Le refuge de Grasla, témoin des guerres de Vendée et ses implacables colonnes infernales

Le févr. 1794

Refuge de GraslaRefuge de Grasla | ©Llann Wé² / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Des habitants de la région de la Roche-sur-Yon se sont réfugiés ici dans cette forêt vendéenne de Grasla, en 1794, pour échapper aux colonnes infernales des armées républicaines. Ils ont vécu cachés pendant des mois, dans de modestes cahutes de bois. Une association a reconstitué ces « loges », que l'on visite.

Le contexte : les guerres de Vendée et ses colonnes infernales

Après plusieurs mois de guerres en Vendée, entre républicains et rebelles royalistes, les députés de la Convention chargent le général Turreau, le 19 janvier 1794, de mater la révolte. Elle prend, jusqu'en mai 1794, la forme de « colonnes infernales », qui sèment mort et chaos partout où elles passent dans la région.


Massacres de civils, viols, destruction et incendie de villes entières... Près de 170 000 personnes perdent la vie, lors de ce terrible épisode d'une violence inouïe.

Général Turreau (L. Hersent, 1800)Général Turreau (L. Hersent, 1800) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Fuir les massacres dans la forêt de Grasla...

Dans le petit bourg voisin de la forêt de Grasla, Les Brouzils, c'est le 22 février 1794 que les colonnes infernales frappent. En une journée, on dénombre 100 victimes, dont 14 enfants de moins de 10 ans ! La paroisse des Brouzils perd 1/5e de sa population, au moment de la Révolution française : on compte 1900 âmes en 1789, 1480 en 1802.


Ceux des Brouzils qui ont pu s'enfuir, accompagnés de populations de nombreux villages alentours, trouvent refuge dans cette forêt de Grasla. Parfaite pour se cacher...


Car cette grande forêt de chênes, qui couvre aujourd'hui 700 hectares, était bien plus dense et immense, au 18e siècle ! Le nom du bourg des Brouzils viendrait d'ailleurs de cette épaisse végétation (« broussailles »).

Forêt de Grasla, sentier du RefugeForêt de Grasla, sentier du Refuge | ©Sylvain lasco / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Au refuge de Grasla, tout un village s'est constitué

Ainsi protégées par cette végétation impénétrable (qui rebute grandement les troupes républicaines), ce sont 2000 personnes qui ont vécu ici, de fin février à juillet 1794.


Ils ont emporté quelques maigres biens, leurs animaux de ferme, bien sûr. Ils ont surtout construit tout un village fait de petites cabanes en bois servant d'habitations (toutes les loges disposent de matelas ou de lits de plumes). On trouve aussi des ateliers, des étables... et une chapelle !


Pendant quelques mois, le temps que les poursuites se calment, on vit là comme on peut. Comme au village des Brouzils. Les archives départementales ont d'ailleurs conservé les registres tenus par le prêtre, qui y officie en secret : on y compte 5 naissances, 20 baptêmes et 18 décès !

La fin du refuge dans la forêt

Le 12 juillet 1794, le général Ferrand tombe par hasard sur le village de Grasla, avec ses troupes. Il était le premier à oser s'aventurer ici : pour cause, il traquait le célèbre général vendéen Charrette !


Ferrand trouvent des cahutes entièrement vides : les réfugiés ont pu évacuer le site à temps ! Des échelles accrochées aux branches les plus hautes des arbres avaient permis à des guetteurs de donner l'alerte, en sonnant de la corne...

Sources

Michel Chamard La Vendée pour les NulsFirst Éditions, 2014

Marie-Hélène SigautPierre Monnereau : au cœur de la paroisse, témoin du Dieu-AmourÉditions Univers Média, 1984