Toute l'histoire commence par le tribunal de Bazas, pour Thérèse Desqueyroux

Le 1927

Ancien tribunal de BazasAncien tribunal de Bazas | ©Henry Salomé / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Le tribunal de Bazas, petite ville du département de la Gironde, construit de 1855 à 1857, sert de cadre au tout début du roman Thérèse Desqueyroux de François Mauriac (1927). L'histoire s’ouvre en effet sur la sortie de l'héroïne du palais de justice de Bazas ! L'auteur, François Mauriac, est Bordelais de naissance. Il connaît bien la région !

Mariage arrangé et destin contrarié

Thérèse, l'héroïne, issue d’une famille de notables landais, a épousé Bernard Desqueyroux. Un beau mariage ? Fichtre non ! Une alliance financière, un mariage de raison bête à pleurer : les deux familles unissent leurs deux vastes domaines de pins landais.


Thérèse se fane rapidement. Agonise, s'aigrit, dans sa prison dorée remplie de conventions sociales étriquées. Son mari ? Frustre, elle ne l'aime pas. Un jour, elle a l'idée d'empoisonner Bernard. Histoire... d'être libre ?

La sortie du tribunal de Bazas pour l'héroïne de Mauriac

Le tribunal de Bazas intervient donc au tout début du roman. Pas de suspense : on connaît d'emblée la fin de l'histoire ! Thérèse est accusée de tentative d'assassinat sur son mari.


Malgré des preuves accablantes (entre autres des ordonnances falsifiées pour de l’arsenic), le parquet prononce un non-lieu. Pourtant... tout le monde la sait coupable, la famille comme le lecteur !


Elle sort du tribunal de Bazas accompagnée de son père et de son avocat, livide, par une petite porte dérobée. Il pleut, la nuit tombe, c'est l'automne.

« L’avocat ouvrit une porte. Thérèse Desqueyroux, dans ce couloir dérobé du Palais de justice, sentit sur sa face la brume et, profondément, l’aspira. Elle avait peur d’être attendue, hésitait à sortir. Un homme, dont le col était relevé, se détacha d’un platane ; elle reconnut son père. L’avocat cria : « Non-lieu » et, se retournant vers Thérèse : « Vous pouvez sortir : il n'y a personne. »


Elle descendit des marches mouillées. Oui, la petite place semblait déserte. Son père ne l'embrassa pas, ne lui donna pas même un regard ; il interrogeait l’avocat Duros qui répondait à mi-voix, comme s’ils eussent été épiés. »

Le saviez-vous ?

Mauriac s'inspire, pour l'histoire de Thérèse Desqueyroux, de l'affaire Canaby. Henriette-Blanche Canaby est accusée, en 1905, d'avoir voulu empoisonner son mari, Émile Canaby, courtier en vins bordelais. Elle est finalement condamnée par la cour d'assises de la Gironde pour faux et usage de faux (fausses ordonnances pour se procurer de la digitaline).


Le Bordelais François Mauriac a alors 21 ans : il se trouve parmi le public de la cour d'assises ! L'affaire l'impressionne grandement : il s'en inspirera pour son roman Thérèse Desqueyroux.

Sources

Christophe RambertPalais de justice, BazasRégion Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel, patrimoine-nouvelle-aquitaine.fr

Michel BénézechUn crime d'empoisonnement à Bordeaux : l’affaire CanabyRevue historique de Bordeaux et du département de la Gironde (tome 35, 1993)