Une nuit en prison avec le poète Gérard de Nerval, au château de Crépy-en-Valois !

Le 1852

G. de Nerval (Atelier Nadar, 19e siècle)G. de Nerval (Atelier Nadar, 19e siècle) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Le poète Gérard de Nerval passe une nuit froide d'octobre en prison, dans l'Oise à Crépy-en-Valois. La faute à une histoire de chasse à la loutre... Il raconte cet épisode dans Les Nuits d’octobre (1852).

En route pour Creil dans l'Oise... avec une étape à Crépy !

Un de ses amis, limonadier à Creil (Oise), a invité notre poète pour une chasse à la loutre, sur les bords de l’Oise.


Au gré des omnibus qui l'emmènent de correspondance en correspondance, depuis Paris, il arrive à Crépy-en-Valois : avant-dernière étape de son périple. Il doit y attendre une voiture qui le mènera à Creil...


Pittoresque petite cité picarde non loin de Chantilly, Crépy-en-Valois se fait connaître dès le 10e siècle comme résidence des comtes de Valois. Passée aux Capétiens puis intégrée au domaine royal au 13e siècle, Crépy-en-Valois a laissé son nom... à la dynastie royale des Valois !


« Ce n’est plus parisien, et ce n’est pas encore flamand », écrit De Nerval à propos de l'architecture.

Château Saint-AubinChâteau Saint-Aubin | ©Chabe01 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Un poète sans papiers d'identité !

Le poète attend donc sa voiture pour Creil. Il a quelques heures devant lui. Pour passer le temps, il s'attable au relais de poste, devant une soupe bien chaude.


Soudain, un gendarme se présente devant lui et lui demande ses papiers. De Nerval se rend compte qu'il les a oubliés lors d'une précédente étape... Le gendarme le conduit alors chez le maire :

« — Eh bien, vous êtes en état d’arrestation !

— Et où coucherai-je ?

— À la prison.

— Diable ! mais je crains de ne pas être bien couché.

— C’est votre affaire. »

Château Saint-AubinChâteau Saint-Aubin | ©Chabe01 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

De Nerval en prison au château Saint-Aubin

Voilà donc notre poète en prison pour une nuit, dans l'ancien château Saint-Aubin ! En réalité, il ne reste plus grand-chose du château d’origine de Crépy, datant du 11e siècle.


Celui que l’on aperçoit aujourd’hui est composé : à gauche, du logis médiéval seigneurial (13e siècle) ; à droite, de la chapelle Saint-Aubin (12e siècle).


La transformation du château en prison date des 18e et 19e siècles. Gérard de Nerval écrit :

« La prison de Crespy est ancienne. Je pense même que le caveau dans lequel on m’a introduit date du temps des croisades ; il a été soigneusement recrépi avec du béton romain. J’ai été fâché de ce luxe ; j’aurais aimé à élever des rats ou à apprivoiser des araignées. »

Nuit fraîche, édredon et lit de plumes

Le gardien explique à Gérard de Nerval que son épouse va préparer son lit. Le poète s'excuse, bafouille : il est Parisien, il lui faut... un couchage très doux ! La femme lui fait donc un « double lit de plumes » avec un édredon. De Nerval s'en amuse : « J'étais dans les plumes de tous côtés. »


Après cette nuit un peu fraîche en prison, Gérard de Nerval comparaît devant le substitut du procureur de la République de Senlis, escorté par deux gendarmes. Libéré le jour-même, il conclut : « Il est inutile de dire que je suis arrivé trop tard pour la chasse à la loutre » !

Sources

Patrice BousselGuide de l'Île-de-France mystérieuseÉditions Tchou, 1969