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Lèpre et croisés : le bassin des Ladres

Quand : 1260

Le bassin | ©Javier B / Panoramio / CC-BY
Epidémie Bassin des Ladres

Eau chaude

Mais qu’a-t-on là, à Ax-les-Thermes la bien nommée ? Un bassin d’eau chaude !

Oui, car Ax-les-Thermes a été fondée sur un réseau d’eau très chaude, sulfureuse, même (75 degrés environ) : trois ruisseaux qui se mêlent ensuite à l’eau de l’Ariège.

Le Guide des Pyrénées mystérieuses des éditions Tchou explique même que les ménagères y faisaient leur vaisselle et leur lessive avec !

Le bassin, un temps, était en effet devenu un lavoir public et on y venait même ébouillanter les animaux, durcir les œufs ou faire la soupe : le Guide mystérieux ajoute qu’on y faisait la « soupe au canon », avec une cuiller d’huile et de l’ail, au fond d’une soupière pleine de l’eau du bassin.

Avant d’ajouter qu’il faut un estomac d’Ariégeois, c’est-à-dire résistant, pour avaler ça !

La lèpre en Ariège ?

Venons-en au nom de ce bassin : bassin des ladres. Ladre… égal lèpre !

Ce bassin a été aménagé en 1260 (Guide pratique aux eaux minérales françaises et étrangères, 1861) par ordre du roi saint Louis, afin de soulager les soldats revenus lépreux des croisades en Orient.

La chapelle Notre-Dame qui se trouve sur la place, en face du bassin, serait aussi une fondation du roi.

C’est le comte de Foix Roger IV qui se charge de son exécution (Histoire du comté de Foix depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, H. Castillon d'Aspet, 1852) :

« Les Croisés qui purent revoir leur patrie dit à ce sujet un auteur moderne n’y rapportèrent que le souvenir des plus honteux désordres. Un grand nombre d’entre eux revenus en Europe ne montrèrent à leurs compatriotes que les fers de leur captivité et les maladies contagieuses de l’Orient. Le testament de Louis VIII, monument historique de cette époque, atteste l’existence de deux mille léproseries dans le seul royaume de France. »


Pour revenir au nom de ladre, il était autrefois associé à la lèpre : il vient du latin Lazarus, Lazare, le pauvre homme atteint d’une maladie de peau, allongé devant la porte d’un riche, dans la religion chrétienne.

Et là, j’ai envie de dire… La lèpre a-t-elle vraiment été rapportée en Europe par les croisés ?

On le lit abondamment dans nombre de bouquins du XIXe siècle, et même bien avant, comme avec Voltaire : « Tout ce que nous gagnâmes à la fin de nos croisades, ce fut cette gale. » Pour Michelet, c’est « le sale résidu des croisades » !

Pourtant, c’est un mythe, une idée reçue bien ancrée !

La lèpre existait depuis longtemps, déjà : on en trouve la trace en Occident au Ier siècle avant J.-C., avec la description de Pline l’Ancien (qui l’appelle éléphantiasis). La lèpre serait en fait née en Egypte… (La géographie médicale, Arthur Bordier, 1884)

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !