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Septembre 1792 : le vol des joyaux de la Couronne au Garde-Meuble

Quand : 11 septembre 1792 - 16 septembre 1792

Vue du Garde-Meuble | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0
Hôtel particulier Révolution Française Hôtel de la Marine

Le Garde-Meuble

Il s’agit de l'actuel hôtel de la Marine.

Mais à l'heure de notre histoire, il s'agit du Garde-Meuble de la Couronne, construit par Gabriel entre 1753 et 1772, sur la place de la Concorde.

L'ancêtre du Mobilier national, si vous voulez !

Destiné, sous l’Ancien Régime, à gérer mobilier et objets d’art des demeures royales.

Le Garde-Meuble en 1789

Le Garde-Meuble en 1789 | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Le trésor du Garde-Meuble : les joyaux de la Couronne

On y garde donc le mobilier des collections royales.

Mais surtout un trésor inestimable : les joyaux de la Couronne.

Initialement à Versailles, ils sont amenés au Garde-Meuble, après la chute de la monarchie.

Un inventaire de 1791 mentionne 10 000 pierres, pour un poids de près de 7 tonnes : saphirs, diamants, rubis, émeraudes…

Les rois de France constituent cette incroyable collection de joyaux dès le 16e siècle.

L'hôtel de la Marine

L'hôtel de la Marine | ©Michael Gaylard / Flickr / CC-BY

À la tête du Garde-Meuble

Au moment où je vous parle, on trouve à la tête du Garde-Meuble le valet de chambre de Louis XVI, Thierry de Ville-d'Avray.

Un garde général l’assiste, Lemoine de Crécy.

Mais, Révolution oblige, celui-ci se fait remplacer par le patriote Jean-Bernard Restout, issu d’une célèbre dynastie de peintres, et membre des jacobins.

Il est nommé « inspecteur du Garde-Meuble et conservateur du mobilier national. »

Hôtel de la Marine

Hôtel de la Marine | ©Anecdotrip / CC-BY-NC-SA

La crainte d'un vol dans un Paris survolté

Jusqu'en 1792, le public peut visiter librement les collections du Garde-Meuble, tous les lundis.

Mais depuis la chute de la monarchie, des scellés avaient été posés sur les portes des salles contenant ces trésors.

Restout avait même, inquiet, demandé à la fin août 1792 à ce que la surveillance du bâtiment soit renforcée.

Il suggère 20 sentinelles devant les deux portes d’entrée du Garde-Meuble !

Il faut dire que les gardes n’étaient pas relevés à heure fixe.

Tombant de fatigue, ils leur arrivaient de quitter leur poste sans être remplacés... parfois pendant 48 heures !

Mais vu la situation d'insécurité qui règne alors sur la capitale, on comprend Restout...

Réponse des autorités à sa requête : « Les portes étant bien fermées la nuit, il n’y avait rien à craindre » !

Craignant un vol, Ville-d’Avray cache même les joyaux dans un placard de ses appartements personnels.

Après des remarques, les bijoux réintègrent leur place initiale, à savoir la commode en marqueterie d’un salon du premier étage du Garde-Meuble.

Hôtel de la Marine

Hôtel de la Marine | ©Anecdotrip / CC-BY-NC-SA

L'organisation du vol des joyaux

7 septembre 1792. J-5 avant le premier vol.

Paul Miette, marchand de vins et voleur à ses heures perdues, décide d'organiser un casse au Garde-Meuble.

Il faut dire que la Convention nationale avait, en 1791, publié un inventaire précis des biens de la Couronne.

Toute la France avait eu vent de précieux renseignements, quant à la composition dudit trésor… une aubaine !

Miette, dès le début de l'année 1792, vient tous les lundis faire du repérage au Garde-Meuble : il constate que la surveillance laisse totalement à désirer !

Il recrute ensuite des complices. Facile !

