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Les 9 vies de Saint-Julien-le-Pauvre : anecdotes sur l'église parisienne

Quand : 1170 - 1889

L'église | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Eglise paroissiale Eglise Saint-Julien-le-Pauvre

Un lieu très fréquenté

Saint-Julien-le-Pauvre se situe sur un lieu de passage très important : l’intersection entre deux voies romaines, menant de Genabum (Orléans) à Lugdunum (Lyon) et l’Italie.

C’est sur ce carrefour que se construit un petit oratoire, au VIe siècle, dédié à saint Julien l’Hospitalier (ou le Pauvre), puis plus tard un hospice pour pèlerins et voyageurs sans le sou.

Au numéro 42 de la rue Galande, voisine de l’église, un bas-relief représente la légende de ce saint : il provient sans doute de la façade primitive de l’église, avant qu’elle ne s’écroule de vétusté en 1651.

Une antiquité à Paris !

Nous voilà dans l’église la plus ancienne, dans son ensemble, et la plus petite de Paris !

Sur les fondations d’un oratoire dédié à Saint-Julien-le-Pauvre (évoqué au point précédent), une communauté de moines bénédictins venue de l’abbaye de Longpont s'y installe, et entreprend de reconstruire l'église actuelle à partir de 1170.

Achevé vers 1240, c’est un édifice contemporain de la cathédrale voisine de Notre-Dame, avec, architecturalement parlant, une belle transition entre roman et gothique !

L'église

L'église | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Un puits, une pierre romaine

Suivez-moi dehors, près du portail ! Deux choses à voir...

On remarque le très vieux puits du XIIe siècle, autrefois à l’intérieur de l’église primitive.

Le livre Histoire physique, civile et morale de Paris (Dulaure, 1825) dit que l’eau du puits passait pour miraculeuse, au Moyen Age. Elle avait le pouvoir de guérir les maladies...

Il ajoute : tant qu’on la distribue contre de l’argent, l’eau fait des miracles. Mais dès qu’on la donna gratis, plus rien...

Juste à côté, regardez : la pierre vient de l’ancienne voie romaine Paris-Orléans, qui passait ici !

Retrouvée en 1927 rue Saint-Jacques, précise le Guide Bleu Paris des éditions Hachette...

L'ancien puits

L'ancien puits | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

L'ancien borne

L'ancienne pierre de la voie romaine | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

La pierre tombale d'un avocat parisien

À l’intérieur, ne manquez pas la pierre tombale du XVe siècle.

Elle appartient à un certain Henri Rousseau, avocat au Parlement, seigneur de Chaillot, bienfaiteur de l’Hôtel-Dieu de Paris, mort en 1445.

On lit dans Inscriptions de la France du 5e siècle au 18e (vol. 1) que la dalle vient de la chapelle de l’Hôtel-Dieu.

Vous savez, le plus vieil hôpital de la ville, au sud du parvis Notre-Dame, sur l’île de la Cité ?

La partie supérieure a bien été abîmée pendant la Révolution : il faut dire qu’elle sert à cette époque de dalle, pour fermer un égout !

La pierre tombale : détail

La pierre tombale : détail | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

La pierre tombale

La pierre tombale | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Une inscription dédiée à Louis IX

Juste à côté de la dalle funéraire, le mur s’orne d’une inscription, avec de belles lettres gothiques.

Que dit-elle ?

« Ludovicus Rex Francorum Undecim [us] hui [us] nomi[ni]s » (Louis XI, roi de France, onzième de ce nom).

Cette inscription se trouvait dans un des murs de l’Hôtel-Dieu voisin, au-dessus d’une niche qui abritait la statue de Louis XI.

L'inscription

L'inscription | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Saint-Julien et l'Université

Saint-Julien devient l'une des plus importantes paroisses de l'Université de Paris, qui se développe au XIIe siècle à cet endroit.

C’est là que l'Université tient ses assemblées générales !

On fait les leçons en pleine rue, dans les rues voisines, notamment la rue du Fouarre : son nom vient de foderum (« fourrage »), à cause de la paille que l’on y vendait, pour joncher le sol des écoles en plein air, qui se trouvaient dans cette voie !

Les maîtres sur des perchoirs, les élèves les fesses sur de la paille !

Les étudiants, comme Villon, Rabelais, Dante, Pétrarque, assistent à la messe à Saint-Julien…

Mais en 1524, avec l’élection du nouveau recteur, les étudiants mécontents saccagent l’église, son mobilier, brisent les vitres...

Le parlement de Paris décide donc, en mars 1525, de transférer les réunions à l’église des Mathurins.

Puis quand on fonde de nouveaux collèges sur la montagne Sainte-Geneviève, au cours du XIVe siècle, tout le monde se déplace là-bas.

En 1563, l’église Saint-Julien-le-Pauvre est tellement abîmée, qu’on doit en détruire une partie.

En 1651, elle est presque en ruine :

« Pour empêcher que le vent et la pluie et d’autres injures du temps ne tombent sur le grand autel, il avait été fait une cloison d’ais, sans laquelle il serait impossible de dire le service divin... »

On l'ampute alors de son portail gothique et de ses deux premières travées.

L'iconostase

L'iconostase | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

L'iconostase

Saint-Julien-le-Pauvre a été dédié au culte orthodoxe en 1889 : plus précisément au rite grec melchite, premier rite oriental célébré à Paris, rapporte le Guide de Paris mystérieux des éditions Tchou.

Ainsi, on voit l’iconostase typique (du grec qui signifie « image dressée »).

Il s’agit d’une cloison de bois ou de pierre, qui sépare l’espace où le clergé célèbre ses offices de l’espace des fidèles (le chœur).

De cette façon, les fidèles ne voient jamais le prêtre, mais les icônes disposées à sa place.

Cette séparation ressemble au jubé de la religion catholique, qui a la même fonction de limite entre monde humain et monde divin.

On doit l’iconostase de Saint-Julien à un artiste de Damas : Jésus apparaît au milieu, avec la Vierge d’un côté, saint Jean-Baptiste de l’autre, sans oublier Gabriel, Michel, Pierre et Paul.

Sources

  • François Caradec. Guide de Paris mystérieux. Éditions Tchou, 1985.
  • Jacques Hillairet. Connaissance du vieux Paris. Éditions Princesse, 1963.
  • M. F. de Guilhermy. Inscriptions de la France du Ve siècle au XVIIIe. 1873.
  • Armand Le Brun. L’église de St-Julien-le-Pauvre d’après les historiens et des documents inédits. 1889.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !