Une petite histoire du palais des gouverneurs de Bastia : Sampiero Corso au cachot !

De déc. 1547 à avr. 1548

Le palaisLe palais | ©Chabe01 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Il y a trois héros de légende, en Corse : Pascal Paoli, Napoléon Bonaparte... et Sampiero Corso, que l’on retrouve ici, enfermé dans la citadelle de Bastia !

Deux mots sur Sampiero Corso

Corso... le Corse

Il naît sous le nom de Sampiero de Bastelica, en 1498, dans le village du même nom.

D’origine modeste, il est surnommé corso... parce qu’il vient de Corse !

Au service des plus grands

Sampiero quitte tôt la Corse, pour se mettre au service des Médicis et du pape Clément VII, à Florence.

Sampiero CorsoSampiero Corso | ©The British Library / Public domain

Chez les Français

Le cardinal Jean du Bellay, ambassadeur de France à Rome, le prend sous son aile et le fait engager dans les armées de François Ier, en 1536, qu’il sert pendant 30 ans.

Il combat Charles Quint, aux côtés de Bayard ou du connétable de Bourbon, qui disaient de lui « Sampiero vaut un régiment sur le champ de bataille » et « Un jour de bataille, le colonel des Corses vaut dix mille hommes. »

À Perpignan, il sauve la vie du dauphin (futur Henri II) et reçoit son blason de « deux bandes d’azur à fleurs de lys d’or » !

En 1547, il est promu colonel : Henri II lui confie le commandement des compagnies corses, au service du roi.

Buste de Corso, BastelicaBuste de Corso, Bastelica | ©Patrick SABATIER-VESCOVALI / Pixabay

Entre Génois et Français

La suite ? La conquête de la Corse par les Français, en août 1553. Sampiero devient une légende.

Il seconde le maréchal de Thermes dans les opérations, les Français alliés aux Turcs, à la tête de plus de 500 mercenaires corses. En face, Charles Quint, allié aux Génois.

Il rallie l’île à la cause française, les Corses étant hostiles aux Génois ! Mais le traité de Cateau-Cambrésis d'août 1559 rend la Corse aux Génois...

En juin 1564, Sampiero débarque en Corse, soutenu par la France, pour reprendre la lutte contre les Génois, et retenter une reconquête de l'île.

Malgré de beaux coups d’éclats, c’est un échec.

Corso condamne VaninaCorso condamne Vanina | ©The British Library / Public domain

La mort de Sampiero

Il épouse en 1545 sa cousine Vanina d’Ornano. En 1563, elle le trahit, il l'étrangle !

Mais le 17 janvier 1568, Sampiero tombe dans un guet-apens mené par les frères de la défunte. Il a 69 ans, il va mourir... Une boucherie. Les coups de poignards pleuvent.

Il a une jambe tranchée, un de ses agresseurs découpe des lambeaux de chair avec la pointe de sa lance, un autre décapite le corps, sa tête envoyée au gouverneur d’Alaccio, pour l’exposer à l’entrée de la cité.

Le reste du cadavre, dépecé, est pendu par morceaux sur les remparts.

Comment Sampiero Corso se retrouve enfermé à Bastia ?

Des doutes sur Corso

C’est peu après son mariage avec Vanina d’Ornano que Sampiero se fait arrêter et emprisonner dans la citadelle de Bastia, par le gouverneur.

Le gouvernement génois craint-il que le retour de Sampiero en Corse ne cache des projets politiques, par exemple ?

On sait qu’il a fait un séjour à Rome et a parlé avec un certain Cesare Fregoso, exilé, au service du roi de France, lui aussi.

Ils auraient décidé que Sampiero irait en Corse, et tenterait de s’emparer de Bonifacio et de rallier les habitants à leur cause, contre Gênes.

Vrai ou pas ? Gênes ne réfléchit pas : il est donné ordre de l’arrêter !

La prison à Bastia

Le gouverneur génois, Spinola, invite donc Sampiero à se rendre à la citadelle de Bastia.

Mais à l’intérieur, les lourdes portes se referment derrière lui. La prison, oui…

On est en décembre 1547, sa détention bastiaise dure jusqu’en avril 1548.

Puis, on l’enverra à Gênes, pour se faire juger et condamner à mort !

Le palaisLe palais | ©Chabe01 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

On ne touche pas à Sampiero !

Francesco d’Ornano, mis au courant de la situation de son gendre, fait savoir qu’il allait demander sa grâce : il ne faut rien tenter, en attendant qu’il négocie.

Francesco apprend donc au roi de France Henri II l’incarcération et la condamnation à mort de Sampiero.

Henri envoie immédiatement un émissaire réclamer la liberté du prisonnier, à Gênes, avec une lettre enflammée :

« Nul n’a le droit de toucher au colonel Sampiero sans motif sérieux, et vous n’avez pas ce motif. Toute offense contre lui est faite à moi-même. »

Libre, à ruminer sa vengeance...

Sampiero est libre sur le champ, mais rumine. Sa haine contre les Génois a grandi.

Aaah, ces Génois ! Un siècle qu’ils règnent en maîtres sur la Corse… bon nombre des insulaires ne supportent plus cette soumission.

C’est l’occasion pour tous de se retrouver derrière un guerrier charismatique, Sampiero. Tous contre Gênes, alliés aux Français...

Mais c'est une autre histoire !

Sources

  • Gaston d'Angélis, ‎Don Giorgi. Guide de la Corse mystérieuse. Éditions Tchou, 1968.