Louis XIII

Louis, place des VosgesLouis, place des Vosges | ©Reinhardhauke / CC-BY-SA

Louis XIII (1610-1643), le roi timide : anecdotes, légendes, mystères et vie quotidienne, entre plaisirs de la table, hygiène et favorites... Aujourd'hui, c'est Jean Héroard, le médecin de Louis, qui répond à nos questions !

SOMMAIRE

1 - Petit aperçu de la vie de Louis

2 - Le château de Versailles : la genèse !

3 - Louis et ces dames

4 - Mode et hygiène au 17e siècle

5 - A table !


Petit aperçu de la vie de Louis

Anecdotrip : Déjà, pourquoi ce surnom du Juste ?

Jean Héroard : On surnomme Louis le Juste parce qu'il est né sous le signe de la Balance ! D'ailleurs, j'écris très précisément dans mon Journal : « Il est né le 27 septembre 1601, 14 heures dans la nouvelle lune, à 10 heures et demie et demi quart ».

Et vous savez quoi ? Le cardinal de Richelieu avait peur qu'on le surnomme Louis le Bègue, à cause de son bégaiement... heureusement, on en fut quitte pour Louis le Juste !

Alors, le petit Louis ? Comment se passe sa jeunesse ?

Louis naît au château de Fontainebleau le 27 septembre 1601, c'est le fils d'Henri IV et de Marie de Médicis. Son père s'occupe beaucoup de son éducation, même si le petit Louis reconnaît avoir été fouetté assez souvent !

Il a pour son père une profonde affection ; amour réciproque, car le Vert Galant autorise son fils à l'appeler « papa »... l'étiquette voulant qu'on appelle son père « monsieur », à l'époque ! Mais c'est une autre histoire avec sa mère : celle-ci n'aime pas le petit Louis, lui préférant son frère Gaston.

L'enfance du roi se passe donc, triste et solitaire. Louis passe beaucoup de temps seul, à étudier. Ses compagnons ? Ses chiens. Il en a beaucoup, beaucoup ! Charbon, un petit lévrier tout noir, Isabelle, une petite chienne.

En 1606, le prince de Galles lui offre une « meute de petits chiens ». La même année, le roi lui offre Lion, un barbet qu'il attelle avec le vieux Pataut (le chien de sa gouvernante) à un carrosse miniature. Sans compter deux chiens errants, deux barbets, deux chiens d'Artois, un épagneul...

En plus, la ménagerie de Louis compte un lapin, des singes, un caméléon, une chèvre, un mulet. Plus vieux, Louis se passionne pour les oiseaux. Il nomme son ami Albert de Luynes, qui dresse très bien les oiseaux, maître de la volerie du cabinet (titre bizarre inventé exprès pour lui !) puis grand fauconnier.

Louis fait aussi aménager plusieurs volières aux Tuileries, le long des quais. Il en possède une autre à Fontainebleau, celle de son père, en fait : elle compte autruches, aigles, paons et hérons !

 

C'est vrai que vous avez tenu un journal de bord sur le jeune roi, jusqu’à ses 25 ans ! Une mine de renseignements sur sa santé, son éducation...

Ah, ça... On connaît tous les détails de sa vie privée, comme ça ! Voilà par exemple ce que je prévois comme programme pour le jeune roi de 9 ans :

à 7 h : lever

de 7 h à 9 h : étude

de 9 h à 11 h : étude et récréation

11 h : dîner

midi à 1 h : récréation

de 1 h à 3 h : étude

de 3 h à 6 h : récréation

à 6 h : souper

à 9 h : coucher

Ah, oui, c'est sûr, il passe sa vie à étudier ! Et sinon ?

Sinon, peu d'occupations. Enfin, si, entre autres choses pas vraiment ragoûtantes, le dauphin a droit à la cérémonie du « toucher royal »... qui a dû considérablement le marquer !

Ah ! C'est quoi, cette cérémonie, au fait ?

Depuis le Moyen-Age, on pense que les rois, sorte de représentants de Dieu sur terre, ont le pouvoir de guérir les « écrouelles », sorte de maladie tuberculeuse provoquant des ganglions purulents autour du cou... maladie qu'on appelle alors « scrofule ».

Et oui ! Parce que depuis longtemps, on dit : « le roi te touche, Dieu te guérit ». Argh ! A peine âgé de 10 ans, on fait toucher au petit Louis 800 scrofuleux !... Dégoûté, le pauvre, mais bien forcé de le faire par sa mère...

En avril 1611, on compte 660 scrofuleux, 1 100 en mai... Une vraie cérémonie qui dure 3 heures environ, où le jeune dauphin manque à chaque instant de se trouver mal !

Et la reine, pendant ce temps ?

Louis a 9 ans lorsque son père meurt sous les coups de Ravaillac.

Le jour même du drame, il s'écrit : « Ah ! Si seulement j'avais été là avec mon épée... » Et voilà le petit dauphin seul avec une mère qui ne l'aime pas et pire, l'ignore ! C'est à partir de ce moment qu'il se met à bégayer et devient de plus en plus timide et solitaire.

Très vite, apparemment, Louis s'entoure de favoris : le fils naturel d'Henri IV, César de Vendôme, son gouverneur, monsieur de Souvray, puis Albert de Luynes (son préféré). Peut-être pour combler l’absence de son père ?

En tout cas, depuis la mort d'Henri IV, Marie de Médicis est devenue régente, et ne se soucie pas du tout du futur roi ! Marie n'est pas vraiment belle ; on la décrit comme grosse, les yeux ronds et fixes. Elle aime l'intrigue et les complots, elle n'est pas gaie, et ne brille pas vraiment par son intelligence ! On la dit superstitieuse, altière, crédule.

Qu'est-ce qu'elle veut, finalement ?

Ce que veut la reine ? Le pouvoir !! Hum, je m'emballe... Elle veut un petit rapprochement avec l'Espagne catholique, par exemple ? Pour ça, elle impose à son fils le mariage avec l'infante d'Espagne, Anne d'Autriche, en 1615.

Anne que Louis n'aimera jamais... et qui le lui rendra bien ! Depuis la mort d'Henri, Marie assure la régence, laissant le jeune Louis à l'écart, le méprisant même.

Pour ne rien arranger, elle s'entoure d'un séduisant aventurier italien, Concino Concini, un Florentin qui l'avait accompagné en France lors de son mariage avec Henri IV, en 1600. Ce monsieur ? Oh, juste son favori, tout comme sa femme Léonora Dori, dite Galigai. Concini fait une brillante carrière après la mort d'Henri.

D'abord confident de la reine, il devient premier maître d'hôtel puis conseiller d'Etat aux finances. Le summum, on le nomme maréchal d'Ancre (du nom de la terre qu'il vient d’acheter en Picardie) ! Médicis, Concini, Galigai... un vrai ménage à trois !

Vient ensuite l'accession au trône : enfin !

Oui, mais avant tout commencent les Etats Généraux, qui se tiennent en 1614. Les Etats ? On voudrait enlever les pensions onéreuses qu'on donne aux nobles et qui coûtent très cher à l'Etat. Belle initiative mais... Finalement, rien ne sera fait et pire, le pouvoir royal se retrouve renforcé...

Bon, au moins, ces Etats font briller le jeune évêque de Luçon, excellent orateur : Armand du Plessis de Richelieu. C'est que le futur cardinal séduit les foules ! A tel point qu'Anne d'Autriche en fait son grand aumônier, en 1615. Un an plus tard, le voilà conseiller d'Etat. Son ascension ne fait que commencer !

Mais, minute ! En 1617, le jeune dauphin devient le roi Louis 13e du nom : il a alors 16 ans ! Oui, mais voilà : le trio tout puissant composé de sa mère et des deux Italiens commence à agacer certains... surtout Albert de Luynes, fidèle favori de Louis depuis qu'il est petit. Selon lui, Marie et son Concini complotent sans arrêt !

Il propose une solution radicale : le guet-apens, suivi de la mort du maréchal. Le baron de Vitry se charge de la tâche. Le 24 avril 1617, à 10 h du matin, alors que l'Italien se rend au Louvre, 5 coups de pistolet le fauche : Louis, à la fenêtre, s'écrie aussitôt : « Merci, merci ! Maintenant, je suis roi ! » Luynes recevra le bâton de maréchal et la fortune de Concini...

Maintenant, le roi peut éloigner sa mère de la Cour et chasser Richelieu, alors secrétaire des affaires étrangères. Marie prend la direction de Blois, Richelieu à ses basques, avant que celui-ci ne décide de se retirer dans son prieuré de Coussay.

Pendant ce temps, le roi gouverne avec le maréchal de Luynes à ses côtés, sans se douter de ce qui se trame derrière leur dos... Car la nuit du 22 février 1619, Marie s'échappe du château de Blois par des échelles de corde. Plutôt cocasse, l'évasion ! Il faut voir la reine, paralysée par la peur, immobile sur le rebord de la fenêtre !

Elle ne veut pas descendre, crie très fort, tape du pied... chuut, elle va finir par attirer les gardes ! Elle finit par descendre et par se laisser rouler en bas de la pente...En attendant, Richelieu demande à Louis de se réconcilier avec sa mère. Sinon, c'est la guerre civile ! Louis ne veut rien savoir.

Aah, et bien voilà la reine qui prend les armes... pour être battue aux Ponts-de-Cé en 1620. C'est à Poitiers, finalement que mère et fils se retrouvent. « Mon fils, que vous avez grandi ! dit Marie. « Ma mère, si j'ai grandi, répond Louis, c'est pour votre service. »

Ah, Richelieu... Il prend une place de plus en plus importante auprès du roi !

Mhh, non c'est encore Marie qui impose au roi la présence de Richelieu, en 1624 ! Armand (cardinal depuis 1622) est nommé au conseil royal. Et voilà ce qu'il veut : une France et un roi tout puissant.

D'abord, il faut détruire la Rochelle, qui après l'édit de Nantes, est devenu le plus grand repaire protestant de France, les Rochelais se faisant aider des Anglais... Le siège débute en 1627. Le roi sort vainqueur du combat, et voilà la signature de l'édit d'Alès, en 1629, qui ordonne la démolition des places-fortes protestantes.

Mais les complots commencent : Chalais, Montmorency-Bouteville... Marie de Médicis n'est pas en reste côté complot : Louis l'exile de nouveau en 1631 : il ne le reverra jamais. Louis, qui se méfiait au début de l'ancien allié de sa mère, s'en remet ensuite à lui.

Bon, et le roi, dans tout ça ? A quoi ressemble l'homme ? Son caractère ?

Sombre et solitaire, terriblement timide, c'est un homme bien (trop ?) chaste. De taille moyenne, il est le premier depuis bien longtemps à porter une longue perruque mais aussi une moustache et une petite barbe taillée en pointe, la « royale ».

D'ailleurs un de ses passe-temps favoris consiste à s'improviser barbier et à raser ses officiers, en leur laissant au menton cette petite barbe... et qui donne naissance à une chanson : « Hélas ! Ma pauvre barbe, qu'est-ce qui t'a faite ainsi ? C'est le grand roi Louis, Treizième de ce nom Qui a ébarbé toute sa maison. »

Louis adore la chasse, mais il aime aussi, dit Tallemant des Réaux, « faire des canons de cuir, des lacets, des filets, des arquebuses, de la monnaie. » Il dit aussi : « Il était bon confiturier, bon jardinier ; il fit venir des pois verts, qu'il envoya vendre au marché. » Tallemant ajoute :

« Le roi ne manquait pas d'esprit ; mais comme j'ai remarqué, son esprit tournait du côté de la médisance ; il avait de la difficulté à parler et, étant timide, cela faisait qu'il agissait encore moins par lui-même. Il était bien fait, dansait assez bien en ballet mais il ne faisait jamais que des personnages ridicules. Il était bien à cheval et mettait bien une armée en bataille. »


Louis adore la chasse : un Flamand venu à la Cour présente pour la première fois deux cormorans dressés pour la pêche du poisson ! Louis, baba du spectacle, veut après ça avoir des cormorans dans ses volières !

