Les dogues de Saint-Malo

De 1155 à 1770

Image d'illustrationImage d'illustration | ©Wiebe van der Worp / CC-BY-SA

Des yeux qui luisent dans les ténèbres. Le ressac de la mer. Le vent qui hurle sur les remparts de la cité corsaire.

Un grognement rauque... attention, les dogues de Saint-Malo sont lâchés !

Venez en apprendre plus sur cette meute chargée de la surveillance de la ville-close, après le couvre-feu qui sévit jusqu'au 18e siècle...

Un couvre-feu, des retardataires

Venez voir la porte Saint-Vincent !

Sous le passage réservé aux piétons, on a le Bidoret, discret cachot situé dans le renfoncement de la porte.

Qui servait à enfermer les retardataires, ceux qui n’avaient pas respecté le couvre-feu fixé à 22 h...

Après cette heure, impossible de rentrer dans la ville close, du 12e siècle jusqu’en 1770 !

La Noguette

Heureusement, une cloche vous prévenait quelques minutes avant le couvre-feu : la Noguette.

On la trouve aujourd’hui dans la cathédrale de Saint-Malo, où elle sonne toujours à 22 h !

Lâchez les dogues !

Nourris, logés, blanchis

Fermez les yeux, et imaginez...

Le couvre-feu est passé, les portes sont closes. Une lune rousse brille dans un ciel indigo. On entend que le bruissement des vagues, le léger vent salé.

Pas une âme dans les rues sombres.

C'est le moment de lâcher les dogues ! Une impressionnante meute de poils noirs et de mâchoires acérées.

On en compte 24 exactement, « soignés et nourris par les 24 chanoines de la cathédrale, comme seigneurs de la ville. »

Chenils et chiennage

La journée, les chiens se reposent dans un abri, dans la ruelle étroite qui porte encore aujourd'hui le nom de Venelle-aux-Chiens.

Au 17e siècle, les chenils déménagent dans le bastion de Hollande, sur les remparts.

Le roi crée même un impôt spécial pour eux : le « pain de chien » ou droit de « chiennage » !

Saint-MaloSaint-Malo | ©Ella_87 / Pixabay

L'accident qui met fin à la tradition

La tradition de cette milice à quatre pattes prend fin après un accident tragique.

Cela devait arriver... l'histoire se passe la nuit du 5 mars 1770.

Un officier de marine, Jean-Baptiste Ansquer de Kerouatz, déboule après le couvre-feu de chez sa petite amie.

Il se fait sauvagement attaquer par les cerbères !

Il n’a rien pu faire avec son épée, les chiens l’ont poursuivi sans relâche, jusqu’à ce qu’il tombe de fatigue et se fasse mortellement déchiqueter...

Saint-MaloSaint-Malo | ©Christel / Pixabay

Les mollets des Malouins

C'est cet accident tragique qu'évoque la célèbre chanson Bon voyage M. Dumollet !

Elle fait partie de la pièce L’intrigue de l’escalier, jouée pour la première fois à Paris en 1808. Le refrain fait :

« Bon voyage, cher Dumollet, À Saint-Malo débarquez sans naufrage. Bon voyage, cher Dumollet, Et revenez si ce pays vous plaît ! »

On dit même qu’un spectateur, Malouin d'origine, se lève en colère et lance que tous les chiens de guet n’ont pas mangé tous les mollets de tous les Malouins !

D’ailleurs, connaissez-vous le vieux dicton « il a été à Saint-Malo », pour dire de quelqu’un qu’il a les jambes maigres ?

Les chiens condamnés

Chateaubriand dans ses Mémoires d'Outre-Tombe en rajoute une couche sur le sort des dogues, qu'on finit par empoisonner :

« Ils furent condamnés à la peine capitale. On emprisonna les criminels. L’un d’eux refusa de prendre la nourriture des mains de son gardien qui pleurait. Le noble animal se laissa mourir de faim. Les chiens comme les hommes sont punis de leur fidélité. »

Source

  • J.-M. Noël. Dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique. 1857.