Nérac et le bel esprit de Marguerite de Navarre

De 1530 à 1549

MargueriteMarguerite | ©Public domain

En deux mots

Le château de Nérac a été la cour intellectuelle de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier et épouse d'Henri d'Albret. La grand-mère d’Henri IV !

Nérac, fief des d’Albret depuis le 11e siècle.

Tous les plus beaux esprits s'y sont réunis !... même des protestants persécutés viennent y trouver refuge.

Car Marguerite s’est convertie…

C'est à Nérac qu'elle écrit une partie de ses poèmes et ses contes, L'Heptaméron ou les Marguerites de la Marguerite.

Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre

Auteure

Née à Angoulême en 1492, « angoumoise, sentant l’eau douce de Charente », écrit-elle d’elle-même, cette grande femme de lettres auteure de nouvelles (L’Heptaméron) se montre résolument ouverte aux idées nouvelles.

Reine de Navarre

Veuve à 33 ans de Charles d’Alençon, elle se remarie deux ans plus tard, avec Henri d’Albret, 24 ans. Marguerite devenait reine de Navarre.

Elle part s’installer à Nérac vers 1530 et fait de sa cité, son château, une « auberge de la justice », un refuge ouvert à tous les persécutés.

La Réforme

Même si elle n’a jamais renoncé à sa foi catholique, par respect pour son frère, elle se rapproche des idées de la Réforme.

C’est à Nérac qu’elle fait souvent célébrer cette messe appelée messe « à sept points », qui disait entre :

  • qu’on n’adorerait pas l’hostie ;
  • qu’on ne commémorerait pas la Vierge, ni les saints ;
  • que les prêtres avaient le droit de se marier...

La cour de Marguerite à Nérac

Clément Marot

Le célèbre poète Clément Marot se réfugie à Nérac en 1535.

D’abord page puis secrétaire de Marguerite, il est bientôt accusé d’hérésie : il trouve refuge à Blois puis à Nérac, où il devient le valet de chambre de Marguerite.

Il écrira sur cet « exil plus doux que liberté », où il fait bon « ouir en grande oisiveté La Baïse chanter comme chansons d’abeille... »

Melanchton, Calvin et les autres

Bientôt, ce sont nombres de protestants qui débarquent à Nérac, havre de paix au milieu de la haine.

Le philosophe et réformateur protestant allemand Melanchton, à qui Marguerite sauve la vie, s’arrête à Nérac lors d’un voyage en Agenais.

Calvin lui-même cherchant un asile, obligé de quitter sa ville de Noyon en Picardie, à cause de ses idées, est invité par Marguerite toute l’année 1533.

L'écrivain humaniste Étienne Dolet, aussi, qui après avoir passé un temps à Nérac, se fait attraper par la Sorbonne et envoyer au bûcher.

La vie quotidienne à Nérac

La cour de Marguerite à Nérac compte « un chancelier, deux chambellans, dix maîtres d’hôtel, trois écuyers, trente-huit dames ou demoiselles, dix-sept secrétaires, quatre médecins, un chapelain, six aumôniers, vingt valets de chambre. »

Une centaine de domestiques, également, sans compter les étrangers de passage et les invités.

Après manger, on discute religion :

« On discutait quelques textes de l’Écriture sainte, par exemple ces paroles de Jésus-Christ : Si vous ne ressemblez aux petits enfants, vous n'entrerez jamais au royaume des cieux, et chacun se retirait émerveillé du savoir et de la bonne grâce de Marguerite. »

Puis on descend au parc vers la rivière, la Baïse. Une dame d’honneur se met à lire une nouvelle tirée de L’Heptaméron.

En fin d’après-midi, retour au château pour assister à une comédie, où il est souvent question de religion.

Marguerite écrit :

« Nous passons notre temps à faire mômeries et farces. »

Brantôme précise :

« Elle composait souvent des comédies et moralités qu’on appelait des pastorales, qu’elle faisait jouer et représenter par les filles de la cour. »

L’une d’elle, écrite à Nérac en 1535, s’appelle L’Inquisiteur. Et la journée était finie...

Les maltraitances du roi de Navarre

A Nérac, le roi de Navarre, son mari, la tourmente. Brantôme rapporte qu’il « la traitait très mal. »

Le roi François Ier doit intervenir pour rappeler à son beau-frère qu’il devait « honorer sa femme et sa sœur, et le rang qu’elle tenait. »

Un jour, un ministre protestant est occupé à faire le prêche dans la chambre de Marguerite, à Nérac, quand le toi déboule, en colère.

Marguerite a le temps de faire fuir le ministre par une porte dérobée.

Il ne la trouve qu’elle, la gifle, en sifflant : « Madame, vous voulez trop savoir. »

Jeanne d’Albret, leur fille, rapporte la scène en écrivant en 1555

« que le roi, mon très honoré père, alors que la reine faisant dans sa chambre prière avec les ministres Roussel et Farel, lui bailla un soufflet sur la joue dextre, et me tança de verges en défendant âprement de ne se mêler de doctrine. »

Conclusion

Marguerite se partage dans son royaume de Navarre et le Béarn entre Nérac, Pau (la capitale), Mont-de-Marsan ou encore Odos, où elle pousse son dernier souffle, en 1549.

Au château de Nérac pouvait arriver la nouvelle châtelaine, sa fille, Jeanne d’Albret…

La connaissez-vous ? C’est la mère du futur Henri IV !

Sources

  • Pierre Ducasse. Les rois de Navarre à Nérac. 1862.
  • Émile Doumergue. Jean Calvin : les hommes et les choses de son temps. 1910.
  • G. Bourgeon. La Réforme à Nérac : les origines. 1880.