Parlons de la fin du roi...

Oui, et parlons aussi de son fils, le futur Louis XIV : il faudra 23 ans pour qu'Anne d'Autriche donne naissance au petit Louis-Dieudonné (ah, un nom bien trouvé) ! Il faut dire que les relations entre Louis et sa femme ont toujours été plutôt... froides et inexistantes. D'où les rumeurs qui font passer plusieurs hommes pour le véritable père du roi Soleil ! Parmi eux Richelieu (peu probable, allons, regardez bien le cardinal...), Mazarin (absent au moment des faits), le beau comte de Buckingam (mort depuis 10 ans, dommage !)...

Bref ! Quelques semaines après la mort de Richelieu, Louis tombe malade : pendant 6 semaines, le voilà qui souffre d'horribles maux de ventre. Il finit par rendre l'âme le 14 mai 1643, à l'âge de 41 ans : mais alors, de quoi est-il mort ? Je me demande bien... Est-ce de la maladie de Crohn, ou bien du rude traitement de son médecin, Charles Bouvard, qui lui fait, écoutez bien... 47 saignées, 121 lavements et 215 purgations en un an ! Mystère... même pour un médecin comme moi !

Dites-nous ce qu'il faut retenir des grandes fondations du règne de Louis le Juste...

Ah, et bien, d'abord peut-être, la fondation de l'Imprimerie Royale : Louis, après son ordonnance de février 1620, fait installer au palais du Louvre un atelier de typographe, qu'il nomme Imprimerie royale. Les imprimeurs Nurel et Mettayer se chargent de faire imprimer les édits et autres déclarations royales. Les imprimeurs du roi se retrouvent ainsi promus officier du roi !

Le grand patron de cette imprimerie est le surintendant et ordonnateur général des manufactures et bâtiments royaux, Sublet-Desnoyers. Le directeur s’appelle Sébastien Cramoisy, Tanneguy Lefèvre, inspecteur des impressions et Trichet de Fresne, correcteur.Quelques temps plus tard, en plus des documents royaux, on commence à imprimer des écrits de poètes, de philosophes...

Par exemple, une Bible et des écrits de Virgile et d'Horace. Et vous savez quoi ? Les caractères qu'on utilise sous le règne de Louis XIII viennent du célèbre imprimeur de François Ier, Claude Garamond, dont l'Imprimerie Royale rachète les matrices : ils s'appellent les « Grecs du roi » !

Ces caractères sont tellement célèbres partout en Europe que même les Anglais, à Cambridge, en demanderont une copie à Louis XIV ! Oui, mais à condition que ces môssieurs mentionnent sur chaque livre imprimé : « faits avec des caractères venus de Paris »... Ce à quoi les Anglais refusent ! Ensuite, on a la création de l'Académie française, en 1640, par le cardinal de Richelieu.

Et puis, enfin, la création des mousquetaires : vous savez, « un pour tous, tous pour un » ! Les mousquetaires apparaissent en même temps que les mousquets. Déjà, Henri IV avait créé en 1600 une compagnie de « carabins », gentilshommes armés de carabines.

On compte 100 mousquetaires lors de la création du corps, avec pour capitaine le capitaine de Troisville, que Dumas a transformé en Tréville dans son roman Les Trois Mousquetaires. Et vous savez, on dit que les mousquetaires et les gardes de Richelieu s'entendent très mal ! Ils passent leur temps à se provoquer en duel et les gardes du cardinal sont loin d'être bons... ce qui fait sourire le roi !