Il venait d’y avoir les massacres de Septembre, séries d’exécutions politiques dans les prisons parisiennes, provoquées par l’annonce de l’invasion prussienne.

Au milieu de la tuerie, des prisonniers s’étaient échappés… Miette les recrute illico, vous pensez !

Massacre de Septembre 1792, prison de l'Abbaye

Massacre de Septembre 1792, prison de l'Abbaye | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Trois soirs de cambriolage !

Un vestige du vol encore visible

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1792, celle du 13 au 14 puis le soir du 16, plusieurs groupes de voleurs pénètrent dans le Garde-Meuble.

Ils escaladent la façade à l'aide de cordes, grimpés sur les réverbères de la place. Hop, ils atterrissent sur le balcon du premier étage.

D'en bas, personne ne les voit...

Ils brisent le carreau d'une fenêtre, faisant un trou dans le volet intérieur du salon où sont conservés les joyaux.

Ho, mais… la trace se voit encore aujourd’hui, dans le salon diplomatique : regardez !

La trace de l'effraction !

La trace de l'effraction ! | ©Anecdotrip / CC-BY-NC-SA

Les voleurs cassent même la croûte !

Les voleurs éclairent les intérieurs du garde-meubles, sans jamais attirer l’attention.

Plus cocasse, ils y ont cassé la croûte, car on y retrouve des restes de repas, bouteilles vides et bouts de chandelles !

Jusqu’à ce que, peu avant minuit, le 16, des gardes en patrouille finissent par arrêter deux voleurs hissés sur un réverbère, après avoir vu celui-ci remuer bizarrement.

Les poches gonflées de bijoux.

Et là... on se rend compte de la catastrophe !

Balcon de l'hôtel de la Marine

Balcon de l'hôtel de la Marine | ©Anecdotrip / CC-BY-NC-SA

Arrestations en chaîne

Les autorités sont prévenues.

À la suite de dénonciations, 17 hommes sont arrêtés.

Sur les 17 accusés, 5 sont acquittés, 12 condamnés à mort, et sur ces 12, 5 sont exécutés sur le champ.

Les 7 autres (dont Miette) se pourvoient en cassation et sont relaxés.

Balcon de l'hôtel de la Marine : détail

Balcon de l'hôtel de la Marine : détail | ©Anecdotrip / CC-BY-NC-SA

Qui sont les coupables ?

Imaginez. Pendant 3 soirs de suite, 40 voleurs se sont introduits dans le Garde-Meuble, sans une seule fois éveiller l'attention des gardes.

Incroyable !?

Le vol des joyaux est tellement hallucinant, que l'on a avancé les hypothèses les plus farfelues, quant à ses commanditaires et l'identité des voleurs !

a) Un complot politique ?

Informée le 17 septembre 1792, à 10 h du matin, l'Assemblée législative n'arrive pas à croire qu'un vol aussi audacieux se soit produit.

Ce devait donc forcément être un complot politique !

On essaie de faire avouer aux voleurs que des hommes politiques anti-révolutionnaires les ont embauchés. Ils n’obtiennent pas de réponse probante...

Oui, ils avaient commis ce vol, mais non, ce n'était pas lié à un complot politique !

Renvoyés devant le tribunal de Beauvais, ils sont acquittés ou condamnés à la réclusion, coupables seulement de vol avec effraction.

À aucun moment, il n'a été question de cause politique.

Ça, on le sait grâce aux recherches du bibliophile Germain Bapst, en 1889, qui a fait la lumière sur l’histoire du vol du Garde-Meuble et rejeté le complot politique.

Il s’appuie pour cela sur les documents officiels, comme procès-verbaux et dépositions des voleurs et témoins.

Documents jusque-là inconnus des historiens !

b) Des bijoux contre la victoire à Valmy ?

Une légende tenace dit que Danton aurait offert les joyaux aux Prussiens, en échange de la victoire des Français à Valmy !

Mme Roland, la célèbre muse des Girondins, accuse Danton du vol. Fabre d’Églantine également.

L'écrivain (royaliste) d'Allonville, rapporte donc dans ses Mémoires secrètes, que l'envoyé de Danton, Billaud-Varenne, achète la victoire des armées françaises à Valmy : Danton aurait pris les joyaux et fait passer leur disparition pour un vol de brigands.

Billaud les emporte ensuite dans le camp des armées coalisées envahissant la France, achetant le retrait des troupes prussiennes.

Ce qui est évidemment faux : Germain Bapst, dans son ouvrage de référence sur le vol du Garde-Meuble (1889), montre qu’il s’agit bien d’un vol commis dans un contexte particulièrement difficile.

En effet, il règne alors à Paris un climat cauchemardesque, après l'invasion prussienne et les massacres de Septembre, du 2 au 6 septembre 1792.

Paris est une ville sans foi ni loi, propice à tous les pires vols. Tous les malfrats détenus à Paris ont été libérés.

Ajoutez à la guerre civile l’indiscipline des sentinelles du Garde-Meuble et l’indifférence du gouvernement...

Le Garde-Meuble (J. A. Knip, 1801)

Le Garde-Meuble (J. A. Knip, 1801) | ©Rijksmuseum / CC0

Que sont devenus les joyaux de la Couronne ?

Après une enquête menée entre 1792 et 1794, une grande partie des joyaux est retrouvée.

Mais dès le Directoire, on commence à les vendre, notamment à l'étranger, par souci d'argent.

Les précieux joyaux sont plusieurs fois vendus, récupérés, retaillés...

La Troisième République organise une grande vente aux enchères en 1887, qui voit la collection définitivement dispersée.

Une grande partie se trouve aujourd’hui exposée au Louvre.

Le Sancy

Ce diamant blanc trouvé en Inde au 15e siècle, est vendu à un seigneur français en 1570, Nicolas Harlay de Sancy.

Serti sur les couronnes de Louis XV puis celle de Louis XVI, il passe entre plusieurs mains espagnoles, russes et même celles de la famille Astor, avant de rejoindre le Louvre en 1979.

Le Sancy

Le Sancy | ©Tangopaso / Wikimedia Commons / Public domain

Le Régent

Ce diamant blanc se trouve depuis 1887 au musée du Louvre.

Découvert en Inde en 1698, il a été porté par les plus grands : Louis XV, Marie-Antoinette et Napoléon Ier !

Le Régent

Le Régent | ©Shonagon / Wikimedia Commons / CC0

Le Diamant bleu de la Couronne

Rapporté d’Inde en 1668, puis acheté par Louis XIV, il s’agit du plus gros diamant trouvé à ce jour !

Après le vol du Garde-Meuble, il est retaillé pour devenir le diamant Hope, du nom de Thomas Hope, banquier de Londres à qui il est vendu vers 1824.

Depuis 1949, on peut le voir au National Museum of Natural History de Washington !

Le diamant Hope

Le diamant Hope | ©Julian Fong / Flickr / CC-BY-SA

Le Grand saphir

Cette pierre a été sauvée par Daubenton en 1796, alors professeur de minéralogie à l'actuel muséum d'histoire naturelle de Paris.

Elle s’y trouve encore aujourd’hui !

Le spinelle Côte-de-Bretagne

Cette pierre fine, très proche du rubis, est la seule rescapée du trésor de la Couronne initial, constitué par François Ier.

Elle se trouve aujourd'hui exposée au musée du Louvre.

Sources

  • Claude Perroud. Le vol du garde-meuble en 1792. Bibliothèque du Bois-Menez, 2020.
  • Germain Bapst. Histoire des joyaux de la Couronne. 1889.
  • François Morel. Les Joyaux de la couronne de France : les objets du sacre des rois et des reines. Albin Michel, 1988.
  • Le vol du 17/09/1792. Le guichet du savoir de la bibliothèque municipale de Lyon, guichetdusavoir.org. 02/12/2016.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !