Napoléon trace sa route en passant par Malijai

Du 4 au 5 mars 1815

Napoléon de retour d'ElbeNapoléon de retour d'Elbe | ©Internet Archive Book Images / Public domain

Napoléon Ier passe au château la nuit du 4 au 5 mars 1815...

Échappé de son exil de l'île d'Elbe, le Corse veut revenir sur le devant de la scène !

Débarqué à Golfe-Juan, il remonte par étapes vers Paris : Castellane, Digne, Malijai... c'est la mythique « Route Napoléon » !

Que s’est-il passé, pendant ce séjour à Malijai ?

Le contexte, avant l'arrivée à Malijai

Meurtrière campagne russe...

En 1814, la campagne meurtrière de Russie fait gronder l'Europe.

Aux premières victoires succèdent de lourdes défaites.

Alors, Prusse, Autriche et Angleterre se liguent pour envahir la France.

C’est là que Napoléon, retranché à Fontainebleau, tente de se suicider avant d'abdiquer et s’exiler à l’île d’Elbe, en Toscane.

Les Cent Jours

Sauf que Napoléon s’échappe de l’île d’Elbe ! À la reconquête du trône impérial !

Débarqué dans les Alpes-Maritimes le 1er mars 1815, il doit remonter le plus vite possible jusqu’à Paris, par étapes : Cannes, Grasse, Digne, Grenoble... en passant par Malijai !

C’est la période des Cent-Jours. Son but ? Regagner le pouvoir !

Chasser les Bourbons qui ont repris les rênes, flanquer dehors ce Louis XVIII, roi mollasson peu populaire....

Napoléon débarque à Malijai

Y a-t-il de la place ?

Le 4 mars 1815, Napoléon descend chez le maire de Malijai, et envoie un officier au château pour voir si l'on peut les loger, lui et sa suite.

L’officier y rencontre le domestique et lui demande « d’allumer du feu et d’éclairer l’escalier. »

Ça a l'air d'être bon !

Quelques minutes après, Napoléon débarque au château, monte l’escalier et demande à voir le propriétaire. Le marquis de Noguier est à la chasse !

Un château plein à craquer

Vous imaginez la tête de celui-ci, à son retour, qui tombe nez-à-nez avec l'empereur, dans son salon !

Un Napoléon qui ne se démonte pas, et lui demande qui il est, ce que faisait son père, s’il a des frères, etc. La causette, quoi !

Avant de finir par dire : « Excusez-moi, j’ai envahi votre château, mais il n’y avait pas d’autre local convenable pour me loger. Je vais vous donner bien de la besogne. »

Mais laissons la parole au docteur Revillet, avec son livre La faculté d'abstraction et de distraction de Napoléon Ier (1912), dont nous tirons les passages qui suivent.

« En effet, le château était rempli d'officiers et de valets de pied ; pour les coucher, les chambres et les corridors furent encombrés de couvertures et de matelas, et les bas offices de foin pour les valets. »

Une nuit froide et étoilée

« Les grenadiers de la garde bivouaquèrent dans la cour du château et sur la place du village. C'était une nuit de mars, froide et étoilée. Pour se réchauffer, ils allumèrent de grands feux, et tout ce qui restait de la provision de bois du marquis y passa. Après le souper, qui fut très frugal, l'empereur se mit au travail avec le général Bertrand. Il allait et venait, conversait et dictait, en marchant.  »

Un livre, et au lit !

« Vers 11 heures du soir, il se coucha, le général Bertrand lui fit la lecture à haute voix. Au bout d'une demi-heure, tout bruit cessa, l'empereur dormait. Le général Bertrand passa le reste de la nuit, assis dans un fauteuil, accoudé à la table de nuit, sur laquelle était posée une paire de pistolets. »

Après le départ de l’empereur, on trouve dans la chambre du château de Malijai le livre que Bertrand a lu à Napoléon : les Fables de La Fontaine !

Des étrennes et l'on s'en va

« Le lendemain malin, avant l'aube, l'empereur descendait dans la cour, s'excusait encore du dérangement qu'il avait causé, et faisait remettre 80 francs d'étrennes aux serviteurs du château. »

Conclusion ?

Cela sera rapide : le 10 mars, Napoléon débarque à Lyon. Le 20 mars, arrivée aux Tuileries.

C’est le second règne impérial !

Mais la défaite de Waterloo fait voler tous ses rêves en éclat...

Nouvelle abdication le 22 juin 1815, c’est la fin des Cent-Jours. Avec un exil définitif dans les brumes de Sainte-Hélène.

Source

  • L. Revillet. La faculté d'abstraction et de distraction de Napoléon Ier. 1912.