Le château de Versailles : la genèse !

Versailles, c'est avant tout le château de Louis XIII...

Et oui ! On oublie un peu trop souvent le Versailles de Louis XIII, éclipsé par celui de son fiston, le roi Soleil. Plus fastueux, plus beau, plus grand, oui, mais qui ne serait rien sans ce petit pavillon de chasse dont voici l'histoire... Nous voilà par un soir de 1623.

Une silhouette à cheval, sombre sur le ciel tourmenté, galope avec à sa suite quelques cavaliers : c'est le roi Louis XIII, qui après plusieurs heures de chasse endiablée, a bien fini par se perdre à la poursuite de ce maudit cerf qui finalement leur a échappé. La nuit tombe, l'orage menace. Les montures piaffent, le vent se lève et une pluie battante commence à tomber. Pas le choix ! Louis et ses compagnons passeront la nuit dans ce vieux moulin.

Brrr, difficile de s'imaginer Versailles, à l'époque ! C'est un vrai terrain marécageux, broussailleux, isolé de tout. On trouve mention du fief dès le 11e siècle ; la terre passe ensuite à plusieurs propriétaires, dont les Gondi.

On y trouve un château en ruine, une église, quelques maisons et une auberge : Versailles s'appelle alors le val de Galie, avec au nord, le bassin de la Seine et au sud, celui de la Bièvre. Pourtant, le caractère isolé et triste de l'endroit plaît au roi. Un Louis mélancolique de nature, solitaire, qui décide d'y revenir un jour construire son château !

L'affaire se conclue un an plus tard, en 1624 : il acquiert d'abord le fief de Jean de Soisy, où se trouvent le moulin et en 1632 le grand domaine de Jean-François de Gondi, archevêque de Paris. Le mythique domaine de Versailles peut maintenant sortir de terre ! Louis fait construire le château sur le moulin par son architecte Le Mercier, et fait aménager un petit parc à l'intérieur du bois.

Un des bosquets percé en 1638 s’appelait bosquet du Dauphin, en l'honneur de la naissance du futur Louis XIV ! Bon, au début, la demeure royale (qui ne compte alors « que » 26 pièces) ne fait pas vraiment l'unanimité ! Saint-Simon dit qu'il ressemble à un « château de cartes » ; Bassompierre ajoute que « nul gentilhomme n'aurait pu tirer vanité » de ce « chétif château de Versailles ».

Oula, du calme ! Il ressemble à quoi, ce château, au fait ? Laissons Blondel le décrire :

Les années qui suivent, Louis fait aménager un potager, une ménagerie ainsi qu'un parc plus grand. Il demande aussi à l'ingénieur Pierre Francine d'amener de l'eau dans son domaine.


Louis et ces dames

Aah, vaste sujet ! Que pouvez-vous nous dire ?

C'est que Louis est très pudique ! Ce qu'il déteste le plus ? Les poitrines opulentes (et très découvertes) des dames de la Cour. Tenez, une anecdote rapporte qu'une demoiselle se présente à un dîner avec un décolleté veeertigineux ! Elle se retrouve placée en face du roi. Pendant tout le repas, Louis garde son chapeau vissé sur la tête, les bords sur les yeux pour ne plus voir la dame.

A la fin du dîner, il se lève et jette la moitié de son verre sur la poitrine de la dame : sa gorge méritait bien cette gorgée, dira-t-il plus tard ! Oui, on le sait, Louis, très religieux, n'aime pas la compagnie des femmes. Encore moins celle de la sienne, Anne ! Il les évite soigneusement, préférant s'entourer de beaux jeunes hommes : oui, car si les règnes de Louis XIV et XV seront celui des favorites, pour Louis XIII, les favoris sont à l'honneur !

Le duc de Luynes, bien sûr, mais aussi le marquis de Toiras, le marquis de Cinq-Mars, le duc de Saint-Simon, François de Baradas... Pleins de petits nobles et de cadets font ainsi leur apparition à la Cour. Mais le vent tourne, parfois ! Le comte de Chalais et Cinq-Mars trouveront la mort sur l'échafaud, pour avoir comploté contre leur roi. Comme quoi... Pourtant, Louis aimera deux fois, deux belles jeunes femmes. Un amour platonique, oui ! Mais, bon.

La première s'appelle Marie de Hautefort ; c'est la dame d'honneur d'Anne d'Autriche. Vous savez quoi ? Louis la trouve un jour avec un billet dans la main. Il lui demande de lui donner... Non ! Elle refuse : s'il veut le papier, qu'il vienne le chercher ! Et la dame cache le papier dans son décolleté ! Louis, rouge comme une pivoine, préfère prendre une pince pour retirer le billet...

Puis, il tombe amoureux d'une autre dame d'honneur, Louise-Angélique de La Fayette, aussi brune que Marie est blonde. Il s'aime pendant deux ans et le roi, ne tenant plus, lui demande de venir vivre près d'elle à Versailles. La démarche fait peur à la jeune fille, qui rentre aussitôt au couvent...


Mode et hygiène au 17e siècle

Parlons un peu de l'art de vivre sous Louis XIII : la mode, par exemple !

Louis et la reine sont habillés très sobrement et essaient de donner l'exemple. On dit à l'époque que les dames de Paris font plus de dépenses pour leurs toilettes que la reine... Le roi tente de calmer cette folie du luxe avec un édit somptuaire en 1633... Il interdit à tous les gens de la Cour de « porter sur leur chemise, manchettes, coiffe et sur autre linge, aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, dentelles, tant de dedans que dehors le royaume. »

Mais dites, docteur, c'est si grave que ça ? Plutôt, oui ! Les gens s'endettent littéralement pour s'habiller ! On change tous les jours de vêtements ; les cols en dentelle valent une fortune et sont changés plusieurs fois par jour ; on porte des gants luxueux, beaucoup de rubans... Hommes et femmes se couvrent de dentelle de la tête au pied, fraises, collerettes, manchettes...

Les femmes ne sont pas en reste ! Elles portent manchons et petits chiens, mais aussi l' « apprétador », chaîne de diamants ou de perles dans les cheveux... l'actuel serre-tête, tout bêtement ! Bref, les courtisans du roi « sont fondus de luxe », comme il le dit si bien : Cinq-Mars, lui a 300 paires de bottes !

Et bien sûr, on porte la perruque : elle redevient à la mode vers 1620 car le roi est atteint de calvitie très jeune. Mais on portait déjà une perruque sous Louis XI, la « perruque feinte », et bien avant d'ailleurs... Louis XIII met à la mode les cheveux longs, alors on l'imite ! Certains se font une coiffure « à la comète », sorte de petite queue flottant sur une des deux épaules. Le seigneur de Cadenet, frère d'Albert de Luynes, se fait une longue mèche tressée et nouée d'un ruban qu'on appelle « cadenette ».

Pour ces dames, ou use (et abuse) de cosmétiques : pour les visages les plus rouges, on applique du blanc d'Espagne (la céruse). Pour les plus pâles, du fard rouge. Anne d'Autriche rapporte d'Espagne la pâte d'amande et la crème parfumée au cacao ou à la vanille pour se blanchir les mains et les épaules. Certaines s'appliquent la nuit des tranches de lard sur le visage pour avoir meilleur teint !

Et les parfums, et l’hygiène ?

Aah, vaste sujet... Le règne de Louis XIII n'est pas réputé pour sa grande gastronomie. Pourtant, la frangipane est inventée par un certain marquis italien, Frangipani... si cette crème d'amande pillée ne sert pas encore à faire des gâteaux, on l'utilise pour en faire un parfum qui sert à imprégner les gants en peaux, qui sentent très fort... Ces gants parfumés s'appellent « gants à la frangipane » ! En ce qui concerne les parfums, on se prend de passions pour les fleurs et les plantes. A l'époque, on aime les parfums très concentrés, très forts !

