Les pères et les mères dans l'Histoire de France

Léopoldine Hugo par A. de ChâtillonLéopoldine Hugo par A. de Châtillon | ©Vassil / CC0

Famille, je vous aime ? Anecdotrip vous a concocté un concentré des meilleurs portraits de pères et de mères « historiques » de France. Abus, haine, amour fou, il y en a pour tous les goûts !

SOMMAIRE

1 - Les Mirabeau père et fils

2 - Le Régent et sa fille Joufflotte

3 - François de Choisy, digne... fille de sa mère !

4 - Philippe III de France le soumis et sa mère

5 - Marie-Maurille de Sombreuil et son père : l’héroïne au verre de sang

6 - Guillaume Ier Talvas : le chagrin d'un père

7 - Guillaume le Conquérant et son fils Robert Courteheuse

8 - Bisbille chez les Bonaparte !

9 - Victor Hugo et sa fille Léopoldine

10 - George Sand, Nohant... et Maurice

11 - Louis XV : le papa poule et ses filles

12 - Mme de Sévigné et sa fille


Les Mirabeau père et fils

Le petit monstre

Mais c'est qu'il est terrible, le fiston ! Victor de Riqueti marquis de Mirabeau en a plein le dos.

Marre de ce fils qui n'en fait qu'à sa tête, angoissé par la vie de débauche qu'il mène, remplie de dettes, de beuveries... et de scandales ! Il ne l'a jamais aimé, ce rejeton effrayant de laideur. Il l'a toujours méprisé, brimé, rejeté.

« Ton neveu est laid comme celui de Satan », écrit-il à son frère. « Un petit monstre qu'on dit être mon fils », continue-t-il.

Plus le gamin grandit, plus le paternel prend peur. « Il y a des excréments dans toute race », écrit-il, haineux. A 18 ans, le jeune Honoré-Gabriel croule déjà sous les dettes et les scandales. Son père le fait enfermer au fort de l'île de Ré. Au trou ! Ca va lui faire du bien, tiens, pense-t-il. Eh non !

Allez zou, à Joux !

Le voilà qui à sa libération reprend le cours de sa vie dissolue. Il se marie même en 1772 avec une jeune fille plutôt bien dotée. Il ne trouve rien de mieux à faire que de lui dilapider sa fortune !

Et d'accumuler toujours plus de dettes. La coupe est pleine ! Le marquis obtient l’emprisonnement de son fils par lettres de cachet au fort de Joux (25).

Mirabeau a 26 ans, nous sommes en 1775. Il va croupir dans un cachot humide et glacial dans ce fort tout ce qu'il y a de plus sinistre...

Brrr ! Le jeune Honoré se plaint de devenir fou, du froid, de l'isolement ! Pff, foutaises, répond son père. Qu'il y reste ! Toute sa vie s'il le faut... Mais à Joux, Honoré bénéficie d'une vie plutôt sympathique.

On l'autorise à sortir, à voir le beau monde de Pontarlier. Il rencontre Sophie de Ruffey, la belle et jeune épouse d'un notable septuagénaire, le marquis de Monnier. C'est le grand amour ! Ils fuient ensemble en Suisse puis à Amsterdam. L’idylle dure un an : la jeune femme part au couvent, Honoré retourne en prison.

Haine mortelle

L’emprisonnement de son fils devient une obsession pour le marquis : après Joux, il le fait enfermer au château d'If (où la canaille séduit la femme du cantinier !) puis à Vincennes.

Rhaa, il veut même sa mort, il aurait voulu que les Hollandais l’envoient croupir au bagne...

Le marquis qui se dit « ami des hommes » est surtout l'ennemi déclaré de sa famille. Il a quitté sa femme (à qui il intente de nombreux procès) et ses 10 enfants.C'est lui qui trouve le surnom de son fils, « monsieur le comte de la Bourrasque » : une haine sans bornes qui ne prendra fin qu'avec sa mort en 1789...


Le Régent et Joufflotte

La fifille à son papa

Vous connaissez Marie-Louise-Elisabeth d'Orléans, la terrible fifille de Philippe d’Orléans ? Si non, vous allez voir, c'est un sacré personnage... Avec son papa, nommé Régent en attendant que le futur Louis XV devienne majeur, « Mademoiselle » comme elle se fait appeler, fait les 400 coups.

Avec sa femme Marie-Louise d'Orléans, Philippe cède à tous les caprices de la petite, qui devient vite trop gâtée.

La princesse palatine, sa grand-mère, explique son attitude par le fait qu'elle a été très mal élevée, qu'on l'a laissé vivre au milieu des femmes de chambre ; depuis qu'elle a 8 ans, continue-t-elle, elle n'en fait qu'à sa tête. Elle aime la violence de la chasse, les exercices physiques et virils !

Et puis les ragots arrivent : des bruits ont très vite couru sur l'affection étrange et excessive de Philippe envers sa fille... Elle est tombée gravement malade petite alors son père l'a couvée des nuits entières. Depuis, il a pour elle un amour sans limites... incestueux ont dit certains. Ca, on ne sait pas, on n'était pas là pour tenir la chandelle, après tout hein !

Orgie pour une ogresse

En tout cas, la fille forme avec son père un couple détonnant. Celle qu'on surnomme Joufflotte à cause de son embonpoint participe à toutes les fêtes qui se déroulent au palais du Luxembourg, à Paris. Une ogresse, la Marie-Louise, qui mange, dévore, engloutit tout ce qui lui passe sous la main !

Et ce avec son cher papa. Elle a des amants qu'elle ne dissimule même plus devant son mari, le duc de Berry.

Ils jouent aux cartes, boivent des litres d’alcool, se livrent à des parties de débauche : Joufflotte va chercher ses amants parmi ses laquais mais ramène aussi des femmes pour son père. Une relation saine, quoi, tout à fait normale !

Mais trop d'excès tue l'excès... La duchesse joufflue a tout le temps mal à l'estomac mais continue de dévorer. Elle meurt à seulement 24 ans en juillet 1719... Un qui l'a connu et qui peut témoigner de son caractère, c'est Saint-Simon, qui dit :

« Timide d’un côté en bagatelles, hardie d’un autre jusqu’à effrayer, hardie jusqu’à la folie, basse aussi jusqu’à la dernière indécence, il se peut dire qu’à l’avarice près, elle était un modèle de tous les vices, qui était d’autant plus dangereux qu’on ne pouvait pas avoir plus d’art ni plus d’esprit... »

(Mémoires de Saint-Simon, chap VI)


François de Choisy, digne... fille de sa mère !

Les froufrous de François

Abbé de Choisy, grand doyen de la cathédrale de Bayeux, prieur de Rouen et de Saint-Lô, François a tout du bon catho lambda.

Né en 1644, c'est le fils de Jean de Choisy, chancelier du duc d'Orléans, qui fait construire le château de Balleroy (14) entre 1626 et 1636.Une famille noble normande tout ce qu'il y a de plus normale ?

Non ! Le fils Choisy a une habitude étrange... il s'habille en femme.Oh bon, à l'époque on a l'habitude d'habiller les garçons en fille quand ils sont petits.

Mais sa mère, la comtesse de Choisy (une précieuse celle-là) va prolonger la chose bien plus longtemps que prévu ! Jusqu'à ses 18 ans, en fait... Elle lui met de belles robes, des bijoux, des mouches, lui fait percer les oreilles...

Entre copines !

La reine Anne d'Autriche a fait la même chose avec son second fils, Philippe, histoire qu’il n'y ait pas de rivalité face à son frère Louis XIV ; on lui donne des goûts de luxe, une éducation bien féminine pour qu'il ne convoite pas trop le trône. Et ça marche ! Philippe adore les froufrous... et les hommes.

Idem pour François donc (à la différence que lui préfère les femmes). La comtesse l'habille en fille et vient le présenter parfumé et maquillé, toute fière, à la reine. François copine avec Philippe et les deux « fillettes » font l'admiration de la Cour.

François dit dans ses Mémoires :

« Ma mère avait tant de faiblesse pour moi, qu'elle était continuellement à m'ajuster. Elle m'avait eu à 40 ans passés et comme elle voulait absolument encore être belle, un enfant de 8 à 9 ans qu'elle menait partout la faisait paraître encore jeune. »


Et même si sa mère a d'autres enfants, François reste son petit préféré...

Eau de veau et pieds de mouton

La transformation de notre abbé en femme se fait par étapes. Dès son plus jeune âge, sa mère lui badigeonne tous les jours le visage à grands coups d'eau de veau et de graisse de pieds de mouton. Le résultat ? Le jeune François n'a plus aucun poil de barbe qui pousse ! Et la peau dooouuce...

Jusque là, le style de l'abbé hésite encore entre homme et femme. Alors, Mme de La Fayette lui suggère que les mouches et les boucles d’oreilles ne sont pas vraiment à la mode chez les hommes, qu'il ferait mieux de complètement s'habiller en dame.

Ca fait tilt chez le jeune homme.A 18 ans, toujours poussé par sa mère, il décide qu'il veut ressembler à une dame pour de bon.

Il se fait fabriquer une fausse poitrine avec deux vessies de cochon recouvertes de tissu ! Le jour où il perd sa mère, à l'âge de 22 ans, il décide de devenir définitivement la comtesse de Sancy. Il sort en ville, dans les théâtres, les salons parisiens, « fait la belle » comme il dit. « La belle femme ! » s'écrie Mme de La Fayette en le voyant. Ca y est, l'illusion est totale...

François passera toute sa vie dans la peau d'une dame... Merci qui ? Merci môman !


Philippe III le soumis et sa mère

Y-a t-il eu pire que Blanche de Castille, la mère du roi saint Louis ? Oui ! Marguerite de Provence, sa bru ! L'épouse de Louis est la mère de Philippe III de France, surnommé le Hardi (1245-1285).

Ah, hardi ou pas, le roi se fait totalement soumettre, Marguerite lui faisant jurer de rester sous la tutelle maternelle jusqu'à l'âge de 30 ans ! Même s'il devient roi entre temps... Pas vraiment content, Philippe demande l'intervention du pape Urbain IV, qui fait une bulle annulant le serment. Ouf...


Marie-Maurille de Sombreuil : le verre de sang

Le choix de Marie

Marie de Sombreuil (1774-1823) a tout fait pour sauver son papa adoré des griffes de la Révolution. Tout, jusqu'à boire ce maudit verre de sang ! Le marquis de Sombreuil François-Joseph Virot, ancien gouverneur des Invalides, avait fermement défendu la monarchie à la Révolution.

Pour ça, on l'arrête le 4 septembre 1792, direction... la prison de l'Abbaye à Paris, rue Sainte-Marguerite (actuelle rue Gozlin dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés). Sa fille a tenu à être enfermée avec lui pour adoucir sa peine avec tout son amour.

Sinistre prison, sombres jours et dure attente ! Mais monsieur de Maurille peut compter sur le soutien et sur tout l'amour de Marie.

Cauchemar ensanglanté...

Un jour, les geôliers viennent chercher le vieil homme pour le mener à l'échafaud. Marie hurle, court au devant des hommes et vient se mettre entre son père et eux : pas un ne touchera à un de ses cheveux !

Un peu décontenancés, les geôliers lui tendent un verre rempli du sang des nobles fraîchement décapités. Qu'elle boive le verre et son père aura la vie sauve ! Marie prend le verre sans hésiter, crie « Vive la Nation » et le vide cul sec. Des cris, des applaudissements s'élèvent parmi la foule de curieux. Sombreuil se jette dans les bras de sa fille. Et pourtant...

Quelques mois plus tard, le tribunal révolutionnaire condamne à mort monsieur de Maurille... Marie ne peut plus rien faire pour le sauver. La pauvre en sera quitte pour d'horribles cauchemars : elle ne pourra plus jamais voir une seule goutte de sang ou quoi que ce soit de couleur rouge sans s'évanouir.

Coup de sang

Mais une question reste aujourd'hui : l'épisode du verre de sang a-t-il été inventé ? Les historiens de l'époque n'en parlent pas en tout cas !

La première mention du verre date de 1801, dans Le mérite des femmes de Gabriel Legouvé. Ensuite, les écrivains ont très vite repris le thème, comme Victor Hugo dans La mort de mademoiselle de Sombreuil parue dans Odes et ballades (1823).

Mais en vrai, Marie-Maurille n'aurait pas bu de verre de sang. En fait, alors qu'elle accompagne son père vers l'échafaud, elle ne se sent pas bien, épuisée nerveusement.

Un des geôliers lui donne un verre d'eau. Il a les mains dégoulinantes de sang, le verre est donc seulement sali, ce qui a donné l'illusion d'un verre rempli de sang. Le point de départ de la légende donc...

Ce qui reste vrai, c'est que Sombreuil a été consolé, soutenu, tendrement aimé par sa fille jusqu'au dernier moment. Et c'est tout ce qui compte !


Guillaume Ier Talvas : le chagrin d'un père

Une selle sur le dos

Il a fait construire les fières forteresses de Sées, de Domfront et d'Alençon, Guillaume. Un vieux guerrier normand qui mérite bien son surnom de talvas, le bouclier !C'est un fidèle du duc de Normandie Richard II. Seulement, son frangin Robert devient le nouveau duc de Normandie. Guillaume ne l'entend pas de cette oreille et commence à lui chercher des noises...

