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Le tombeau de Talleyrand à Valençay

Talleyrand | ©Rijksmuseum / CC0
Chapelle Lieu de sépulture Charles-Maurice de Talleyrand Chapelle Notre-Dame de Valençay

Avant d'en savoir plus sur la tombe de Talleyrand, dans son fief berrichon de Valençay, zoom sur sa mort, avec une histoire d'embaumement... et de cervelle !

De quoi est mort Talleyrand ?

Le cabinet secret de l’Histoire d'Augustin Cabanès raconte…

« Pris d’un frisson subit et de vomissements », une violente douleur au bas des reins frappe Talleyrand chez lui, dans son hôtel parisien de Saint-Florentin.

Le médecin constate un « anthrax lombaire ». On recommande l’opération.

Talleyrand soupire : « Docteur, vous m’avez fait beaucoup de mal, mais si j’en suis quitte à ce prix, je vous remercie. »

Le lendemain malheureusement, la fièvre se déclare. Le malade est prostré.

Et le 17 mai 1838, tout est fini. Talleyrand venait de rendre l'âme, à 84 ans...

Embaumement et cervelle

La momification à l'égyptienne

Le corps de Talleyrand a été embaumé à la mode égyptienne par le pharmacien Micard, dont l’officine se trouvait à Paris rue Duphot.

L’embaumement à l’égyptienne ?

Tout juste ! Il consiste à plonger le corps dans un bain de natrum ou carbonate de soude, de le rincer, puis de le remettre pendant 24 heures dans une eau concentrée en tanin.

On fait ensuite des incisions un peu partout, qu'on remplit d’aromates (musc, ambre, cannelle, styrax calamite, quinquina...) et qu'on recoud.

Sur quoi on badigeonne le corps d’une couche de vernis, et on l'enveloppe de six couches de bandelettes de diachylum, un emplâtre à base de poix...

Et une cervelle, une !

Quid du cerveau ? On la sort du crâne, qu’on remplit d’étoupes et de poudre.

Micard réserve l'organe à part dans un bocal.

C’est en rangeant ses affaires, une fois l'embaumement de Talleyrand achevé, qu’il s’aperçoit qu’il a oublié de le replacer dans le cercueil !

Sans rien dire, il jette l'organe le soir même dans l’égout de la rue Duphot… le même égout qui avait reçu le cerveau de Robespierre, parait-il !

Victor Hugo raconte dans Choses vues (1887) :

« Des médecins sont venus et ont embaumé le cadavre. Pour cela, à la manière des Égyptiens, ils ont retiré les entrailles du ventre et le cerveau du crâne.
« La chose faite, après avoir transformé le prince de Talleyrand en momie et cloué cette momie dans une bière tapissée de satin blanc, ils se sont retirés, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle qui avait pensé tant de choses, inspiré tant d'hommes, construit tant d'édifices, conduit deux révolutions, trompé vingt rois, contenu le monde.
« Les médecins partis, un valet est entré, il a vu ce qu'ils avaient laissé. Tiens ! ils ont oublié cela. Qu'en faire?
« Il s'est souvenu qu'il y avait un égout dans la rue, il y est allé et a jeté le cerveau dans cet égout. Finis rerum. »


La chapelle

La chapelle | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Des funérailles royales !

« N’était le cercueil, on aurait pu croire qu’on assistait à une noce ou à une cérémonie à la cour ! » lance le comte d'Argout sur les funérailles du grand Talleyrand.

Un Talleyrand qui avait demandé que ses funérailles soient le plus simples possible...

Ce que sa famille ne respecte absolument pas, puisqu’on a assisté à des obsèques grandioses, avec une foule énorme, le 22 mai 1838 !

Elles se sont déroulées dans l’église de l’Assomption de Paris, vous vous souvenez ?

La crypte

Son cercueil reste provisoirement dans l'église parisienne de l'Assomption avant son départ pour Valençay, le 2 septembre 1838.

La crypte qui doit accueillir son tombeau, chez lui, à Valençay en Berry, n’était pas encore achevée, voilà pourquoi !

Une crypte commencée en 1818, dans laquelle reposait déjà depuis 1834 la princesse Marie-Thérèse Poniatowska,l'amie de Talleyrand, sœur du célèbre maréchal d'Empire Poniatowski.

Talleyrand ne fait pas le voyage tout seul, deux autres cercueils sont avec lui : Yolande de Périgord, une petite-nièce morte à l’âge de 3 ans et son frère Archambaud.


Le tombeau de Talleyrand

Le tombeau de Talleyrand | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

L'arrivée à Valencay

Et voilà... Talleyrand arrive enfin chez lui à Valençay, en septembre 1838.

Chronique de 1831 à 1862 de la duchesse de Dino évoque la cérémonie de funérailles :

« Mes enfants m'écrivent de Valençay que le concours pour la cérémonie des funérailles est prodigieux.
« Depuis Blois, le convoi a trouvé partout les populations sur pied dans un grand recueillement, et à la nuit, tous les habitants des villages avec des torches. Tout le clergé des environs offrait ses services. […]
« Avant de partir d’ici, on a fait garnir le cercueil M. de Talleyrand de velours noir avec des clous d’argent ; il portait un écusson avec ses armoiries ses noms et ses titres ; le cercueil de Yolande a été couvert de velours blanc.
« On dit que rien n'était plus imposant que l'arrivée du char funéraire dans la cour du château de Valençay à dix heures du soir, éclairée par le plus magnifique clair de lune.
« Un silence profond pas un bruit qui interrompît le seul bruit du char passant au pas sur le pont levis. Les corps ont passé la nuit dans l'église entourés des prières du clergé.
« Le cercueil du duc de Talleyrand accompagné du médecin qui l'a soigné était arrivé deux heures plus tard. »

En pleine lumière !

Les reste de Talleyrand ont été remontés de la crypte en mars 2010, pour reposer dans la chapelle.

En pleine lumière, à la vue de tout le monde !

Dans la crypte reposent toujours Yolande, Archambaud, mais aussi le duc de Valençay Charles Guillaume de Talleyrand-Périgord (mort en 1910) et le tout dernier duc de Valençay, mort en 1952...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !