Le château de Sourches et Madame de Tourzel, dernière gouvernante des enfants de Marie-Antoinette
Château de Sourches | ©Gi.bareau / Wikimedia Commons / CC-BY-SAC'est au château sarthois de Sourches que la plus célèbre de ses propriétaires, la duchesse de Tourzel, apprend la nouvelle de la main de la reine Marie-Antoinette : elle lui demande, dans sa lettre, de venir s'installer à la cour de Versailles, afin d'occuper la charge de gouvernante des enfants royaux !
Nous sommes en juillet 1789, la Révolution gronde... La fidèle gouvernante veillera jusqu'au bout sur son petit protégé, le dauphin, le malheureux Louis XVII. Elle suivra la famille royale jusqu'en prison, avec un grand dévouement.
Une veuve inconsolable en son château
La duchesse de Tourzel (née Louise Élisabeth Félicité Armande Anne Marie Jeanne Joséphine de Croÿ d'Havré) a 40 ans, en 1789. Elle est veuve depuis 3 ans, maintenant.
Son mari, Louis-François du Bouchet de Sourches, occupait la charge de grand Prévost, à la cour : l'une des charges les plus hautes du royaume ! Sa présence devait être constante, aux côtés de Louis XVI. Voilà pourquoi le couple s'était installé à Versailles, auprès du roi et de la reine qui aimaient beaucoup leur compagnie.
Mais un accident mortel de chasse, en 1786, avait enlevé son mari à Mme de Tourzel... Elle est allée s'emmurer, inconsolable, dans son château de Sourches, magnifique demeure néoclassique construite par son beau-père, le marquis de Sourches.
Mme de Tourzel | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0La reine demande Mme de Tourzel auprès de ses enfants !
Au château de Sourches, la vie est passée, bon an, mal an... jusqu'à cette lettre de la reine, oui, de Marie-Antoinette, en juillet 1789 ! Figurez-vous que cette dernière demande à Mme de Tourzel de revenir à la cour : elle lui offre la place de gouvernante de ses enfants. Place laissée vacante par le départ en exil de la chère amie de Marie-Antoinette, Mme de Polignac.
Pas une seconde, la reine n'avait hésité sur le choix de la personne devant s'occuper de ses petits. Elle savait la duchesse droite, intègre, d'une grande abnégation. Elles se connaissaient depuis 12 longues années, après tout...
Mme de Tourzel accepte et emménage à Versailles en août 1789. La reine l'accueille avec ces mots : « J'avais confié mes enfants à l'amitié, aujourd'hui je les confie à la vertu. »
Louis XVII | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0« Mme Sévère » s'occupe tendrement du dauphin
La mission de Mme de Tourzel, telle que lui avait dictée la reine ? « Ne pas perdre de vue un instant le dauphin » (4 ans) et surveiller Mme Royale (10 ans).
La duchesse aime son petit dauphin plus que tout, malgré des apparences sévères. L'anecdote suivante raconte qu'un soir de colère, le petit Louis a tellement crié, qu'elle l'envoie se coucher sans dîner. Le lendemain, le dauphin lance à sa mère : « Savez-vous qui vous m'avez donné comme gouvernante ? Une Madame Sévère ! » Le surnom lui est resté...
Pourtant, au bout de quelques jours, la reine constate que le petit, au contact de la dame, ne fait plus de colères. Mieux, il la veut tout le temps à ses côtés pour rire, jouer, travailler ! Le dauphin devient, pour Mme de Tourzel, comme la prunelle de ses yeux.
Mme de Tourzel est restée fidèle au poste, jusqu'au bout
Mme de Tourzel, au plus fort de la tourmente révolutionnaire, ne quitte jamais ses petits protégés. Elle est présente, lors de tous les coups durs : lorsque la famille royale est ramenée de Versailles à Paris en octobre 1789 ; lors de la fuite ratée à Varennes en avril 1791. Puis dans la sombre prison du Temple, à Paris.
Elle verra successivement mourir le roi, la reine, puis le dauphin en 1795, âgé seulement de 10 ans. En ce qui la concerne, elle avait été libérée en 1792...
Mme de Tourzel finira sa longue vie en 1832 : non pas dans son château de Sourches, mais dans celui d'Abondant, près de Dreux.
Sources
Gaston et Myriam de BéarnLouis XVII : la couronne du silenceÉditions Del Duca, 1968
M. Costa de BeauregardLe roman d'un royaliste sous la Révolution : souvenirs du comte de VirieuLibrairie Plon, 1892