Un filou doublé d'un félon, Robert ! Jamais il ne lui fera hommage. Attention Guillaume tu vas payer ton arrogance ! Robert finit par assiéger son château d'Alençon. Guillaume s'y est enfermé avec ses troupes. Le siège dure, dure... trop longtemps !

Bien obligé de capituler, Guillaume doit subir la vieille coutume réservée à celui qui se rend à son ennemi. Il doit se soumettre pieds nus, en chemise avec une lourde selle sur le dos. Content de voir son frangin à ses pieds, Robert lui rend son château. Guillaume s'y retranche, amer et humilié.

Vengeaaance !

Mais c'est sans compter sur ses 4 fils, Guérin, Guillaume, Robert et Foulques. Des forces de la nature ces gaillards-là ! Aah, mais Guillaume les aime plus que tout... Eux ont juré de venger leur paternel ! Coûte que coûte. Pour ça ils rassemblent une petite armée.

Regardez-les, qui partent au galop par ce jour pluvieux, lourdement cuirassés, l'arme au poing, juchés sur de puissants percherons...

Allez, sus au vilain ! Les 4 Talvas se dirigent vers la sombre foret de Blavou, dans l'Orne : leur dernier combat... Foulques et Robert y laissent la vie. Le vieux Talvas, déjà bien malade, affaibli et désabusé, meurt de chagrin en 1031 en apprenant la mort de ses fils chéris...


Guillaume le Conquérant et Robert Courteheuse

La botte courte

Courteheuse ou courte botte, tout ça pour ne pas dire qu'il est petit, Robert... Fils de Guillaume le Conquérant et de Mathilde de Flandres, c'est le fils aîné. Guillaume l'écarte un peu du pouvoir, ne l'emmène même pas participer à la conquête anglaise en 1066. Tout juste s'il lui confie la garde de son duché pendant ce temps.

Tu parles oui, Robert se retrouve sous la tutelle de sa mère. Robert a 20 ans, c'est encore un ado révolté. Et puis son père ne veut jamais rien lui confier ! Aucun territoire, rien, pas le moindre petit bout de terre normande. Trop impulsif, Robert ? Pas apte au pouvoir ? En tout cas Guillaume le met de côté et ça, ça ne plaît pas au jeune Bob.

Sale môme, va !

Tant pis, il va voir du côté de la cour du roi de France, ennemi de Guillaume, na ! Philippe Ier lui confie la garde du château de Gerberoy dans le Beauvaisis (actuel département de l'Oise). Une forteresse qui surveille la frontière normande ! Bob jubile. Guillaume, moins.

Fils d'imbécile ! pense-t-il. Je vais t'apprendre les manières, moi... Le Conquérant file fissa donner sa raclée au fiston désobéissant. Nous sommes en 1079, il va attaquer Gerberoy. Un siège violent s'engage : 3 semaines durant, l'armée de Robert résiste aux assauts du Conquérant.

Le père face au fils

Un matin, Bob tente une sortie. Il aperçoit un homme à cheval et lui fonce dessus. Leurs armures les empêchent de se reconnaître : pourtant c'est Guillaume et son fils qui se livrent un combat acharné !

Etincelles des fers des chevaux. Chocs des armures. Frénésie. Sueur. Avec fureur, Robert renverse violemment son vieux père.

Le Conquérant hurle de douleur en tombant. Bob reconnaît alors la voix paternelle. Seigneur... Blême, Robert se jette aux pieds de son père blessé et l'aide à se relever.Le traître ! crie Guillaume à tout ceux qui veulent qu'il pardonne la folie de son fils. Il copine avec le roi et veut tuer son père et il faudrait qu'il l'excuse ?

Sur les conseils de la douce Mathilde, le vieux guerrier finit par pardonner à son fils et lève le siège. Père et fils se réconcilient mais ça ne dure qu'un temps. Robert préfère s'exiler à l'étranger. Mais à son départ, le Conquérant le maudit sur plusieurs générations...

Aigri, amer, peiné et déçu par ce fils aîné qu'il a si mal connu, il meurt en 1087 sans avoir jamais vraiment pardonné à Robert...


Bisbille chez les Bonaparte !

Le pape Pie VII est là, pourtant le petit Corse va se sacrer lui-même empereur des Français en se posant la lourde couronne sur son auguste crâne. Nous sommes le 2 décembre 1804, à Paris. Notre-Dame est pleine à craquer. Napoléon a 35 ans, il va devenir roi euh... empereur.

On compte 6 000 invités ; une trentaine de carrosses a suivi le cortège impérial depuis les Tuileries. Rhho, le beau mariage... oh eh, ne vous emballez pas trop vite : l'atmosphère est tendue !La famille Bonaparte n'est pas vraiment jouasse d'être là. Surtout maman Ramolino, qui est fâchée, fâchée !

Madame Mère n'a même pas voulu assister au mariage de son fiston ! Trop fâchée par cette union, par cette Joséphine qu'elle déteste. On peut pourtant la voir sur le tableau du sacre de David (musée du Louvre) assise dans une tribune.

C'est Napo lui-même qui a ordonné à David que sa chère môman figure quand même sur la gigantesque toile... Pour la postérité !


Victor Hugo et sa fille Léopoldine

Père et fille s'adorent plus que tout.

Hugo a eu 4 enfants avec Adèle Foucher : Charles, Victor, Adèle et Léopoldine, surnommée « Didine ». Sa fille aînée, sa préférée.Il la perdra d'une si terrible façon... Lui qui l'avait déjà « perdue » une première fois le jour de son mariage...

Elle lui a demandé un poème, il lui écrit ceci :

« Aime celui qui t'aime, et sois heureuse en lui ; Adieu ! Sois son trésor, ô toi qui fus le nôtre ! Va, mon enfant chéri, d'une famille à l'autre. Emporte le bonheur et laisse-nous l'ennui. »

(extrait des Contemplations, livre 4e, écrit le jour du mariage de Léopoldine le 15 février 1843).


Quelques mois plus tard, Hugo apprend la nouvelle de la noyade de Léopoldine dans un journal 4 jours après l'accident, totalement par hasard. Imaginez l'imaginable, l'affreuse douleur... Sa fille chérie, son enfant...Léopoldine se trouvait avec son mari Charles Vacquerie à Villequier, tout près du Havre, le 4 septembre 1843. Ils sont allés se promener en barque. Une banale balade en canot !! On dit qu'un mascaret, cette brusque montée des eaux d'un fleuve avec la marée montante et qui provoque une vague déferlante, les a emporté sur leur frêle coquille de noix. La jolie Léopoldine avait 18 ans, son mari 27. La vie du poète ne sera plus jamais la même. Il trouve un maigre réconfort en dédiant à sa Didine ses Contemplations (1856).

« Oh ! je fus comme fou dans le premier moment, Hélas ! et je pleurai 3 jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, Pères, mères, dont l’âme a souffert ma souffrance, Tout ce que j’éprouvais, l’avez-vous éprouvé ? »



George Sand, Nohant... et Maurice

George a toujours eu une nette préférence pour son fils aîné Maurice, né en 1823 de son mariage avec le baron François Dudevant.

Sa relation avec sa cadette Solange, née en 1828 à Nohant, semble nettement plus difficile. Solange a un caractère bien trempé, volcanique, rebelle. Maurice, plus doux et un peu fragile, ressemble à sa mère.

Et il a la fibre artistique en plus ! Elle écrit dans Histoire de ma vie (5e partie, chap I) :

« Mon pauvre Maurice était né artiste, il en avait tous les goûts, il en avait pris avec moi toutes les habitudes, et sans le savoir encore, il en avait toute l'indépendance. »


C'est lui qui lui illustrera tous ses romans, lui qui confectionnera figurines et décors pour les séances de marionnettes à Nohant. George a le coup de foudre immédiatement après la naissance de son fils (4e partie, chap XI) :

« Ce fut le plus beau moment de ma vie que celui où, après une heure de profond sommeil qui succéda aux douleurs terribles de cette crise, je vis en m'éveillant ce petit être endormi sur mon oreiller. J'avais tant rêvé de lui d'avance et j'étais si faible, que je n’étais pas sûre de ne pas rêver encore. »


Plus loin, on trouve (Histoire de ma vie, 4e partie, chap XI) :

« J'avais beaucoup désiré avoir une fille et cependant je n'éprouvais pas la joie que Maurice m'avait donné. »


La relation fusionnelle qui les unit ne fait que grandir au fil du temps (Histoire de ma vie, 4e partie, chap XI) :

« Il m'était impossible de me séparer de Maurice pour longtemps et de ne pas veiller sur lui la moitié de l'année.

Maurice ne voulait et ne savait vivre qu'avec moi. Aussi, quand il fallait se séparer le soir, c'étaient des larmes à recommencer, et je ne me sentais pas plus de courage que lui. Mes amis blâmaient ma faiblesse pour mes enfants, et je sentais bien qu'elle était extrême. »



Dans sa maison berrichonne de Nohant, George élève ses deux enfants, ses petits-enfants, réunit ses amis écrivains et musiciens. Ils déjeunent, travaillent au moins 5 heures d'affilée, se promènent, jouent aux dominos, brodent... Et s'amusent avec leur théâtre de marionnettes !

Passion qui unit mère et fils. George écrit les scénarios et fabrique les costumes pour les personnages quelquefois des nuits entières.

Maurice peint les décors, sculpte les marionnettes dans le bois, crée les éclairages, les bruitages. De quoi les occuper les longues soirées d'hiver ! On n'a rien inventé avec les « Guignols de l'Info ».

Maurice et sa mère se moquent de la bonne société berrichonne de La Châtre et des environs. Les notables en prennent pour leur grade ! L'amour qui unit Maurice et George ne s'éteindra qu'avec la mort de celle-ci en 1876. Tous deux reposent paisiblement dans le petit cimetière familial de Nohant...


Louis XV : le papa poule et ses filles

Rebelote, encore en cloque

Louis avait épousé en 1725 la fille du roi de Pologne Stanislas, Marie Leczinska. 2 ans plus tard naissent Elisabeth et Henriette, les jumelles (les « bessonnes » comme on dit à l'époque). La veille de son accouchement, la reine qui s'était fait une ventrée de figues et de melons à la glace, se met à vomir. Les médecins déclarent une indigestion.

Tu parles ! Elle accouche le lendemain ! La honte...

Les docteurs n'ont plus pointé le bout de leurs nez à la Cour après ça... « Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher » dit la pauvre reine après 8 enfants.

Un par an, pendant 8 ans ! Enfin « une » par an puisque la reine ne donne naissance qu'à des filles.On vous les présente ? On en compte 6, 2 étant disparues prématurément, Marie-Louise (1728-1733) et Thérèse (1736-1744)...

Victoire (1733-1799)

Grande brune aux beaux yeux sombres, elle aime la bonne chère ! Du coup on la dit un peu « grasse » : pour cause, son armoire est remplie de vins espagnols, de charcuteries et de plats de viandes en sauce !

On rapporte qu'un jour pendant un dîner à Versailles, elle demande à un évêque invité si la bécasse servie à table est un plat maigre ou pas.

Il lui répond qu'il faut couper l’oiseau pour voir si le jus se fige ou non dans le plat. Si oui, c'est qu'il est gras ! Le jus ici ne se fige pas... c'est bon !

Elle fait pourtant le jeûne pour le Carême mais préfère quand même quand c'est terminé pour s'en mettre plein la panse !Le peintre officiel de la Cour Jean-Marc Nattier l'a représentée en Eau en 1751 (musée d'Art de São Paulo).

Sophie (1734-1782)

Sophie, on la dit (trop) docile, sauvage et bizarrement complètement à côté de la plaque. Elle suit tout ce que fait sa sœur Adélaïde.

Mme de Campan décrit Sophie dans ses Mémoires comme une personne effarouchée, qui même si on la connaît depuis longtemps est tellement timide qu'elle ne pipe pas un mot.

Elle souffre souvent d’évanouissements, d'angoisses, évite soigneusement de regarder les gens dans les yeux. Le seul moment où elle devient volubile, c'est lors d'un orage : elle en a très peur et se met à parler, à parler pour cacher sa frayeur ! Sophie aime la solitude.

La jeune Marie-Antoinette dira de sa tante qu'elle a toujours « l'air de tomber des nues », frappée par sa « nature triste et toujours étonnée ».

Louise (1737-1787)

La plus bigote, devenue religieuse chez les carmélites de Saint-Denis. On la dit vive d'esprit. Comme son père, elle aime l'exercice physique, monter à cheval pendant des heures.Si si, écoutez ça : un jour, elle chevauche aux côtés de son père à Compiègne.

Son cheval se cabre, elle tombe et manque de se faire écraser par les roues d'un carrosse. Elle remonte aussitôt sur le dos du bourrin récalcitrant et rentre fissa au château, comme si de rien n'était !

Anne-Henriette (1727-1752)

La jumelle d'Elisabeth, que Nattier a représenté en allégorie du Feu en 1751 (musée d'Art de São Paulo).Elle se fait appeler madame Henriette puis Madame tout court après le mariage de sa jumelle.

