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Nicolas Ferry, alias Bébé, le nain de la cour de Lunéville

Bébé, déguisé, sortant d'un pâté | ©Wellcome Collection / CC-BY
Château Stanislas Leszczynski Nicolas Ferry Château de Lunéville

Rencontre avec le célèbre Nicolas Ferry, alias Bébé, le nain du duc de Lorraine Stanislas Leszczynski, au château de Lunéville !

La mode des nains de cour

Avant de commencer notre histoire, petite précision historique sur ces « nains de cour ».

Oui, je sais, un affreux mot, aujourd'hui.

Mais autrefois, chez les puissants, c'est une autre histoire : les nains sont présents dans les cours impériales et royales européennes dès le Moyen-Age.

Mais la période du XVIe au XVIIIe siècle est leur âge d’or, spécialement en Espagne, à la cour des Habsbourg.

Le rôle des nains ? Divertir. Et face à leur difformité, les puissants se sentent privilégiés. Ils deviennent des faire-valoir...

Ce qui n'empêche pas, comme ici, que de vrais liens d'affection se tissent...

Une souris dans un sabot

1741. C’est dans un contexte de mauvaises récoltes et de disettes que naît Nicolas Ferry, dans une humble demeure de Plaine, dans le Bas-Rhin.

Jean Ferry, le paternel, est cultivateur. Anne Baron, 35 ans, son épouse.

Deux mois avant terme, le 14 octobre 1741, des douleurs la saisissent.

Elle met très vite au monde un tout petit être, surprenant, un garçon de 20 centimètres de long.

Il pousse un cri... « aussi faible que le cri d’une souris » !

Néanmoins, il a l’air en bonne santé, et bien proportionné !

On le baptise dans une assiette ! Son berceau ? Un sabot de bois garni de laine de mouton !

On se rend compte que sa bouche est trop petite pour téter.

Aussi, il faut lui donner son lait dans un vase à bec, quelques gouttes de lait de chèvre, chaque jour, pendant les premières semaines !

Cela suffit à apaiser la faim du « petit rat », comme l’appelle sa maman.

Nicolas grandit, très lentement, articule quelques mots de patois à 18 mois.

On vient déjà de partout pour voir le petit Ferry !


Plaine, village natal de Bébé

Plaine, village natal de Bébé | ©Moehre1992 / CC-BY-SA

A la cour de Lunéville

Un jour de 1756, des dames de la cour polonaise en balade rencontrent le petiot.

De retour à Lunéville, elles en parlent à Stanislas, le duc de Lorraine et maître des lieux.

Un médecin vient bientôt examiner Nicolas chez lui. Il a 5 ans, mesure à peine 1 mètre. Sa taille adulte ? 89 cm.

Stanislas demande à voir Nicolas. Il invite donc Jean Ferry à Lunéville. Oh oh, celui-ci n’ose pas refuser !

Il met Nicolas dans le panier en osier qui lui sert à récolter les légumes, et hop, direction Lunéville.

Stanislas est emballé. Il demande au père de lui laisser son fils de 6 ans. Celui-ci accepte sans broncher.

Une nouvelle vie commence pour Nicolas !

L’une des dames de la cour, particulièrement, s’attache à Nicolas (baptisé Bébé) et devient sa protectrice : il s'agit de Marie-Louise Jablonowska, princesse de Talmont, la cousine de Stanislas.

Elle se charge de son éducation, et autant vous dire qu'il y a tout à faire : musique, maintien, écriture…

Bébé la déçoit beaucoup. Il apprend à parler, mais jamais à lire.

Sa passion ? Les exercices militaires auxquels il assiste en imitant les manœuvres !


Château de Lunéville

Château de Lunéville | ©Havang(nl) / CC0

Sorti... du pâté !

Bébé participe à toutes les fêtes de Lunéville, comme celle où pendant le dîner, on apporte sur la table une énorme pièce en pâté en croûte, flanquée de remparts et de tours appétissantes et dorées.

De la croûte émerge... Bébé, déguisé en romain, qui brandit une épée.

Le jeune chevalier de Vintimille est pris d’une terreur panique et s’enfuit…


Bébé, déguisé, sortant d'un pâté

Bébé, déguisé, sortant d'un pâté | ©Wellcome Collection / CC-BY

Ange et démon !

Bébé est réputé pour son humeur de chien, ses colères, sa jalousie maladive.

Il s’attache pourtant terriblement à Stanislas, et à Marie-Louise Jablonowska, la cousine de ce dernier.

Alors quand un jour celle-ci caresse une petite chienne devant lui, il l’arrache de ses mains et la jette par la fenêtre...

Mais il se montre aussi très généreux envers les plus démunis.

La Vie des enfants célèbres de Fréville (1829) raconte :

« Nicolas remplissait ses poches de pièces de six sous enveloppées dans des carrés de papiers de diverses couleurs, et tous les dimanches son plus grand plaisir était de se mettre au grand balcon du château.
« Alors il s’empressait de les jeter à un certain nombre de pauvres inscrits sur un registre particulier.
« Lorsqu’il se trouvait un enfant parmi ces pauvres, on a remarqué maintes fois que le petit aumônier défaisait vite deux paquets pour n’en faire qu’un seul.
« Il y glissait fort souvent un gros écu de six livres et faisant écarter les indigents. Il disait en riant au petit malheureux :
« - Attrape la pistache, c’est pour toi. »


Il remplissait aussi une cassette d’écus d'or qu’il envoyait une fois pleine à son frère Louis, qui devint ainsi le plus riche propriétaire du pays !


Bébé

Bébé | ©Internet Archive Book Images / Public domain

Joujou VS Bébé !

En 1759, une dame polonaise de la cour de Lunéville, la comtesse Humiecka, avait accueilli un nain du nom de Joujou, alias Joseph Boruslawski.

Tout le contraire de l'ombrageux et teigneux Bébé !

Intelligent, artiste, parlant plusieurs langues, gracieux, Joseph allait supplanter Nicolas, à Lunéville.

Oups, le sang de Nicolas ne fait qu'un tour.

Alors, le jour où on lui fait la remarque que Joujou est instruit et amusant, alors que lui « n’est qu’une petite machine », Bébé saute sur le râble de son ennemi, pour le rouler dans le feu de cheminée le plus proche !

Les hurlements des deux hommes qui se castagnent attirent Stanislas. On les sépare.

Bébé est obligé de pardonner, sur quoi Joujou quitte Lunéville pour Paris.

Ouf ! Bébé redevient le préféré de tous.


Joseph Boruslawski

Joseph Boruslawski | ©Wellcome Collection / CC-BY

Des fiançailles ratées

Bébé a failli se fiancer à Lunéville avec Thérèse Souvray, atteinte de nanisme comme lui, née dans les Vosges en 1746.

Mais les parents de la jeune femme lui refusent la main de leur fille.

Nouveau refus avec une dame de Lunéville, quelque temps plus tard, dont Nicolas était tombé amoureux.

Deux cuisants échecs qui font rentrer le pauvre Nicolas dans une colère noire...

Nicolas Ferry était-il atteint d'une très rare maladie génétique ?

Sa dernière année, Bébé semble subir les effets de la puberté tardive.

Il a 20 ans et il devient sénile, précocement.

Etrange !

Son teint s’est flétri, son nez aquilin a monstrueusement grossi, il s’est voûté.

Il est devenu « un vieil enfant », comme dit la princesse de Talmont.

Bébé finit par attraper un rhume et ne se lève plus. Il meurt au château de Lunéville le 8 juin 1764, à 22 ans, dans les bras de sa mère que Stanislas avait fait venir.

Nicolas souffrait-il de progéria ou syndrome de Hutchinson-Gilford, maladie génétique incurable et rarissime qui provoque un vieillissement accéléré et une mort prématurée vers la vingtaine ?...


Stanislas Leszczynski

Stanislas Leszczynski | ©Nationalmuseum / Public domain

On lui doit le mot bébé

Incroyable, mais vrai !

Nicolas est à l'origine de l'introduction du mot bébé dans la langue française, à la base surnom affectueux trouvé par Stanislas en 1747.

Ou l'a-t-il déniché, ce mot ? L'a-t-il inventé ? L'a-t-il adapté de l'anglais baby ? Mystère.

En tout cas, il s'agit de la plus ancienne attestation de ce mot qui, au XXe siècle, se met à désigner un enfant en bas âge.

Le jeu du Nain jaune

Certaines mauvaises langues ont surnommé Nicolas Ferry le nain jaune, en référence au conte cruel du XVIIe siècle, sorti de l'imagination de la baronne d’Aulnoy.

Ensuite apparaît le « jeu du nain Bébé », célèbre jeu de cartes re-baptisé sous la Révolution... le Nain Jaune !

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !