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Petite histoire de la tour de Crest en 6 anecdotes

Quand : 1120 - 1877

La tour | Remi Mathis / CC-BY-SA
Tour Emprisonnement Tour de Crest

Source : Histoire et description de la tour de Crest (Eugène Arnaud, 1886).

1 - Une tour médiévale

On trouve très tôt à Crest un castellum romain, mais la tour en elle-même date de l'époque médiévale, construite au XIIe siècle.

Ce site stratégique, qui surveille la route qui met en relation les Alpes et la vallée du Rhône, se trouve mentionné pour la première fois en 1120 en tant que château de Crest, castrum Cristoe.

En 1216, Pierre de Vaux-Cernay le décrit comme « un château très noble et très fort, bien muni de soldats et de gens de services ».

La Chanson de la Croisade albigeoise qualifie Crest de « place forte imprenable ». Une vraie sommité, si vous voulez !

2 - Un record !

La tour de Crest est le plus haut donjon d’Europe, ex æquo avec le donjon du château de Vincennes.

En tout cas le plus haut de France, avec ses 52 mètres !

3 - Un triste passé de prison

En janvier 1633, Richelieu fait paraître un édit sur la démolition d'un nombre important de forteresses en France. Crest fait partie du lot…

Devenue une prison pendant le XVIIIe et le XIXe siècle, la tour est vidée de ses derniers prisonniers en 1852. Mais entre-temps...

La série de prisonniers notables commence avec des protestants : le tout premier à faire les frais d’un emprisonnement à Crest s’appelle Alexandre du Puy Montbrun, enfermé 5 mois en 1629 avant de s’évader et fuir en Italie.

Après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, les prisonniers se suivent.

En 1687, Louise Moulin dite la Maréchale, est condamnée à la pendaison pour avoir assisté à un rassemblement religieux.

Elle reste 15 jours à Crest : avant de monter sur l’échafaud, Louise demande « de pouvoir embrasser une dernière fois son enfant, qui était à la mamelle, et eut le courage de l’allaiter »...

En 1689, un sieur Faure meurt dans la tour après 3 mois de détention, plutôt que de renier sa foi.

En 1740, Jacques Romieu, est arrêté dans son lit. Depuis sa maison jusqu’à la tour, il vomit du sang. Il moisit 4 mois en prison avant qu’on le trouve mort.

Entre ses mains crispées, un livre sobrement intitulé Les Entretiens solitaires d’une âme dévote avec son Dieu

4 - Des bals et des prisonniers !

Outre les protestants, la tour de Crest reçoit, au cours du XVIIIe s, des prisonniers sur lettres de cachet.

Des lettres signées par le roi, contentant un ordre d’incarcération express !

Oh, trois fois rien : des prisonniers dit dangereux, aux mœurs dissolues, surtout gênants pour leur famille, en fait…

On trouve à Crest à l’époque, pêle-mêle, militaires, nobles, religieux…

Vous savez quoi ? Ces prisonniers avaient parfois la permission de donner des bals ! Mais oui, dans le donjon !

Les dames de Crest y sont invitées. L’histoire se terminait parfois par l’évasion de détenus, les jeunes femmes échangeant leurs vêtements avec ces derniers…

C’est Adèle Genthon qui rapporte cette anecdote dans le bulletin de la Société d'archéologie et de statistique de la Drôme (tome 17, 1883) :

« Vers la fin du règne de Louis XVI, la tour regorgeait de prisonniers choisis, appartenant presque tous aux classes distinguées de la société.
« Or il arriva que ces prisonniers, excitant l’intérêt, et le gouverneur de la forteresse, le baron de St-Michel, se trouvant d’humeur assez facile, des relations s’établirent entre la société de la ville de Crest et les jeunes et aimables détenus, de telle façon que ces derniers vinrent à donner des bals hebdomadaires aux dames et demoiselles de la ville, sous la conduite d’une respectable demoiselle qui leur servait de chaperon.
« On entrait par la petite porte dérobée, et l’on sortait de la même manière.
« Plusieurs musiciens se trouvant parmi les détenus se chargeaient de l’orchestre, et dans ces petites réunions fort gaies et agréables, tout se passait à merveille au vu et su des familles. »

5 - Une évasion spectaculaire

1759. Une évasion à la tour de Crest ! Une évasion tragique.

L’homme en question s’appelle Philippe Rivoire, 70 printemps. Enfermé dans la tour depuis 12 ans, sur lettres de cachet.

C’est son cadavre qu’on retrouve, la bouche ensanglantée, le crâne et les cheveux entièrement poissés de sang. Et une blessure importante à la tête... la cause de sa mort.

On en déduit que le prisonnier s’est fracassé sur un rocher en tombant droit sur la tête, depuis la fenêtre de son cachot.

Il a dû crier, en tombant, car le bruit alerte le garde qui voit quoi ? Un certain Gondran, son codétenu, suspendu à une corde fabriquée avec des draps...

On l'attrape et on l'enferme dans la tour.

Pour lui demander : mais comment Rivoire est sorti de sa cellule ? Par la meurtrière !

Et lui ? Il sort aussi par la fenêtre, pour descendra jusqu’à celle en dessous !

Voila une semaine qu’ils avaient monté le coup, qu’ils avaient fondu les barreaux de la fenêtre avec des charbons brûlants, et fabriqué une corde avec des draps.

Au petit matin, Rivoire descend la corde le premier, mais elle est trop courte d’une douzaine de mètres. Il tombe, crac. C’est la mort...

Gondran qui suivait se retrouve pendu dans le vide, agrippé aux barreaux de la cellule du bas.

Voilà : probablement l’évasion la plus rocambolesque de Crest !

6 - La bergère de Crest

Elle est peut-être la plus célèbre prisonnière de la tour de Crest : la bergère de Crest, de son vrai nom Isabeau Vincent.

Son crime ? Être protestante, à la mauvaise époque...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !