billet.

Des hommes l’attendent en bas, pour lui parler d’une affaire qui le concerne. Un complot contre lui.

Voltaire fronce les sourcils. Un complot ?

Il laisse son assiette en plan, descend les marches quatre à quatre, et trouve 3 hommes devant l'hôtel.

3 domestiques envoyés par le sieur de Rohan-Chabot.

Mais cela, il le saura après... après avoir reçu le pire passage à tabac de sa vie !

À l'origine de l'affaire

Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut revenir quelques jours plus tôt, dans la loge de l’actrice Adrienne Lecouvreur, à la Comédie-Française.

Rohan, un vrai petit crétin, lui avait demandé qui il était.

Lui, le grand noble breton face au petit roturier Voltaire, qui plaisait bien à l’actrice...

Voltaire lui avait répondu « qu’il ne traînait pas, lui, un grand nom, mais qu’il savait honorer celui qu’il portait » ou « qu’il commençait son nom et que le chevalier de Rohan finissait le sien. »

Prends ça dans les dents, Rohan !

Mais attention, le Breton a la rancune tenace : voilà comment quelques jours après, Voltaire finit humilié, le souffle coupé, devant l'hôtel de Sully.

La tête dans le caniveau et son eau sale, tandis que Rohan a assisté la scène, depuis sa voiture garée à deux pas.

Voltaire voit rouge : vengeance ! Il le provoque en duel, mais Rohan le fait enfermer à la Bastille.

Voltaire sort un mois après, avec ordre de s’exiler.

Le choc anglais

Direction l’Angleterre, pour en revenir 4 ans plus tard.

Changé. Complètement transformé par ce qu’il a vu, ce qu’il a lu.

Transformé par la liberté de pensée des Anglais. Là-bas, les nobles ne ressemblent pas à ceux de France, puants et campés sur leur position moyenâgeuse.

Du changement, c’est ce qu’il faut !

Mais le philosophe gardera à vie dans la peau, comme marquée au fer rouge, la trace de l’humiliation subie.

Source

  • Voltaire et la société française au 18e siècle (vol 1).