Les destructions révolutionnaires du Tigre de l'Ain et la chapelle Saint-Bon

De 1793 à 1794

La chapelleLa chapelle | ©Chabe01 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Une silhouette étonnante

La petite chapelle tient son nom d’un saint martyr du 3e siècle.

Sa silhouette étonnante tient :

  • d’une part, au fait qu’elle est littéralement collée à l'une des tours des anciens remparts de la ville ;
  • d’autre part, qu’elle a perdu son clocher en 1794, démoli pendant la Révolution, par un certain Antoine Albitte.

De quoi évoquer en deux mots cet épisode court de l’Histoire de France, de la Révolution, en particulier : la déchristianisation !

Un contexte particulier : la déchristianisation

La déchristianisation est un processus complexe, que nous n’essaierons pas de détailler, mais de résumer, afin de comprendre comment la chapelle de Thonon-les-Bains a perdu son clocher !

Elle se déroule en pleine Terreur, entre septembre 1793 et juillet 1794.

Les mesures de déchristianisation comprennent :

  • la déprêtisation des religieux, par leur abjuration et le mariage forcé ;
  • la laïcisation, qui a pour but d’effacer toutes références chrétiennes : mise en place du calendrier républicain avec suppression des saints, changement de noms de lieux pour supprimer les références chrétiennes et féodales ;
  • la destruction des monuments chrétiens (abbayes, chapelles, églises) et de leurs symboles (statues, objets à connotation religieuse) ;
  • l’instauration du culte de la déesse Raison.

Pour ce faire, la Convention envoie des représentants en mission, dans les différents départements français.

Dans l’Ain et la Savoie, il s’agit d’Antoine Albitte !

 La chapelle La chapelle | ©Chabe01 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Antoine Albitte, le Tigre de l'Ain

Antoine d’Albitte est donc nommé, au début de l’année 1794, en tant que « représentant du peuple envoyé pour l’exécution des mesures de salut public et l’établissement du gouvernement révolutionnaire dans les départements de l’Ain et du Mont-Blanc. »

Le Mont-Blanc... la Savoie actuelle !

Son rôle principal ? Veiller au maintien de l’ordre et à l’application des lois !

Albitte n’est pas savoyard, mais normand : il naît en 1761 à Dieppe.

Député de la Seine-Maritime, puis à la Convention nationale, on lui donne bientôt le surnom de « Tigre de l’Ain » !

La raison ? Sa férocité à faire appliquer les règles !

La chapelle : détailLa chapelle : détail | ©Ludovic Péron / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Destruction de cloches dans l'Ain et en Savoie

C’est sur une motion de François Aubry, député du Gard, que la Convention nationale rend, le 23 juillet 1793, un décret qui prévoit de ne laisser qu’une cloche, dans chaque paroisse de France.

Les autres sont mises à disposition du ministre de la Guerre.

Albitte met le décret à exécution, le 26 janvier 1794 (7 pluviôse an II), indiquant :

« Toutes les cloches existantes des départements de l’Ain et du Mont-Blanc, seront descendues, brisées et envoyées au chef-lieu du district. La matière des cloches sera, sans délai, transportée à la prochaine fonderie de canons. Les clochers seront démolis, les bois, cuivres, plombs et autres matériaux en provenant, seront déposés dans des lieux sûrs. »

Il ordonne ainsi la destruction des clochers, malgré les protestations des députés de l’Ain à la Convention nationale.

Dans ce département, près de 800 clochers sont rasés, et jusqu’à 1600 cloches sont portées à la fonderie de canons de Pont-de-Vaux !

Sources

  • Chapelle Saint-Bon. Office de Tourisme de Thonon, thononlesbains.com.
  • Michel Biard. Albitte : le Tigre de l’Ain. In Annales historiques de la Révolution française. 2005.
  • John Daniel Blavignac. La cloche : études sur son histoire et sur ses rapports avec la société aux différents âges. 1877.
  • Xavier Maréchaux. Les séquelles de la déchristianisation de l'an II : l'héritage laïc sous le Consulat et l'Empire. In Napoleonica (2012-13, n° 15).
  • Philibert Le Duc. Histoire de la révolution dans l'Ain (tome 4). 1883.