Petite histoire et secrets de l'abbaye de Fontenay

De 1118 à 1868

L'abbayeL'abbaye | ©Jean-Christophe BENOIST / CC-BY-SA

L’ordre cistercien, c’est quoi ?

On ne peut pas trouver meilleur exemple d'abbaye cistercienne ! La plus ancienne conservée en France, en plus...

L’ordre cistercien est fondé en 1098 par l'abbé de Molesmes saint Robert, au milieu de la forêt marécageuse de Cîteaux, en Bourgogne.

Son but ? Ramener la règle bénédictine (très relâchée à l'époque) dans le droit chemin !

Naîtront par la suite les célèbres abbayes de Pontigny (Yonne) et de Clairvaux (Aube), entre autres : les fameuses « filles de Cîteaux ».

La fondation de Fontenay

Bernard, abbé de Clairvaux, part le 26 octobre 1118 avec 12 moines. Il arrive à un ermitage dans les bois, près de Châtillon-sur-Seine.

Une source y alimente l'étang (encore visible) de Saint-Bernard. Une source miraculeuse : jusqu’au 16e siècle, on croyait qu’elle soignait la teigne !

Le nombre de moines s’accroît, l’ermitage devient trop petit. En 1130, il faut déménager un kilomètre plus bas, dans la vallée.

Pour y construire les bases de l’abbaye actuelle !

Défrichement, assainissement, drainage des ruisseaux... l'endroit est bien marécageux, insalubre !

Ce qui donne à notre abbaye son nom de Fontenay, Fontenaium... « qui nage sur les eaux ou fontaines ».

Bientôt, on avait tout sur place pour une parfaite autarcie : de l’eau courante, un moulin, des jardins fruitiers et potagers, des ateliers…

Ébrard de Norwich

Voilà celui qui fait construire l’église actuelle entre 1139 et 1147. Il s’appelle Ébrard de Norwich, il est évêque.

Il abandonne son évêché en Angleterre, quand surviennent des problèmes politiques de succession sur le trône, et vient trouver refuge et calme à Fontenay.

Il emploie sa richesse personnelle pour construire l’église, achevée en 1147.

Il s’agit, rapporte le site web officiel de l’abbaye, de la plus ancienne église cistercienne au monde !

Ébrard s’y fera inhumer à sa mort en 1150. Bonne nouvelle : sa tombe existe toujours !

Tombe d'Ebrard de NorwichTombe d'Ebrard de Norwich | Tombe d'Ébrard de Norwich | ©Tangopaso / Wikimedia Commons / Public domain

Les bienfaiteurs de Fontenay

Papes, ducs et rois vont, dès le début, assurer la protection de Fontenay.

En 1259, saint Louis exempte l’abbaye de tout droit fiscal. 10 ans plus tard, Fontenay devient abbaye royale.

Innocent III et Innocent IV défendent d’excommunier les religieux, de les suspendre, même ceux qui « s’entrebattent » !

Le roi Jean le Bon permet aux abbés d’acquérir moyenne, basse et haute justice en 1361.

En 1359, les Anglais menés par le roi Édouard IV, en pleine guerre de Cent Ans, saccagent Fontenay et les abbayes voisines : ce dernier exige une grosse rançon payée par tous les abbés de la région, en particulier celui de Fontenay.

Mais en 1631, le roi d’Angleterre répare le préjudice subi par son prédécesseur : il donne à l’abbaye 40 000 moutons d’or, pour la reconstruction de ses murs !

Le dortoirLe dortoir | ©Zairon / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Le dortoir : charpente brûlée et simples paillasses

Charpente brûlée

On évoquait au point suivant les ravages anglais de la guerre de Cent Ans… on continue au 15e siècle !

Du coup, l’abbé de Fontenay Nicolas obtient du duc de Bourgogne Philippe Le Hardi de faire construire une muraille autour de l’abbaye. Il fallait se protéger des raids des écorcheurs, qui rançonnent alors la Bourgogne...

Ça n’empêchera pas, entre 1440 et 1459, les pillards de saccager l’abbaye et de mettre le feu au dortoir.

Sa charpente brûle entièrement ! La charpente actuelle est en bois de châtaigner, reconstruite au milieu du 15e siècle, sous l’abbé Jean Frouard de Courcelles.

Les paillasses

La règle cistercienne exige des moines de dormir dans un dortoir commun, sur des paillasses, avec de simples cloisons basses les séparant.

Les moines dormaient habillés, pour pouvoir en un clin d’œil se rendre à l’église, pour l’office nocturne !

Seul l’abbé avait le droit de dormir dans une cellule séparée, qui se trouvait à l’extrémité sud du dortoir.

Des latrines étaient voisines du dortoir : les conduites finissaient au canal de dérivation de la rivière, passant sous la grande salle de l’abbaye.

L'égliseL'église | ©Angel de los Rios / Flickr / CC-BY-SA

Un problème d'humidité dans l'église

Au cours du 18e siècle, certains bâtiments de l’abbaye commencent à pourrir.

À cause du petit ruisseau de Saint-Bernard, dont les eaux s'infiltrent dans le sol et ruissellent entre les dalles de l’église... tout se met à se gorger d’humidité.

Les boiseries moisissent, à tel point que la célébration des messes devenait difficile !

Il faut surélever le sol de l’église d’un mètre, en 1746, et déménager.

Pas que l’église : en 1745, le réfectoire du 12e siècle est dans un tel état de ruine, qu’il faut le démolir !

Il reste un vestige, cependant, du réfectoire : il s’agit de l’une des travées, qui forme l’un des murs actuels du bâtiment connu sous le nom d’Enfermerie.

L'enfermerieL'enfermerie | ©Daniel Jolivet / Flickr / CC-BY

L’Enfermerie, la prison de l'abbaye

D’où vient cet étrange nom d’Enfermerie ?

Des pièces d’archives rapportent que l’abbaye de Fontenay exerçait des droits de justice, sur les religieux de l’abbaye, mais aussi sur les gens vivant sur les terres dépendant de l’abbaye.

Leurs « crimes », s’il y en avait, étaient passibles des peines de fourches patibulaires et de pendaison.

C’est donc dans ce bâtiment datant de 1547, que l’on enfermait les prisonniers !

Le cloître : l'armarium claustri, au boutLe cloître : l'armarium claustri, au bout | ©Ibex73 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

L’armarium claustri, l'étonnante armoire à livres

Une abbaye devait avoir un endroit pour ranger ses ouvrages, laissés à disposition des moines, le plus souvent dans une des galeries d’un cloître.

Cet endroit prenait souvent la forme d’un armarium claustri, « armoire » : tel est le nom que les textes cisterciens, dès le 11e siècle, lui ont donné.

On a retrouvé celle de Fontenay en 1911, lors de travaux de consolidation de l’aile orientale du cloître !

Elle se trouve à côté de la porte qui communique avec l’église abbatiale. Ainsi, les moines allant à la messe pouvaient y déposer des livres.

C’est une niche dans l’épaisseur du mur, qui avait été murée, mais autrefois garnie de rayonnages.

On la fermait à l’aide de volets montés sur des gonds.

Cheminées du chauffoirCheminées du chauffoir | ©Ibex73 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Le chauffoir et ses cheminées

L'abbaye dispose d'un chauffoir ou calefactorium.

A l’extérieur, d’ailleurs, on voit les deux têtes de cheminées qui s’élèvent sur le toit !

C’est la seule pièce de toute l’abbaye où la règle cistercienne tolère la présence d’un feu... mise à part la cuisine, bien sûr.

La Vierge à l'enfantLa Vierge à l'enfant | ©Ibex73 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La Vierge à l'enfant

Cette jolie statue de la fin du 13e siècle représente la Vierge à l’enfant Jésus.

Elle a beaucoup souffert, elle est très abîmée.

On l’a très longtemps laissée dehors, exposée sous les intempéries, dans le cimetière de la commune voisine de Touillon !

Gisant deGisant de | Gisant de Mello d’Époisses | ©Uwe Brodrecht / Flickr / CC-BY-SA

Un gisant médiéval

La règle très stricte de Cîteaux interdisait l’inhumation d’étrangers, dans une de ses abbayes.

Pourtant, à Fontenay, de nombreuses personnes y sont enterrées : chevaliers, bourgeois, prélats...

Avant des travaux d’exhaussement de son sol en 1750, l’église était largement recouverte de dalles funéraires.

Heureusement, toutes n’ont pas disparu !

Le plus beau gisant reste celui du chevalier Mello d’Époisses, comte de Tonnerre, et de son épouse Jeanne de Riégo.

Classique, les pieds de l’homme reposent contre des lions, ceux de sa femme contre des lévriers. Casque, cotte de mailles, épée et écu, rien ne manque à la panoplie médiévale de ce seigneur bourguignon !

Tous deux sont en pierre de Tonnerre, roche tendre de la région. Ils sont très abîmés : un sculpteur en 1878 a tenté de les restaurer, en vain !

La forgeLa forge | ©Ibex73 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La forge

Ce bâtiment date de la fin du 12e siècle.

Avec la forge, l’abbaye pouvait être autonome et fabriquer ses pièces en fer sur place.

En plus, les moines se fournissaient directement en minerai, depuis la colline voisine.

Une vraie usine, dont la roue actionnant les martinets servant à battre le fer, est actionnée par la dérivation des eaux d’un ruisseau.

La porterieLa porterie | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

La porterie

Ce joli bâtiment servait de logis au frère portier.

Avez-vous vu ce détail ? Une niche !

Elle était là dès l’époque de la construction du bâtiment, au 15e siècle !

Le chien pouvait ainsi y monter la garde et passer sa tête par l’ouverture.

Le chenilLe chenil | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

L’ancien chenil... des chiens des ducs de Bourgogne

Deux sculptures de chiens rappellent l’emplacement de l’ancien chenil.

Les moines de Fontenay gardaient en pension les chiens de chasse des ducs de Bourgogne.

Philippe Le Hardi exempte même les religieux de la « pitance de pain », qu’ils devaient aux chiens !

Galerie SeguinGalerie Seguin | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Montgolfier et Seguin, papeterie et ponts suspendus !

L’abbaye est vendue avec ses terres, fin 1791, au sieur Claude Hugot, qui transforme les bâtiments en papeterie.

Hugot vend l’abbaye en 1820 à Élie de Montgolfier, lui aussi dans la fabrication du papier.

Oui, le neveu des célèbres frères inventeurs de la montgolfière !

Le gendre d’Élie de Montgolfier, Marc Seguin, s’installe à l’abbaye entre 1838 et 1868.

L’ingénieur des premiers ponts suspendus d’Europe occidentale, et de la première ligne de chemin de fer française, qui relie Saint-Étienne à Lyon, en 1830 !

Il s’installe à Fontenay en 1838, à l’âge de 52 ans, avec sa seconde épouse et sa très nombreuse famille.

De l’époque du génial inventeur date « la galerie Seguin », ce bâtiment construit en 1850, à l’emplacement de l’ancien réfectoire.

Sources

  • Lucien Bégule. L'abbaye de Fontenay et l'architecture cistercienne. 1913.
  • Alexandre Ducourneau. La France nationale : la Bourgogne. 1840.
  • J.-B. Corbolin. Monographie de l’abbaye de Fontenay. 1882.
  • Patrice Boussel. Guide de la Bourgogne et du Lyonnais mystérieux. Éditions Tchou, 1978.