Sage, douce, prudente en dit sa mère, elle joue de la viole (voir le portrait d'elle jouant du violoncelle par Nattier), peint et dessine très bien. C'est avec Adélaïde la fille préférée de Louis...

Louise-Elisabeth (1727-1759)

La jumelle d'Henriette. Nattier l'a peint en Terre (exposé au musée d'Art de São Paulo). Appelée Madame, elle devient infante d'Espagne et duchesse de Parme après son mariage avec le duc de Parme.

Marie-Adélaïde (1732–1800)

Dite madame Adélaïde puis Madame en 1752 après la mort de sa sœur Henriette, représentée par Nattier sous les traits de l'Air.C'est l'aînée, la préférée de Louis. Honoré Bonhomme dans Louis XV et sa famille (1874) dit que c'est « le démon du foyer, l'homme d'Etat de la famille ». D’ailleurs, on finit par l’appeler « monsieur » !

Et vous savez quoi ? On dit qu'une nuit à Versailles, elle se lève de son lit, s'habille et s'apprête à sortir du château quand un domestique l'arrête. Elle a tout juste 10 ans, hein ! Quand on l'interroge, elle répond qu'elle a voulu aller botter les fesses des Anglais (alors en guerre contre la France) pour ramener le roi d'Angleterre à son « papa roi » !

Elle n'a pas sa langue dans sa poche : c'est elle qui appelle madame de Pompadour « maman Putain ». Elle joue du violon, du cor, parle l'anglais, l'italien, aime l'histoire et les mathématiques. Cultivée comme son papa !

Chiffe et Torchon

On a donc un escadron de fifilles pressées auprès de leur père qui s'ennuie ferme à Versailles. Son rôle de roi ne lui plaît pas ! Cultivé, sensible, il préfère rester loin de la Cour avec sa petite famille... ou ses maîtresses. « Mesdames de France » tiennent une cour à part entière.Louis leur a donné de petits noms.

Les mauvaises langues de la Cour disent qu'il donnait les mêmes à ses maîtresses ! Il appelle Victoire « Coche » à cause de son surpoids ; Adélaïde, « Loque » ou « madame Torchon » comme elle se surnomme elle-même car le ménage ne la rebute pas ; Sophie, « Graille », la corneille, à cause de son côté peureux ; Louise, « Chiffe » car elle est coquette, elle aime les belles toilettes et le luxe.

Roooh, la mère indigne

Les cadettes sont envoyées à l'abbaye de Fontevraud pour leur éducation : ça coûte moins cher à leur royal papa. Les 4 aînées restent à Versailles. Elles ont chacune dès la naissance une quinzaine de suivantes : imaginez tout ce petit monde courir dans les couloirs de Versailles ! Le roi veille à ce qu'elles ne manquent de rien, il les gâte... trop.

Il les présente très tôt dans des dîners officiels à Versailles, où elles passent des nuits entières à des bals masqués. Pas une vie pour des gamines ! La reine s'occupe moins de ses filles.

Sa tâche de mère ne lui plaît pas vraiment : les Mémoires du duc de Luynes rapportent qu'un jour qu'elle se trouve à Compiègne en 1749 et doit écrire à ses filles, elle a la flemme de faire une lettre à chacune et fait une lettre de groupe, embrassant du bout des lèvres « la sainte Henriette, la ridicule Adélaïde et le belle Victoire » !

La seule activité que la reine veuille bien faire en famille reste la sacro-sainte partie de cavagnole (l'ancêtre du loto). Marie adore... ses filles détestent : tu parles d'une corvée !

Les têtes tombent

A la mort d'Henriette en 1751, Louis se rapproche particulièrement d’Adélaïde, la forte tête, le chef de la petite troupe : elle a des appartements qui communiquent avec ceux du roi. Le matin, il vient préparer et prendre son café chez elle tandis qu’Adélaïde appelle ses sœurs à les rejoindre. Aah, chouette petit tableau de famille, non ?

Le pire reste pourtant à venir. Elisabeth meurt en 1759 ; en 1774, Louis se meurt de la petite vérole. Sophie, Adélaïde et Victoire se retrouvent réunies auprès de leur cher papa. Elles aussi sont malades mais elles veillent leur père des nuits entières dans sa petite chambre versaillaise. Seules Victoire et Adélaïde verront les têtes tomber à la Révolution avant de s'éteindre à l'aube du XIXe s...


