Le Saint-Suaire de Cadouin... Un mystère ?

De 1117 à 1988

L'abbayeL'abbaye | ©Jochen Jahnke / CC-BY-SA

La légende fait du Saint Suaire un des linges ayant enveloppé le corps du Christ dans son tombeau.

Tenez-vous bien, l'un d'eux serait à Cadouin !

Combien de personnes, au cours des siècles, rois ou petites gens, se sont agenouillés en prière devant une des reliques les plus prestigieuses de la chrétienté ?

Alors ? Qu'est-ce que le Saint-Suaire ? D'où vient celui de Cadouin ? Vraie ou fausse relique ? On vous dit tout !

Le Saint-Suaire, késaco ?

Le Saint-Suaire (du latin sudarium, tissu pour essuyer la sueur du visage) désigne, pour les Chrétiens, le linge qui recouvre le visage ou le corps de Jésus, après sa mort.

On s’est servi de plusieurs linges, pour ensevelir le Christ : un pour le dos, un pour tout le devant du corps, un pour la tête (celui de Cadouin)...

Du coup, pas étonnant d’en retrouver aux quatre coins du monde !

Le plus célèbre se trouve à Turin, en Italie... même s’il a été prouvé en 1988 qu’il datait du Moyen Âge.

Oui, les datations au carbone 14 prouvant sa non-authenticité sont sans cesse remises en question par les fidèles !

D'où vient le suaire de Cadouin ?

On met la main sur le suaire de Cadouin pendant la première croisade.

Qui ? Adhémar de Monteil, évêque du Puy, légat du Saint-Siège !

Le bonhomme le trouve dans une muraille poussiéreuse de l’église d’Antioche.

Malade, Adhémar confie la relique à l'un de ses chapelains, en demandant de la porter en France, à Notre-Dame-du-Puy.

Les religieux du Puy se sont-ils méfiés ? En tous cas, ils refusent la relique !

Et le porteur repart un peu bête, le linge sur lui, pour enfin arriver, en 1117, à l’abbaye de Cadouin. Qui elle, le récupère sans chichi...

Un des grands pèlerinages d'Occident

Une fois le suaire à Cadouin, commence un des pèlerinages le plus prestigieux du Moyen Âge.

Car qui disait relique prestigieuse, pour une abbaye, disait pèlerins, donc... fortune assurée ! Le suaire fait alors vivre tout Cadouin.

Le gratin, comme Aliénor d’Aquitaine ou saint Louis, vient vénérer la relique.

Même le roi fou Charles VI ! Le pauvre croyait dur comme fer que toucher le suaire pourrait le délivrer de ses crises psychotiques. Il envoie l'évêque de Chartres le lui apporter, au palais du Louvre.

Sauf que la relique faisait des miracles sous le soleil du Sud-Ouest, oui, mais pas sous la grisaille parisienne... car le roi resta fou !

Vraie ou fausse relique ?

Alors ! Le suaire de Cadouin mesure 2,81 m de long sur 1,18 m de large.

Près des extrémités du tissu se trouvent deux bandes tissées portant des signes, qu’on a toujours pris pour des motifs abstraits. Que nenni !

Des signes mystérieux

Dès 1900, un spécialiste émet l’hypothèse que ces motifs sont des lettres arabes.

Ses collègues réfutent, bien sûr. Impossible ! Le suaire est authentique : si écriture il y a, c'est forcément de l'araméen ou de l'hébreu !

En 1935, le père jésuite Francez examine longuement les signes mystérieux.

Mieux, il envoie des clichés à un expert en langues orientales de Paris !

Et devinez quoi ?

La réponse est claire : il s’agit de lettres coufiques.

Le coufique ? C'est une forme d’écriture arabe utilisée quelques siècles seulement, vers 622 de notre ère (Un prétendu linceul du Christ, R. P. Francez, 1936).

Un calife du 12e siècle

Et on découvre, médusé...

Que l’inscription cite le prophète Mahomet et le calife Musta-Ali, qui règne en Egypte entre 1094 et 1101 !

L’inscription traduite dit : « Au nom de Dieu clément et miséricordieux, que la bénédiction de Dieu soit sur eux et sur les membres de leur famille, etc. »

L’étoffe date donc de ce calife... soit le tout début du 12e siècle.

Et il ne s’agit pas d’un suaire, mais d’un genre de manteau porté par les riches musulmans !

1936, la fin du pèlerinage

Malgré son authentification par 14 papes successifs, il faut se résoudre, en 1936, à supprimer le pèlerinage : le suaire de Cadouin n'est pas un vrai.

Non mais, imaginez !

Cette étoffe tant vénérée, qui multipliait les miracles depuis le 12e siècle, qui avait permis à l’abbaye de Cadouin d’asseoir sa réputation et de faire vivre tout un village...

Imaginez la tête des habitants quand en 1936, on leur dit : « Allez, zou, c’est fini, les pèlerinages et tout le tintouin » !

Et la pauvre abbaye, surtout, qui perd une grande partie de ses revenus...

Conclusion

Cadouin ne détient pas un des Saints-Suaires du Christ, non… mais tout de même un très rarissime tissu du Moyen-Orient, daté du 12e siècle !

Tellement rare, qu’on l’a classé aux monuments historiques.