Mme de Maintenon commence sa vie en prison à Niort

Mme de MaintenonMme de Maintenon | ©Public domain

En prison à Niort

Le petit jour pâle commence à décliner, dehors.

Le vent souffle par bourrasques et une pluie glacée suinte à travers la meurtrière.

Nous sommes fin novembre 1635 : Niort est sous la grisaille, le donjon dans la torpeur la plus sinistre.

Et c'est à l'intérieur d'une geôle glacée qu'une petite fille va pousser son premier cri.

Elle s'appelle Françoise. Françoise d'Aubigné, petite-fille du poète guerrier Agrippa d'Aubigné : la future Mme de Maintenon !

Le futur béguin de Louis XIV, qui commence sa vie sous les verrous ?! Hé oui... merci papa !

Constant d'Aubigné, le père, a été emprisonné pour dettes.

Sa femme n'a pas voulu le laisser et s'est faite enfermer avec lui.

Et puis, la famille est protestante : Françoise sera baptisée par un prêtre catholique, avec pour parrain le gouverneur de la ville, le duc de La Rochefoucauld...

François ! D'où le prénom de la petite.

Françoise a du répondant

Vous parlez d'un début dans la vie ! La sœur de son pauvre père, Louise d'Aubigné, vient souvent les voir en prison.

Choquée, elle voit l'état de fatigue du père... de la mère, n'en parlons pas : elle ne peut même pas nourrir son enfant !

Louise décide de prendre Françoise sous son aile, le temps qu'elle passe ses premiers mois...

Oui : la petite Françoise passe ses premières années au donjon.

Pour meubler les journées interminables, elle peut compter sur une amie, la fille du concierge.

Mais un jour, on raconte que celle-ci lui reproche de ne pas être aussi riche qu'elle.

Françoise lui répond : « Oui, c'est vrai, mais moi au moins, je suis une demoiselle » !

De Charente en Martinique

Françoise quitte Niort et son donjon en 1639, à la libération de son père. Finis, les ennuis ?

Non : papa d'Aubigné refuse de renier sa foi. Du coup, il doit fuir en Martinique.

Ce n'est pas demain la veille que l'on reverra la Charente !

Françoise tombe gravement malade pendant la traversée.

À telle point qu'on la déclare morte... Mais au moment de jeter son corps à la mer, un hoquet la secoue : elle revit !

Quand, une fois devenue Mme de Maintenon, elle racontera son aventure des années après à Versailles, on lui dira : « Madame, on ne revient pas de là pour rien... »

Sources

  • Jules Dubern. Histoire des reines et régentes de France et des favorites des rois. 1837.
  • M. Craufurd. Notices sur Mesdames de La Vallière, de Montespan, de Fontanges et de Maintenon. 1818.
  • Théophile Lavallée. La famille d'Aubigné et l'enfance de Mme de Maintenon. 1863.
  • Capefigue. Mlle de La Vallière et les favorites des trois âges de Louis XIV. 1859.