Mme de Sévigné et sa fille

Marie et Françoise

Fille du marquis de Sévigné et de Marie de Rabutin-Chantal (la célèbre Mme de Sévigné c'est elle !), Françoise naît en 1646. Marie a 26 ans lorsqu'elle perd son mari. Elle s'occupe alors seule de Françoise, lui apprend tout ce qu'elle sait, le latin, l'italien.

Elle l'aime déjà plus que tout, excessivement : Arnauld d'Andilly dira de la façon dont Marie traite sa fille (lettre du 29 avril 1671) :

« qu'elle était une jolie païenne, qu'elle faisait de sa fille une idole dans son cœur, et que cette sorte d’idolâtrie, quoiqu’elle la crût moins criminelle qu'une autre, était aussi dangereuse. »


La jolie Françoise se rend à un bal à la Cour pour la première fois à 16 ans. C'est la plus belle ! Elle danse même avec le jeune roi. Et puis, elle épouse le comte de Grignan, de 20 ans son aîné en 1669 : « La plus jolie fille de France épouse non pas le plus joli garçon, mais un des plus honnêtes hommes du royaume » (lettre du 4 décembre 1668) dit Marie.

Le pire, c'est ce que sa Françoise doit aller vivre en Provence... La pauvre Marie restera inconsolable après le départ de Paris de sa fille chérie, le cœur brisé à pleurer toutes les larmes de son corps...

« Me voici dans un lieu, ma bonne, qui est le lieu du monde ou j'ai pleuré, le jour de votre départ, le plus abondamment et le plus amèrement. Il y a une bonne heure que je me promène toute seule dans ce jardin. Ma bonne, je n'en puis plus. Votre souvenir me tue en mille occasions. J'ai pensé mourir dans ce jardin où je vous ai vu mille fois. » (Lettre du 29 janvier 1672, à Sainte-Marie du Faubourg « jour que vous fûtes mariée »)

Garder le lien !

Alors, pour apaiser son angoisse, Marie commence à écrire des lettres dès 1671 : en tout 1120 lettres dont presque 770 pour sa fille, à raison de deux par semaine !

« Lire vos lettres et vous écrire, c'est la première affaire de ma vie » (lettre du 26 juin 1675) ou « Quand je suis assez malheureuse pour ne vous avoir plus, ma consolation toute naturelle c’est de vous écrire, de recevoir de vos lettres, de parler de vous. » (Lettre du 14 juin 1675)

Elle y parle de ses sentiments, de ses craintes, de son amour sans bornes, parfois excessif pour sa fille !

« De quelque manière que ce soit, je vous vois, vous m'êtes présente. Je pense et repense à tout. Ma tête et mon esprit se creusent, mais j'ai beau tourner, j'ai beau chercher, cette chère enfant que j'aime avec tant de passion est à deux cents lieues de moi, je ne l'ai plus. Sur cela je pleure sans pouvoir m'en empêcher. Ma chère bonne, voilà qui est bien faible, mais pour moi je ne sais point être forte contre une tendresse si juste et si naturelle... »


(Lettre du 24 mars 1671)


Un cœur entre Provence et Paris

Elles feront tout à partir de cette date pour se voir le plus souvent possible, et ce jusqu'à la mort de la marquise de Sévigné. Eh oui, il faut dire que la marquise vit à Paris et sa fille à Grignan en Provence. La marquise vient souvent voir sa fille, en 1672, 1689, 1694, mais la Provence pour elle, ça reste un trou perdu !

Elle faut que sa Françoise sache tout de la capitale : elle lui donne des détails sur la vie parisienne, les dernières futilités à la mode, les ragots, les coiffures toujours plus bizarres d'une telle... Françoise vient souvent à Paris voir sa mère. Mais même là les retrouvailles sont amères :

« Vous voyez bien, ma bonne, que nous ne comptons plus présentement que par les jours. Ce ne sont plus des mois, ni même des semaines. Mais hélas, ma très aimable bonne, vous dites bien vrai : pouvons-nous craindre un plus grand et un plus cruel rabat-joie que la douleur sensible de songer à se séparer presque aussitôt qu'on a commencé à sentir la joie de se revoir ? Cette pensée est violente et je l'ai que trop souvent, et les jours et les nuits... » (Lettre du 15 août 1685, aux Rochers)


« Adieu ma très chère, très aimable et très parfaitement aimée, vous êtes ma chère enfant... »


(Lettre de septembre 1675)


Marie l’inconsolable finit ses jours près de sa fille au château de Grignan le 17 avril 1696.

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