Saint-Jacques-le-Majeur du Bar-sur-Loup, une danse mortelle pour punition

L'égliseL'église | ©MOSSOT / CC-BY-SA

L'affreuse punition du comte de Bar

Dans la jolie petite église romane en pierres blondes se trouve un tableau sur bois représentant une danse macabre accompagnée d'une inscription en provençal, 33 vers en alexandrin.

Le tableau mesure environ 1,70 m de haut sur 1,30 m de large.

Et d'après la tradition, cette danse ferait écho à un ancien fait divers...

La légende dit que le comte de Bar avait donné un bal dans son château en plein carême, malgré l'interdiction de l’Église, en 1482.

Des morts mystérieuses se seraient produites en pleine fête. Punition divine !

Le comte, repentant, fait peindre le tableau en mémoire de cette tragédie, qu'il expose dans une chapelle dédiée à saint Arnoux spécialement construite pour l'occasion.

Légende ou réalité ?

Aujourd'hui, on ne sait pas si la peinture est un souvenir de ce fait divers, ou une danse des morts, ou encore une danse des vivants...

Plus qu'une danse macabre, le Guide de la Provence mystérieuse évoque les nombreux épisodes du mal de Saint-Jean qui frappaient la région à l'époque où la danse a été peinte.

Le mal de Saint-Jean, c'est en fait un empoisonnement à l'ergot de seigle, qui provoque hallucinations et convulsions.

Il a peut-être été représenté ici comme une sorte d'ex-voto...

Nous, on garde l'histoire du bal du comte de Bar, qui, vous allez le voir, s'accorde particulièrement bien avec la peinture !

Une danse... mortelle !

Le bal maudit

Le peintre aurait représenté le comte avec un tambourin et un galoubet, en musicien, en maître de cérémonie, presque : après tout, c'est lui qui a bravé l'autorité et a fait qu'au milieu de son bal des gens sont morts...

On voit un petit diable sur sa tête en train de danser en riant.

À ses côtés, des spectateurs en costumes de fête. A droite, le bal maudit...

On y voit quoi ? Plusieurs couples de danseurs avec à chaque fois un petit diable sur la tête d'un d'entre eux.

Au premier plan, un homme allongé. Mort.

Un démon enlève son âme de sa bouche, tandis qu'un autre démon fait pencher la balance dans laquelle un ange pèse une âme.

Flèche fatale et démon

Au premier plan aussi, on voit un horrible squelette avec un arc et des flèches dans un carquois : comme Cupidon prêt à décocher sa flèche !

Mais là, la flèche est mortelle...

D'ailleurs, on voit un homme touché, qui vacille et va tomber à terre.

Le diable qui se tenait sur sa tête est descendu jusqu'à son épaule pour intercepter son âme !

Et tout à droite, un démon plonge un homme dans la gueule d'un monstre tout noir : l'Enfer !

Au vu des costumes des personnages, on fait remonter cette danse macabre à la fin du 15e siècle.

Le Guide de la Provence mystérieuse indique qu'elle a dû être peinte par « un de ces artistes anonymes et itinérants de l'école niçoise. »

L'inscription

Que dit l'inscription en lettres gothiques, alors ?

En provençal, cela commence par O paures pecadours... qui pourrait se traduire ainsi :

« Ô pauvres pécheurs ! Souvenez-vous que vous mourez bientôt. Et vous dansez comme des fous, et menez votre vie avec insouciance... Si vous mouriez sans vous être repenti, vous connaîtriez le plus triste des sorts. Souvenez-vous en, ne tardez pas à faire repentance, car quand votre âme sera dans la balance, il sera trop tard. Prenez peur, car le jour de votre mort approche. Si la mort venait à vous frapper, soudainement, vous n'auriez aucun recours, et vous danserez cette terrible danse encore et encore sans jamais vous arrêter. »

Voilà, en résumé, l'essence du texte, terriblement bien ancré dans les peurs médiévales.

Sources

  • Jean-Paul Clébert. Guide de la Provence mystérieuse. Éditions Tchou, 1968.
  • D. Auzias, ‎J.-P. Labourdette. Guide Préalpes d’Azur. Petit Futé.