On se parfume aussi beaucoup avec de l' « eau d'ange » : un parfum italien ramené par les Médicis et dont la cour de Louis XIII raffole, composé d'épices, de musc, d'ambre et de rose. Il faut dire qu'on ne se lave plus beaucoup... A la Renaissance, et même au Moyen-Age (où on n'était pas si sale que ça, en fait, quoi qu'en disent les mauvaises langues !), on prend des bains : mais au XVIIe s, fini ! C'est le temps de la « toilette sèche ».

Mais, qu'est-ce que c'est que ça, encore ?!

Les médecins jugent l'eau dangereuse pour la santé, car elle dilate les pores de la peau et les maladies peuvent s'y infiltrer... En plus, les bains sont tout ce qu'il y a de plus sensuels, donc fortement réprimandés par la Religion...

Alors, comment se « lave » t-on ? Et bien, on utilise toute sorte de pâtes, d'onguents, de crèmes et de poudres qu'on applique sur de petits carrés de tissus et dont on se frictionne. Mhh ! Effectivement, ça devait plutôt bien laver, ce bazar... Hum ! Vous comprenez l'utilité des parfums à l'odeur très forte !

En plus de ces tissus imprégnés, on utilise des petits sachets de plantes qu'on met dans les vêtements (oui, comme le sachet de lavande que vous mettez dans vos armoires...) et des poudres parfumées dans les cheveux. Le tout étant de camoufler les mauvaises odeurs, dues à cette hygiène corporelle des plus déplorables !

Tenez, Louis, par contre, aime prendre des bains. Je l'ai obligé à en prendre très tôt, en lui mettant des bateaux dans l'eau ou en éparpillant des pétales de fleurs dans sa baignoire... Et il n'a pas trouvé ça désagréable ! Plus tard, il se fera construire au Louvre un cabinet de bains entièrement doré ! A Versailles aussi...


A table !

Aah, au XVIIe s, ce sont les tous débuts de la gastronomie. Louis cultive des légumes, en particulier des petits pois, grande nouveauté. Mais surtout, il cuisine lui-même ! Avec l'aide de son maître-queux, il prépare les plats de viande, dresse les assiettes, confectionne des confitures, des beignets et des tartes. Mais bon, n'allez pas croire non plus que Louis se passe des services de vrais cuisiniers ! Hé, on est roi, tout de même !

Il fait seulement ça en tant que « hobby », comme vous dites aujourd'hui ! On appelle à l'époque ces cuisiniers des « écuyers de cuisine ». Après la Renaissance qui a vu l'émergence d'une cuisine raffinée et d'un savoir-vivre tout droit venu d'Italie, les cuisiniers décident de faire « à leur sauce », voulant se démarquer et créer une cuisine bien française. Et revoilà une quantité phénoménale de plats, très riches en calories, pas vraiment recherchés et savoureux...

Un repas se compose d’environ 5 services, avec chacun plusieurs potages, entrées, charcuteries, plats de viandes... On mange, on mange, mais on gâche beaucoup, aussi, malheureusement : ce qui décide Louis de faire appliquer un édit en 1629, qui interdit de servir plus de 3 services, quel que soit le rang social de la personne. Il était temps ! C'est que notre Louis a un bon coup de fourchette : il dévore, adorant toutes les viandes en sauce et les pâtisseries les plus savoureuses (et souvent les plus grasses).

On mange toujours de la volaille, du gibier, des venaisons, mais on mange aussi du cygne. Côté poissons, qu'on aime beaucoup au XVIIe s, on mange du poisson de rivière et du saumon, de la sole, du bar et plus bizarre, de la baleine ! On aime aussi les huîtres, qu'on ne cultive pas encore en parc mais qui sont sauvages, et aussi les crevettes et les moules.