Les carnyx et les casques uniques de Tintignac

Le sanctuaire gallo-romain de TintignacLe sanctuaire gallo-romain de Tintignac | ©Pymouss / CC-BY-SA

Ce site archéologique gaulois contient un exceptionnel dépôt dont de magnifiques trompettes de guerre, les carnyx, ainsi que des casques de formes inédites !

Un site unique

Cet ancien sanctuaire gaulois du 2e siècle avant J.-C. a livré, au cours de fouilles en 2004, des objets tous plus extraordinaires les uns que les autres.

Le site de Tintignac, qui comprend quatre monuments dont un temple, un théâtre et deux autres bâtiments dont on ne connaît pas encore l’usage, a été abandonné à la fin du 3e siècle.

La fosse recèle des trésors

On avait déjà fouillé le site au cours de la moitié et de la fin du 19e siècle, et on a immédiatement remblayé.

À l’été 2011 ont lieu les premiers dégagements.

Le 20 septembre 2004, de simples fouilles ont lieu : les archéologues veulent dégager à la base un objet en bronze.

Ils récupèrent la pièce en question, qui se trouve dans une fosse... et découvrent des tubes superposés.

Et toute une batterie d’objets en métal : 500 fragments de fers de lances, épées, casques, du second âge du fer !

Et au fond de la fosse, les carnyx et des casques tous plus extraordinaires par leurs formes…

Les archéologues estiment que ces objets ont volontairement été cassés, pour que l’on ne puisse plus les utiliser.

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Les casques

Normalement, les casques des Celtes sont ronds, en forme de calotte, avec un couvre-nuque et deux protèges-joues.

À Tintignac, ils ont un col de cygne, d’autres trois cercles sur le dessus.

Un cygne ? Rien d’étonnant, apparemment ! Diodore écrit au 1er siècle avant J.-C. :

« Les Gaulois portent des casques en bronze qui supportent de grands ornements et leur prêtent ainsi une apparence majestueuse. Sur certains de ces casques sont posées des cornes jumelées, sur d'autres, des protomés d'oiseaux ou de quadrupèdes. » (Bibliothèque historique, 5, 30)

Des représentations existent sur des monuments de Gaule comme le mausolée du Glanum, l’arc d’Orange ou encore au Danemark avec le chaudron de Gundestrup.

Le casque en forme de cygneLe casque en forme de cygne | ©Siren-Com / CC-BY-SA

Les carnyx

Un son guerrier !

Ce sont les trompes de guerre des Celtes.

Imaginez… un son venu des Enfers, rauque, plaintif. Qui sort de nulle part. Les armées romaines devaient avoir la peur de leur vie, juste avant la bataille…

On les retrouve cités par Diodore (Livre 5, La Gaule) :

« Ils ont des trompettes d’une nature particulière et bien faites pour des barbares : ils soufflent dans ces trompettes et en font sortir un son rude qui convient bien au tumulte de la guerre. »

Un carnyx mesure 2 m de hauteur, pour 2 kilos, avec une gueule d’animal béante.

L’embouchure est droite, contrairement à toutes les représentations passées, qui la représentaient courbe.

Les joueurs de carnyx devaient être en dehors du combat, à cause de la fragilité de leur instrument.

Selon les archéologues, ces joueurs de carnyx donnaient des ordres d’attaques, de repli aux troupes, tout en instillant la peur à l’ennemi...

Carnyx de Tintignac à tête de sanglierCarnyx de Tintignac à tête de sanglier | ©Claude Valette / CC-BY-SA

Les représentations européennes

Où avons-nous des représentations de carnyx, en Europe ?

Les plus belles se trouvent sur un chaudron danois, celui de Gundenstrup.

En France, on en retrouve une quarantaine : la plus intéressante se trouve sur l’arc de triomphe d’Orange, associée à un amoncellement d’armes gauloises.

Chaudron de GundestrupChaudron de Gundestrup | ©Claude Valette / CC-BY-SA

Sanglier et serpent

Ici, à Tintignac, les carnyx ont des formes très différentes.

Tête de sanglier avec des défenses, tête de serpent incroyable et très rare, tête de sanglier avec des oreilles démesurées (envergure d’un mètre avec des oreilles de 50 cm)…

Celui-ci est le carnyx le plus complet au monde jamais retrouvé !

À Tintignac, 37 pièces ont été mises au jour, dont 7 oreilles et 5 mètres de tubes, ainsi que la première embouchure au monde.

D’où la reconstitution minutieuse qui a pu être réalisée après coup !

On avait déjà trouvé deux pavillons à tête de sanglier, le plus connu étant celui de Deskford en Écosse, révélé dans une tourbière en 1816 et celui de Mandeure, aujourd’hui au musée de Montbéliard.

L’Écossais, c’est celui de John Kenny, le seul homme au monde à jouer du carnyx !

En voici un petit échantillon, ma foi assez impressionnant...

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Une référence !

La fosse de Tintignac est exceptionnelle : jamais autant d’instruments n’avaient été trouvés au même endroit.

Par le passé, quelques fragments de carnyx avaient été mis au jour au 19e siècle, en Angleterre, en Italie, en Allemagne… mais jamais dans une telle quantité et dans un tel état.

C’est simple, les objets de Tintignac sont devenus une référence dans le monde entier : on a les casques de type Tintignac, les carnyx de type Tintignac...

Incroyable, vous ne trouvez pas ?

À voir !

À noter : les 500 objets issus des fouilles, après 15 ans de restauration à Toulouse, ont été déposés au musée Jacques-Chirac de Sarran (19), en attendant la création du musée de Tintignac.

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