L'horrible maladie responsable de la mort de Louis XIII au château de Saint-Germain-en-Laye

La mort de Louis XIII (Jean François de Troy, 1731)La mort de Louis XIII (Jean François de Troy, 1731) | ©the lost gallery / CC-BY

Vous savez peut-être que Louis XIII est mort le 14 mai 1643, à 42 ans ?

Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'il est mort au château de Saint-Germain-en-Laye, et que ses dernières semaines ont été absolument terribles...

Coïncidence !

Louis XIII meurt le 14 mai 1643, à l'âge de 42 ans.

Soit 33 ans, jour pour jour, après son paternel, Henri IV, assassiné dans une rue de Paris par Ravaillac.

Mieux que ça... ils meurent à une heure d’écart !

Dialogue avec le futur Louis XIV

3 semaines avant de rendre l’âme, Louis XIII demande à voir son fils, le dauphin.

Il s'agit du futur Louis XIV, 5 ans, que l’on venait de faire baptiser dans la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye (vous vous souvenez ? Le petit Louis naît là).

« – Comment vous appelez-vous, à présent ? » murmure le roi.

« – Je m’appelle Louis XIV, mon papa ! » glapit le petiot.

Louis sourit :

« – Pas encore, pas encore... »

La mort de Louis XIIILa mort de Louis XIII | ©Rijksmuseum / CC0

Les antécédents ? Vin et victuailles... et problèmes gastriques !

Louis commence par souffrir de diarrhées et de fièvre, tout le temps, par crises, dès 1627 (il a 26 ans).

Même pendant des sièges, c’est embêtant.

Jusqu’à la dernière maladie, qui commence en février 1643...

Que dit Augustin Cabanès, dans son livre Morts mystérieuses de l’Histoire ?

Que Louis XIII, entraîné par son bon vivant de père Henri IV, a un gros penchant pour le vin.

Autant dire que cela avait inquiété son médecin, Héroard, qui voit le paternel verser sans arrêt du vin à table à son fils.

Viennent bientôt des problèmes gastriques. Occasionnels, puis constants.

Ajoutez à cela une passion pour la nourriture, surtout « les fritures, les ragoûts, les viandes salées, les sauces, les gâteaux et pâtisseries où il entre beaucoup de sucre. »

Alors, ce diagnostic ?

D'autres évoquent des problèmes intestinaux, avec abcès du poumon. Tuberculose ? Presque !

Entérite tuberculeuse, dit Cabanès, suivie d'une péritonite aiguë par perforation.

Jean-Christian Petitfils, dans son livre Louis XIII (2008), dit que c’est une maladie du tube digestif avec atteintes à la partie basse du côlon (rectum).

Diagnostic, donc ? Entérocolite inflammatoire chronique causée par la tuberculose... à moins que ce ne soit la maladie de Crohn.

Aujourd’hui, les historiens se sont mis d’accord sur le mal qui a emporté Louis XIII : la maladie de Crohn, mal inflammatoire chronique du système digestif avec crises et rémissions.

Le tout avec diarrhées, perte de poids, abcès souvent mal placés... tout cela, Louis en a souffert.

Les traitements de cheval de Bouvard

Dans l’année qui a précédé sa mort, Louis a souffert le martyr, à causes des traitements administrés.

Son médecin attitré, Bouvard, lui prescrit : 212 lavements, 215 médecines, 47 saignées.

Gros CV que celui de Bouvard, docteur de Louis XIII : professeur à la faculté de médecine de Paris en 1605, premier médecin du roi en 1628, surintendant du « jardin royal des plantes médicinales » (actuel Jardin des Plantes).

Hé bien, Bouvard l’a bien, bien épuisé... heu, soigné, Louis XIII !

Et pour couronner le tout, les médecins lui mettent... des vessies de porc pleines de lait brûlant sur le ventre.

Louis XIII sur son lit de mortLouis XIII sur son lit de mort | ©Rijksmuseum / CC0

Urinal et matelas percé

Le livre La mort de Louis XIII (Paul Guillon, 1897) mentionne l’utilisation de l’urinal par Louis : avec ça, les malades alités peuvent facilement uriner :

« Il demanda à faire de l’eau (uriner, ndlr). On lui en fit faire dans certain verre fait exprès, qui est un peu gros et comme une bouteille plate par en bas, un col un peu gros et large, de sorte que l’on peut faire de l’eau sans se hausser ni se remuer. Ce fut le roi lui-même qui s’avisa de cette commodité. »

Guillon sous-entend que Louis XIII serait l’inventeur de l’urinal, encore utilisé aujourd'hui ! Ce n'est pas tout.

