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Le maréchal Oudinot à Jean d’Heurs

Quand : 1809 - 1868

Oudinot | ©Paris Musées / Musée Carnavalet / CC0
Château Château de Jean d'Heurs

Bienvenue dans la Meuse, chez le maréchal d'Empire Nicolas Oudinot et son épouse Charlotte !

N.B. : les sources sont Récits de guerre et de foyer : le maréchal Oudinot, duc de Reggio (Gaston Stiegler, 1894) / Histoire de Nicolas-Charles Oudinot, maréchal d'Empire et duc de Reggio (Jules Nollet, 1850).

Oudinot s'installe

En 1809, le maréchal Nicolas Oudinot venait de recevoir le titre de duc de Reggio, récompense de Napoléon Ier après la bataille de Wagram, où il a fait preuve d’une bravoure incroyable.

Il est donc temps de déménager de sa maison de Bar-le-Duc (sa ville natale) dans une demeure plus prestigieuse.

Comme… Jean d’Heurs. Ce château est une ancienne abbaye de prémontrés du Moyen Age, mais flanquée d'une belle bâtisse du XVIIIe siècle.

Il fait détruire une partie de l’église et du cloître pour installer ses écuries.

Oudinot s’installe là avec sa première épouse, Françoise, et leurs enfants.

Deux mots sur Oudinot, tout de même !

Ses surnoms de « Bayard de l’armée française » ou « maréchal aux 35 blessures » donnent le ton !

Il est celui qui a reçu le plus de blessures, périodes de la Révolution et de l’Empire confondues. Le maréchal Canrobert dit de lui qu’il n’est qu’une « passoire »...


Le château

Le château | ©Ji-Elle / CC-BY-SA

Charlotte entre dans sa vie

Moi ? Un duc ?

Attendez une minute ! Ce n’est pas sa première mais sa seconde moitié, qui nous intéresse ici.

Je vous la présente ! Elle s’appelle Charlotte Eugénie de Coussy, de 24 ans sa cadette.

Il faut que je vous raconte surtout comment mademoiselle est devenue madame Oudinot...

Retour en 1808, au couvent de Bar-le-Duc. C’est la sortie, enfin, pour deux jeunes femmes qui y avaient fait leurs études.

Il s’agit de Charlotte Eugénie, bien sûr, et de son amie Pauline de Montendre.

Le moment des au revoir est venu. Soudain, Pauline à cette idée : quand l’une d'elles se mariera, elle enverra à l’autre un anneau d’or. Simple, efficace !

Eugénie, amusée, rajoute : si le fiancé est de la Légion d’honneur, on mettra une étoile, deux si c’est un baron, trois pour un comte.

Et pour un duc ? Les deux échangent un regard interloqué, puis pouffent de rire. Quelle idée folle ! Dans ce cas, il y aurait de petits diamants.

Mais elles n’y comptent pas trop : un duc, pff, pensez-vous !


Statue d'Oudinot à Bar-le-Duc

Statue d'Oudinot à Bar-le-Duc | ©Ji-Elle / CC-BY-SA

Le père... plutôt que le fils

Alors quand en janvier 1812 Pauline reçoit un petit écrin contenant une bague sertie de diamants, la surprise la renverse !

Mais oui : figurez-vous que quelques jours plus tôt, Charlotte avait épousé le maréchal d’Empire Nicolas Oudinot, duc de Reggio, à Bar-le-Duc.

Elle a 20 ans, lui 44. Il est veuf avec 7 enfants. Mais c’est un mariage d’amour !

En fait, la sœur de Charlotte connaissait la première épouse d'Oudinot, Françoise, et venait souvent au château de Jean d’Heurs avec sa sœur.

Avec dans l’idée, pourquoi pas, de marier la jeune fille avec un des fils Oudinot, Victor…

Oups ! Charlotte fait la moue : elle trouve Victor agréable, mais sans plus. Alors que son père, lui... a beaucoup plus de prestance !

Françoise finit par mourir en 1810. Quelques mois plus tard, à la surprise générale, Oudinot demandait la main de Charlotte...


Les écuries du château

Les écuries du château | ©Ji-Elle / CC-BY-SA

La vie au château de Jean d'Heurs

Charlotte et Nicolas auront une belle vie, dans leur château lorrain…

Ils y vivent tous heureux, avec leurs quatre enfants, Eugénie ayant même adopté les 7 rejetons du premier mariage de Nicolas !

Histoire de Nicolas-Charles Oudinot, maréchal d'Empire et duc de Reggio (Jules Nollet, 1850) raconte :

« Oudinot conserva toujours la simplicité des camps. D’une sobriété sans pareille, il ne restait que quelques minutes à table et consacrait tout le jour à se promener dans ce domaine, où venaient à chaque instant d’illustres visiteurs. »


Nicolas s’occupe beaucoup de son domaine. Il avait fondé en 1826, « sur son cours d’eau et à grands frais, une papeterie qui amena la prospérité dans le village de Lisle-en-Rigault. »

Il « réunissait dans son immense parc tous les habitants des villes et villages voisins ; chacun était sûr d’y trouver une hospitalité grande et cordiale. Les dimanches, il donnait des prix, des mâts de cocagne, des courses dans ses vastes jardins. »

On apprend :

« Dans l’intérieur, voici quel était l’air du château : des jeux de toute espèce étaient distribués dans les salons, depuis le billard jusqu’aux jeux d’enfants, dans les jardins, depuis l’escarpolette jusqu’au hamac indien.
« Dans les salles du premier étage existe une bibliothèque fondée par le maréchal. Avant la bibliothèque se trouve une collection de coquillages et de pipes dont quelques-unes ont un cachet historique, l’une, donnée au maréchal par Napoléon.
« Pour arriver à la bibliothèque et ces collections, il faut traverser une immense galerie qui sert d’arsenal. Toutes les panoplies ont été classées par le maréchal, la plupart des pièces qui composent ce musée sont d’une grande valeur historique.
« Rien ne manque à cette délicieuse villa : parc immense entouré de murs, forêts de sapins, serres, orangeries, usine de fer et cette papeterie mécanique mue par la Saulx qui traverse tout le parc. »


Façade avec vue sur la Saulx

Façade avec vue sur la Saulx | ©DrCortez / CC-BY-SA

Jusqu'au bout !

Un Nicolas qui, vous vous en doutez, n’est pas souvent là : les guerres napoléoniennes, ça occupe !

Alors le jour où Charlotte apprend qu’il est grièvement blessé quelque part en Pologne, elle part avec son oncle sur les chemins de poussière ou de neige, pour retrouver son mari.

Une incroyable équipée : non seulement elle retrouve son Nicolas, mais en plus, elle le ramène chez eux à Jean d’Heurs. En piteux état, mais vivant !

Charlotte poussera Nicolas à se « retourner » contre Napoléon Ier. Il lui fait, avec d’autres maréchaux, signer son abdication en avril 1814.

Il sera plus tard récompensé avec le titre de grand chancelier de la Légion d’honneur et gouverneur des Invalides.

Charlotte, elle, devient dame d’honneur de la duchesse de Berry, tâche qu’elle accomplit jusqu’au bout, en rejoignant la princesse en prison à Blaye.

Oudinot meurt en septembre 1847, à l’âge incroyable pour l’époque de 80 ans. Eugénie lui survivra 21 longues années...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !