Pierre Coton | ©Rijksmuseum / CC0Dans la Loire, le château de Chenevoux est un manoir médiéval, fief de la famille Coton. Le membre le plus illustre ? Pierre Coton. Célèbre père jésuite, confesseur des rois Henri IV et Louis XIII ! L'occasion d'évoquer brièvement sa vie.
« Jarnicoton ! » L'origine d'un célèbre juron
Quand on parle de Pierre Coton, c'est la première petite histoire qui vient à l'esprit, tant elle est célèbre ! Une histoire... de juron.
Ah, ça, Henri IV n'en rate pas une, question juron. Il adore jurer ! Quand ce n'est pas du Ventre-Saint-Gris qu'il lâche à longueur de journées, c'est un bon gros Jarnidieu (« je renie Dieu »), qu'il grogne avec un accent béarnais à trancher au couteau.
Fatigué de l'entendre ainsi blasphémer toute la sainte journée, Coton, son dévoué confesseur, lui propose plutôt de dire : Jarnicoton, « je renie Coton » !
Le père Coton avait réussi son coup. Durant les années qui suivent, il devient si influent auprès du roi que toute la cour disait que l'on ne pouvait plus rien dire à Henri IV... car il avait du coton qui lui bouchait les oreilles !
Henri IV (1592) | ©Rijksmuseum / CC0Le père Coton originaire de la Loire
Il est parfois dit dans certaines biographies que Pierre Coton naît le 7 mars 1564 au château de Chenevoux. Ce n'est pas le cas : son père, Guichard, n'achète le château qu'en 1578. Oh, mais ne chipotons pas trop : Coton voit le jour non loin de Chevenoux, à Néronde.
La famille Coton est de petite noblesse. Le paternel, Guichard, occupe le poste de secrétaire des commandements de Catherine de Médicis. Un de ses fils, Jacques, reprendra le flambeau en devenant à son tour seigneur de Chevenoux. Pierre Coton séjournera plusieurs fois au château familial auprès de ses parents, puis de son frère.
Chenevoux | ©Jitrixis / Wikimedia Commons / CC-BY-SALes protestants abjurent devant Coton (sauf un !)
Pierre Coton est ordonné prêtre jésuite en 1591, à Lyon. Il devient un brillant et éloquent prédicateur, en pleines guerres de Religion. Il arrive même à convertir des protestants.
Notamment la fille du célèbre duc de Lesdiguières, protestant pur de dur ! Duc qu'il n'arrivera pas à ramener sur le droit chemin : Lesdiguières abjurera bien plus tard, à la fin de sa vie. Mais entre temps, il recommande chaudement Coton à la cour, au roi surtout.
C'est ainsi que de 1603 à 1610, Coton devient confesseur du roi Henri IV, puis celui de son fils Louis XIII.
Pierre Coton | ©Rijksmuseum / CC0« La religion pour les gens du monde », tout un programme !
La cour d'Henri IV raffole des sermons du père Coton ! Car à son éloquence naturelle se mêle un homme séduisant. Les protestants l'appellent pour cela « le charmeur » ; un collègue de Coton, le père La Rivière, le décrit : « beau de visage, d'une riche taille, d'un port grave, d'un parler gracieux. »
Coton tient des réunions théologiques où chaque courtisan débat. Il note tout, questions, réponses... Son but ? Écrire un livre sur la religion à destination des princes et des nobles ! Ses écrits seront compilés par le père Boutauld et publiés sous le titre Le théologien dans les conversations avec les gens du monde.
Coton dans la panade !
L’assassinat d’Henri IV en 1610 met le feu aux poudres. Ravaillac, le regicide, a étudié dans un collège jésuite... le raccourci est vite fait ! Les Jésuites sont donc mis en cause. Coton, évidemment, lui aussi.
Il publie aussitôt une lettre visant à innocenter son ordre. Un pamphlet, L'Anti-Coton, lui répond du tac au tac. Le nom de Pierre Coton y apparaît sous la forme d'une anagramme tristement à propos... « Perce ton roi ! »
Écarté de la cour en 1617 après l’assassinat de Concini (le favori de la régente et mère du roi Louis XIII Marie de Médicis), Coton occupe des postes de recteurs à Bordeaux. Il meurt à Paris le 19 mars 1626.
Le saviez-vous ?
Dans la famille Coton, on trouve un autre célèbre confesseur... le petit-neveu de Pierre Coton, le père de La Chaize, qui deviendra le confesseur de Louis XIV !
Sources
Jean-Paul Roig Citations historiques expliquéesÉditions Eyrolles, 2015
Georges MinoisLe confesseur du Roi : les directeurs de conscience sous la monarchie françaiseÉditions Fayard, 2014
Antoine VachezLes châteaux historiques du Roannais : ChenevouxImprimerie Forézienne, 1892

