Un hiver au lac d'Allos avec une aventurière et voyageuse de 82 ans, Alexandra David-Néel !

De 1950 à 1951

Lac d’AllosLac d’Allos | ©Jean Latour / Flickr / CC-BY

Alexandra David-Néel en deux mots

Vous pouvez probablement la considérer comme la plus grande exploratrice du 20e siècle. Alexandra David-Néel (1868-1969), c'est son nom !


Tour à tour cantatrice, journaliste et féministe un brin anarchiste, orientaliste et tibétologue, franc-maçonne et bouddhiste, elle a surtout toujours été un esprit libre. Après des études de sanskrit et de chinois, elle découvre le bouddhisme au musée Guimet et se convertit.


Passionnée par l’Orient et les voyages, elle sillonne d’abord l’Europe et l’Afrique du Nord avant de partir pour l’Asie. Inde, Japon, Mongolie, Corée... Elle réalise l'impensable, en 1924 : après 2000 kilomètres de marche, elle est la première Occidentale à entrer dans Lhassa, capitale du Tibet, alors interdite aux étrangers !

Alexandra David-Néel, 1933, TibetAlexandra David-Néel, 1933, Tibet | ©Preus Museum / Flickr / Public domain

Un hiver sur les bords du plus grand lac naturel d'altitude d'Europe

En 1946, Alexandra fait ses adieux à l'Asie, après 20 ans passés sur ce fabuleux continent. C'est l'heure du retour en France : elle choisit de s'installer à Digne, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Vous pensiez peut-être quelle avait oublié son Tibet adoré ? Non ! Pour preuve, sa maison porte le nom de Samten Dzong (« forteresse de la méditation » en tibétain)...


Et en 1950, à 82 ans, la voilà qui part camper une partie de l'hiver sur les rives du lac d'Allos, proche de Digne. Il s'agit là du plus grand lac naturel d'altitude d'Europe, situé à près de 2230 mètres d'altitude, au cœur du parc du Mercantour.


Ses mensurations ? 1 kilomètre de long, 700 mètres de large, 50 mètres de profondeur. Il est alimenté par les eaux de torrents affluents et par l'eau de la fonte des neiges.

Lac d’AllosLac d’Allos | ©Jean Latour / Flickr / CC-BY

L'épicerie du village... dévalisée !

Alexandra n'est pas partie seule, non ! Elle peut compter sur son fils adoptif, le lama tibétain Aphur Yongden. Tous les jours, Alexandra l'envoie chez le petit épicier du coin, acheter de quoi manger.


Le commerçant lui murmure un matin que d'habitude, il ne reste jamais ouvert, l'hiver... c'est à cause de leur présence, à tous les deux ! Yongden rapporte la conversation à Alexandra. Immédiatement, celle-ci le renvoie acheter tout un stock de vivres, afin que le commerçant puisse fermer boutique et partir en congés !

Un Himalaya en miniature ?

Avait-elle retrouvé la lumière et les montagnes, en version miniature, de son Himalaya tant aimé ? Alexandra s'était confessée à ce sujet à sa fidèle secrétaire, Marie-Madeleine Peyronnet :

« Figure-toi que tous les gens pensent que si j'ai acheté cette maison dans ce décor de montagnes (sa maison à Digne, ndlr), c'est parce que celui-ci me rappelait le Tibet et l'Himalaya... Il faut tout de même beaucoup d'imagination pour prendre le Cousson (montagne près de Digne, ndlr) pour l'Everest et la montagne de Courbons (massif près de Digne, ndlr) pour le Kangchenjunga ! Mais je dois dire qu'effectivement, ce paysage m'a beaucoup plu. »

Sources

Éric Faye, Christian GarcinDans les pas d'Alexandra David-Néel : du Tibet au YunnanÉditions Stock, 2018

Frédéric CampoyUne vie avec Alexandra David-Néel (tome 4)Éditions Grand Angle, 2020

Élodie Brisset, Cécile Miramont, Frédéric Guiter et al.Données nouvelles sur la chronologie de la déglaciation dans la vallée du Haut-Verdon (lac d’Allos, Alpes françaises du sud)Quaternaire (vol. 25/2, 2014)