Le pauvre Louis a le droit à un lit aménagé avec une bassine, sous lui.

Pour cela, on va jusqu’à faire « un trou au premier des matelas de la grandeur des bassines avec un bourrelet fort large. »

Vers et cauchemar

Les derniers mois de Louis sont un cauchemar sans nom. Les douleurs ne le lâchent plus.

Il se vide par tous les côtés, vomit, évacue des glaires sanglantes et nauséabondes. À tel point que l’on doit ouvrir toutes les fenêtres.

Il ne peut plus manger, est anémié, mais les médecins le saignent et lui font de nombreux lavements inutiles !

Vient le pire : des vers. Des ascaris colonisent le roi.

Une femelle de près de 25 cm, ainsi que beaucoup de petits, qu’il évacue par le bas, tandis que d’autres « gros lombrics » ressortent par la bouche.

Le roi-squelette

Il fait peur, Louis XIII, aux portes de la mort.

Louis de Pontis décrit la scène où le roi lui montre son bras décharné, en grognant : « Tiens, vois cette main, regarde ce bras, voilà quels sont les bras du roi de France. »

« Je vis en effet, avec une angoisse et un serrement de cœur que je ne puis exprimer, que c’était comme un squelette qui avait la peau collée sur les os, et qui était tout couvert de grandes taches blanches. »

Le testament... cassé

Louis écrit son testament, qui limite le pouvoir de son épouse, Anne d’Autriche. On savait qu’ils ne pouvaient plus se voir...

Sauf qu’une fois Louis mort, Anne s’assoit sur ledit testament et le fait casser !

Elle sera régente en attendant que le petit Louis XIV ne grandisse.

Les bras de saint Vincent de Paul

C’est dans les bras de ce célèbre prêtre français que Louis meurt...

Le livre Vie de Saint Vincent de Paul (Louis Abelly, 1836) explique que la croix avec laquelle il donne l’extrême-onction au roi, se trouve aujourd’hui dans les mains de son gisant en cire, dans la chapelle qui porte son nom, rue de Sèvres à Paris !

À Saint-Denis, pas de chichis !

Louis demande à être enterré rapidement et sans chichis : « Il ne voulait aucune des cérémonies qui se font à la mort des rois, à cause de l’excessive dépense que l’on ne peut éviter. »

On enterre Louis dans la célèbre nécropole royale de Saint-Denis : son tombeau se fait saccager, à la Révolution.

Les sans-culottes y trouvent un corps abîmé, mais parfaitement reconnaissable à sa belle moustache noire, intacte !

Le Masque de fer lié à la mort de Louis XIII ?

L’autopsie de Louis fait mention d’intestins boursouflés et blafards nageant dans du pus, le foie « comme ayant été bouilli », l’estomac rempli de vers...

Plus une petite particularité : le docteur Gondinet, qui assiste à l’examen, note que Louis XIII aurait eu un problème... à ses parties intimes, le rendant complètement incapable de procréer.

On savait Louis XIII peu porté sur la chose, mais alors là... LE CHOC !

Cela implique, devinez quoi... que Louis XIV ne serait pas son fils ! Anne d’Autriche aurait fauté...

Le médecin note le détail anatomique dans son calepin. Cela aurait pu passer à la trappe... mais non !

À la mort de Gondinet, son gendre, un certain La Morélie, découvre cette note.

On en informe Louis XIV : évidemment, il ne veut pas que l’on apprenne sa bâtardise, qui remettait en cause sa légitimité sur le trône.

Il décide de faire enfermer le bougre, le visage emprisonné... sous le célèbre Masque de fer !

Sources

  • Augustin Cabanès. Les morts mystérieuses de l’Histoire. 1910.
  • Jean-Christian Petitfils. Louis XIII. Perrin, 2008.
  • Paul Guillon. Mort de Louis XIII : étude d'histoire médicale. 1897.