This website requires JavaScript.

Le petit peuple de pierre du calvaire de Guimiliau : la légende de Katell Gollet

Quand : 1581 - 1586

Guimiliau | ©Thesupermat / Wikimedia Commons / CC-BY-SA
Enclos paroissial Légende Enclos paroissial de Guimiliau

Un détail du calvaire de l'enclos de Guimiliau rappelle une célèbre légende bretonne !

L'enclos et son calvaire

Enclos ? Oui ! L'enclos, si caractéristique de l’architecture bretonne (plus particulièrement du Finistère) !

Il doit son nom au petit muret érigé tout autour de l'église !

On y trouve généralement réunis l'ossuaire, l'église, le calvaire et la porte triomphale.

On remarque facilement le calvaire, érigé entre 1581 et 1586.

Mais au fait, à quoi ça sert, un calvaire ?

De chaire à prêcher utilisée pendant les pardons, mais aussi de véritable livre d'images pour des fidèles souvent illettrés...

Le calvaire, détail : Katell Gollet

Le calvaire, détail : Katell Gollet | ©René Hourdry / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Voyage en Enfer

Le calvaire de Guimiliau se compose de personnages habillés à la mode du 16e siècle.

Ici, regardez ! On peut y voir la représentation de Katell Gollet (Catherine la Perdue), belle jeune fille vivant de débauche et de plaisir, célèbre en Bretagne, représentée ici dans la gueule du dragon de l'Enfer...

Cheveux pendants, visage impassible, elle est précipitée nue en Enfer. Un voyage aller simple !

Un diable lui caresse le cou avec sa fourche. Un deuxième l’agrippe par le bras, un troisième la saisit, ses griffes plantées dans sa chair.

On connaît cette légende depuis 1640 et la publication de la gwerz (complainte bretonne) du père jésuite Julien Maunoir, reprise plus tard notamment par le folkloriste finistérien François-Marie Luzel.

Alors, cette histoire ? C’est parti !

Le calvaire, détail : Katell Gollet

Le calvaire, détail : Katell Gollet | ©Thesupermat / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La légende de Katell Gollet

Samedi soir. Katell, jeune servante de 15 ans, préférait, sa semaine de travail terminée, non pas rejoindre la douce quiétude de son foyer, mais se vautrer dans la fange moite et alcoolisée de fêtes débridées.

Le dimanche, mais aussi tous les jours de fêtes !

Danser, danser tout son saoul... C’est ça, danse, Katell ! Tant que tu le peux…

Jusqu’au jour où la jeune fille tombe malade. Gravement. Oh… on murmurait dans son village que c’est le bon Dieu, fatigué de la conduite de Katell, qui l’avait punie !

Sa maîtresse, soucieuse, lui envoie un curé en lui recommandant de se confier, histoire de décharger un poil sa pauvre âme boursouflée de péchés. Ce que fait Katell.

Ouf, soufflent ses voisins ! Puis, elle rend son dernier soupir. Sauf que… Katell n’a pas tout dit.

Elle cache un secret. Un bon gros péché ! Celui qu’elle a omis de dire au curé, lors de sa confession, un péché « maudit et honteux » !

Le lendemain matin, après son enterrement, la maison de sa maîtresse a passé une nuit d’horreur, troublée par les meubles et la vaisselle projetés comme par une main invisible. Une des servantes du manoir se lève et tombe sur une vision de cauchemar...

Elle voit Katell, « dans un buisson de feu, le visage plein de serpents et les yeux de salamandres », annonçant sa damnation à son amie :

« Voici ma main, cause de mon malheur, et voici ma langue détestable ; ma main qui a fait le péché, et ma langue qui a nié. »

On lui avait bien dit, de confier tout ce qu’elle avait sur le cœur, et voilà le résultat...

Le calvaire, détail : Katell Gollet

Le calvaire, détail : Katell Gollet | ©Thesupermat / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

L'histoire de Katell sert d’exemple !

À l’époque où le calvaire a vu le jour, puis bien après, les prêtres se servaient de la figure de Katell Gollet pour illustrer le péché de luxure.

L’un d’eux, au milieu du 19e siècle, montait même sur une table, dans l’église, imitant Katell en pleine nouba, gigotant et dansant !

Ce qui faisait pouffer les fidèles, bien sûr... puis, grâce à d’habiles effets spéciaux concoctés par le curé, un Diable de papier mâché apparaissait et engloutissait la fausse Katell.

Les scènes étaient tellement réalistes, « que les auditeurs, glacés d’effroi, s’échappaient par toutes les portes, croyant avoir le diable à leurs trousses » !

Sources

  • Les calvaires de Bretagne. In Le monde moderne (tome 14). 1901.
  • François.-Marie Luzel. Veillées bretonnes. 1879.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !